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Mary McConnell, pilier de la famille Conroy

Mary McConnell, pilier de la famille Conroy

1. Rôle des pionnières dans le développement de l’Outaouais

Il est rare que l’histoire économique mentionne les efforts des femmes dans les entreprises familiales au 19e siècle. De plus, on accorde peu d’importance à l’esprit d’initiative d’une femme et de sa famille dans l’essor d’un village. L’histoire de l’Outaouais ne fait pas exception. « L’exploitation forestière est habituellement considérée comme ayant appartenu à un univers masculin, mais femmes et enfants y ont joué des rôles variés et importants, et ce, même dans les familles des principaux marchands[1]. » Dans le cas de la famille Conroy, il est difficile de cerner l’influence de Mary McConnell dans l’essor économique de la région et au sein des entreprises familiales à Aylmer. Son rôle est aussi sous-estimé dans l’établissement du village de Deschênes. « Et même si, dans les documents officiels, le crédit en est généralement attribué au chef de famille, il ne faut pas oublier que la réussite, dans le domaine de la terre et de la forêt, doit être attribuée à la famille tout entière[2]. »

a) Mary McConnell et son intérêt pour le lot 15-a

On attribue habituellement à Robert Conroy ou à ses fils l’essor des premières industries à Deschênes. Les terres près des rapides appartiennent néanmoins à Mary McConnell qui avait acheté pour cinq shillings le lot 15-a de 100 acres de son oncle James[3] avec la permission de son époux et la collaboration de son père, William[4], de son cousin Richard[5], de Charles Symmes et de Murdoch McGillivray[6]. La première scierie aurait été modernisée en 1869, un an après le décès de Robert Conroy, époux de Mary, suivie de la construction d’une deuxième scierie quelques années plus tard[7].

Dans les années 1870[8], les scieries produisent 6 millions de pieds de planches à Deschênes classant ainsi Mary McConnell comme la 8e plus grande productrice de bois de sciage en Outaouais québécois[9]. La ferme Conroy est aussi une des mieux connues de l’est du Canada[10]. Mary McConnell peut donc être considérée comme la bâtisseuse du village industriel aux rapides Deschênes. Ces manufactures et la grande ferme servent de noyau de croissance pour Deschênes[11] où le rail se rend « (…) jusqu’à proximité des moulins (qui) révèlent un volume de production important dans l’économie régionale. »[12] « On y trouvait aussi un moulin à farine avec des auberges et de grandes étables pour y loger les nombreux cultivateurs et leurs attelages qui devaient souvent attendre une journée ou deux pour leur mouture[13]. » La diversité des industries reflète aussi l’importance qu’accorde Mary McConnell au développement de sa terre aux rapides Deschênes. Sa grande ferme loge une grande écurie[14], une des fermes laitières les plus prospères de la région et un élevage porcin. « Déjà en 1894, il y avait suffisamment d’achalandage au village pour y établir un bureau de poste, sous le nom de « Deschênes Mills » [15]». À cette époque, Deschênes Mills fait partie de la municipalité de Hull-Sud (South-Hull).

[Conroy Lumber Mills]
BAC-MIKAN 3371909

2. Regard sur l’évolution du droit civil au 19e siècle

a) La dualité du droit civil au Bas-Canada

La propriété de Mary McConnell aux rapides Deschênes est un observatoire privilégié pour suivre l’évolution du droit civil chez les femmes de l’élite bourgeoise au Bas-Canada. « Depuis la publication de L’histoire des femmes au Québec, peu d’historiens se sont penchés sur les droits civils et politiques des femmes dans la province[16]. » Il est alors intéressant de prendre connaissance des actions de Mrs Robert Conroy dans l’appropriation d’une terre tenue en franc et commun soccage (Common Law) issu de l’héritage McConnell en 1857. « La femme mariée anglaise n’avait aucun droit aux biens accumulés pendant le mariage, même pas s’ils provenaient en tout ou en partie des fruits des biens qu’elle avait apportés au mariage[17]. »

En suivant de plus près la tenure de la propriété avec l’acte de vente et le transfert du lot 15-a de William McConnell à Mary McConnell, les documents notariés démontrent de l’usage du « droit civil à la française » par le fait qu’ils soient signés devant notaire et non d’un avocat faisant usage du « droit civil à l’anglaise »[18]. Les cantons ont un statut particulier au Bas-Canada et sont normalement soumis à la Common Law et non à la Coutume de Paris comme c’était le cas pour les anciennes terres concédées à l’époque de la Nouvelle-France. Mary McConnell est née au Bas-Canada avant 1841, alors elle a toujours la possibilité de se pourvoir du droit de douaire coutumier qui « (…) consistait à retirer l’usufruit (…) de la moitié des biens immeubles possédés par le mari lors du mariage et de ceux qu’elle recevait en héritage de ses père et mère et autres ascendants durant le mariage (art. 1434)[19].

b) La Loi sur l’enregistrement foncier obligatoire de 1841

La Loi sur l’enregistrement foncier obligatoire de 1841 transforme les formalités du droit de douaire requérant de l’inscrire, de le contractualiser et de le formaliser. « Par le droit douaire, une femme et ses enfants peuvent conserver, après la mort du mari propriétaire, la jouissance de certains biens, même s’ils ont déjà été vendus ou hypothéqués[20]. » Cette loi transforme les moyens par lesquels l’épouse peut disposer de ses biens fonciers ou de les protéger des créanciers. « Le privilège du douaire primait sur les droits des autres créanciers[21]. » La loi de 1841 permet alors aux femmes de vendre leur propriété garantie par leur droit de douaire délaissant ainsi ce droit sur l’héritage des enfants et sur la protection des biens immobiliers des créanciers de l’époux à son décès.

Dès 1857, toutes les femmes du Canada-Est peuvent se prévaloir officiellement du droit civil au lieu de la Common Law dans la gestion de leurs biens fonciers[22]. Il demeure que ce ne sont pas toutes les femmes et encore moins leurs enfants qui peuvent facilement se prévaloir du droit de douaire après 1841. « Les femmes doivent désormais renoncer pour elle et leurs enfants à l’ancienne protection matérielle du droit douaire, libérant ainsi les titres de propriété de leurs maris[23]. » En somme, la loi sur l’enregistrement foncier oblige à enregistrer le douaire sur les biens immobiliers. « L’instauration de bureau d’enregistrement, en 1841, ne fait que renforcer pour les femmes l’obligation de renoncer au douaire[24]. » La correspondance légale et financière dans le fonds d’archives de la famille Conroy nous renseigne sur les moyens que prend Mary McConnell pour mettre en valeur le lot 15, rang 1, canton de Hull, entre 1857-1887.

c) Les transactions foncières du village Deschênes

La transformation des lots agricoles en parcelles villageoises demeure mystérieuse, à défaut de réaliser une étude complète de la chaîne de titres fonciers. « De plus, l’arpentage du canton de 1806, ne contenait pas les subdivisions subséquentes[25]. » Les listes d’enregistrement renseignent sur les conditions de vente et les transferts des biens immobiliers. La correspondance légale nous informe sur les biens bénéficiant du droit de douaire sur les biens immobiliers de la famille Conroy. La partie est du village de Deschênes revient d’abord à Ithamar Day en 1831. Ce marchand confie l’autorité de la concession à son fils, Charles Dewey Day, pour les procédures de la demande de la lettre patente avant de quitter définitivement la région pour les États-Unis. « En outre, les colons devaient subir tellement de tracasseries administratives pour obtenir la moindre parcelle de terre de la Couronne ou du clergé que nombreux étaient ceux qui abandonnaient tout projet d’établissement agricole[26]. » Ensuite, au départ de Charles Dewey Day pour Montréal, s’amorce simultanément les procédures de transfert des titres de propriété des lots 15-a et 15-b[27]. En 1857, l’acte de vente et la succession sont finalisés l’année où se retire Charles Dewey Day des affaires entourant le lot 15-b[28] et où Mary McConnell, fille de l’associé William, accède aux titres de propriété du lot 15-a[29]. Cette même année, les formalités juridiques mènent à l’enregistrement et à la publication de la lettre patente de Charles Dewey Day par la Commission des terres de la province du Canada.

Les transferts fonciers se finalisent après le décès de James McConnell en 1851[30]. William devient le propriétaire d’office du lot 15-a, selon divers témoignages, et il transfère à sa fille, Mary, la propriété pour une somme symbolique en 1857. Avec le temps, la légitimité du transfert est contestée ou revendiquée et les difficultés juridiques et légales s’accroissent pour Mary McConnell à Deschênes. Son cousin, Renaldo, conteste la validité de l’entente prise entre Charles Dewey Day et son père, James[31]. Dans sa lettre, il soulève le contexte litigieux dont il a été témoin, car il a accompagné dans cette démarche son père qui avait des difficultés auditives et qui éprouvait toujours du regret quant à la mort de son fils, aussi nommé James, en 1847[32]. Il ne faut pas oublier le témoignage tardif de Murdoch McGillivray qui confirme le transfert de propriété à William McConnell[33]. Sa fille, Mary, fait aussi appel à des politiciens de l’élite conservatrice[34] de la province du Canada. Elle demande à des députés[35] de présenter sa cause devant le parlement du Canada-Uni. Les difficultés légales persistent avec l’accroissement des hypothèques sur les propriétés riveraines des Conroy. À deux reprises, les Conroy doivent comparaître devant la Cour supérieure pour défendre leurs intérêts entourant leurs industries aux rapides Deschênes. On constate alors que la famille Conroy détient un large réseau d’influence politique et économique dans la province du Canada.

3. La veuve, Mrs Robert Conroy

Au décès de Robert Conroy, en 1868, Mary McConnell et son fils aîné James deviennent tutrice et cotuteur des enfants mineurs : Robert Hugues, Charlotte Ann, William Jackson, Mary et Ida[36]. « Seulement après le décès de son mari, comme veuve, pourrait-elle devenir tutrice, et cela, uniquement pour ses propres enfants ?[37] » Dans le testament daté du 13 avril 1868, Mary McConnell est chargée de l’administration de l’ensemble des biens qui reviennent aux héritiers après son décès[38]. Cette administration des biens est la demande privilégiée de la majorité des époux au 19e siècle[39]. Cette situation empêche cependant Mary McConnell de disposer du patrimoine familial, car cette autorité revient à l’ensemble des héritiers après son décès[40]. Ces derniers sont autorisés à vendre leur part d’héritage à leurs frères et à leurs sœurs, une fois qu’ils sont majeurs[41].

BAC-MIKAN 3451003 - Conroy, R. Mrs.-e010953798-v8
Conroy, R. Mrs.- BACe010953798-v8, MIKAN#3451003

a) Le tuteur et l’exécuteur testamentaire

Le fils aîné de la famille, James Conroy, est aussi nommé exécuteur testamentaire. Le testament prévoit une compensation pour sa charge familiale lui léguant une subdivision de 7 acres au sud du lot 15, rang 2, sur lequel se trouve aussi l’église presbytérienne à l’angle des chemins de Deschênes et d’Aylmer[42]. James quitte Aylmer pour s’établir à Fort Collins au Colorado avec sa famille après 1870[43]. Il vend le lot 15, rang 2, à Robert Stuart en 1872[44]. De plus, en 1876, James Conroy cède son autorité et l’entière administration des propriétés foncières à sa mère. Ainsi, Mary McConnell est libre de subdiviser ou de vendre ses parts de propriété de l’héritage Conroy. Elle vend d’ailleurs un droit de passage de 4 acres à la compagnie de chemin de fer quelques mois plus tard. James et son épouse, Emily McConnell, maintiennent cependant un rôle central quant à la perpétuation du droit de douaire des Conroy sur le lot 15-a. Emily McConnell est la seule personne ayant acquis un droit de douaire légitime sur cette propriété[45]. Elle est la fille de Richard McConnell et la petite-fille de l’associé, James McConnell[46].

Pendant ce temps, Mary McConnell concentre ses énergies à rentabiliser sa ferme sur le lot 15-a, rang 1 du canton de Hull et à moderniser les infrastructures industrielles qui font naître un village aux abords des rapides Deschênes à partir de 1869. « Du pouvoir économique détenu par les marchands découle leur influence sociale[47]. » Dame Mary McConnell[48] ou la veuve Mrs Robert Conroy est une de ces femmes pionnières qui a amené le rail[49] vers sa grande ferme laitière, ses hôtels, ses scieries et ses industries et, par ses héritiers, l’hydroélectricité aux rapides Deschênes. La famille Conroy sait composer avec le risque du démarrage et de l’expansion des entreprises en Outaouais. Cette femme assure la position socioéconomique privilégiée de la famille Conroy parmi l’élite régionale à la suite du décès de son époux.

[Conroy Lumber Mills]
Bibliothèque et Archives Canada, a013224-v6,
MIKAN # 3371910

b) L’inventaire après décès de Robert Conroy

En 1880, Mary McConnell est condamnée par la Cour supérieure à verser 246 217 $ à la Banque de Québec[50]. Elle transfère alors une part de ses propriétés à ses fils, Robert Hughes et William Jackson[51]. Devant cette situation trouble, la famille Conroy réorganise ses actifs afin de protéger ses intérêts. Les problèmes légaux de Mary McConnell expliquent probablement le dépôt de l’inventaire après décès de Robert Conroy douze ans après sa mort[52]. Cet inventaire résume l’ensemble des biens immobiliers accumulés par les époux en communauté de biens. « La communauté de biens, automatique en l’absence d’un contrat de mariage, mettait en commun les biens (meubles et immeubles) acquis durant le mariage, les revenus produits durant cette période ainsi que les biens et meubles possédés par les conjoints au moment de l’union[53]. » Il n’y a aucune mention des effets personnels du défunt comme il est souvent la coutume dans de tels inventaires. « Suivant le temps écoulé entre le moment du décès et la rédaction de l’inventaire, le contenu de l’acte est plus ou moins susceptible de rendre fidèlement l’ensemble des biens d’une personne ou de sa communauté[54]. »

Les couples d’origine britannique contractaient majoritairement en séparation de biens vu que la communauté de biens est étrangère au droit anglais au 19e siècle[55]. Ainsi, cette situation contraire aux coutumes britanniques par le choix de ce régime matrimonial laisse peu de doute sur le fait que Mary McConnell précise son régime matrimonial en communauté de biens[56]. « La communauté des biens était assez favorable, d’un point de vue économique, si le couple prospérait et pouvait acquérir des terres ou d’autres immeubles, car l’épouse était propriétaire de la moitié de ces avoirs[57]. » L’usage du « droit civil à la française » dans la gestion de la moitié de ses biens laisse la possibilité à la veuve et tutrice de contracter des hypothèques sur sa part des biens sans pour autant nuire aux parts de ses enfants. La communauté de biens laisse ainsi le droit à la famille à un douaire[58]. Cet inventaire laisse entendre que la famille Conroy formalise de façon définitive le droit de douaire sur leurs propriétés foncières au début des années 1880[59].

4. Protection des biens fonciers de la succession en terre de colonisation

L’inventaire après décès de Robert Conroy introduit le terme Homestead pour décrire certaines propriétés, soit le Homestead Symmes Landing et le R & W Conroy’s Homestead. Cette expression décrit la partie de la propriété où sont surtout installées les industries et les installations de la ferme d’en arrière. Mary McConnell a transformé les terres d’un vieux poste de traite en grande ferme où se multiplient les industries. Elle entreprend les travaux de construction d’au moins une scierie et elle modernise le moulin à farine à grande production. Ces industries mènent Deschênes à son âge d’or entre 1870 et 1920. Cette dame d’affaires d’Aylmer lègue aussi à ses enfants une grande ferme laitière prospère et moderne à une distance de marche des industries.

Le lot 15 est une source importante de revenus de la famille Conroy au 19e siècle. En plus d’être bâtisseuse en région de colonisation, Mary McConnell vit avec les transformations législatives affectant le droit de douaire des femmes au 19e siècle. C’est alors en tant que veuve qu’elle entreprend les démarches nécessaires pour se prévaloir du « droit à la française » dans les documents légaux. Cette procédure est nécessaire pour garantir le droit de douaire. « Ainsi, le nouveau Code civil adopté en 1866 exige que le douaire coutumier, qui avait été épargné par les modifications apportées dans les années 1840, soit désormais soumis lui aussi à la procédure d’enregistrement. » Il y a aussi certaines circonstances qui peuvent faire de leur condition financière une réalité assez fragile[2] surtout dans les domaines du bois et du transport.

P154,S1,D29, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Mary McConnell, Centre des archives de l’Outaouais, Fonds Famille Conroy, Photographie Notman.

Ensuite, Mary McConnell affirme son statut matrimonial en communauté de biens[1] et, dans les documents légaux successifs, il y a des traces de plus en plus évidentes qui laissent entendre que les héritiers de la famille Conroy se prévalent du droit de douaire à la période où s’amène le rail à Deschênes. Les fils, Robert Hugues et William Jackson, se lancent alors en affaire sous le nom de R & W Conroy. Ils protègent ainsi les propriétés de la famille Conroy de leurs créanciers. Ils séparent leur entreprise des terres sur lesquels se situent leurs industries. Ils peuvent ainsi financer le risque de leurs entreprises à Deschênes sans perdre la part de l’héritage qui leur revient à l’ensemble des héritiers et des héritières de la famille Conroy à la fin du 19e siècle.

C’est en 1902 que les héritiers et les héritières commencent à vendre leurs biens immobiliers à la suite des problèmes financiers des entreprises R & W Conroy. Cette période correspond à la vente de certaines parcelles du lot 15-a à la Commission des terres de la Couronne. Par contre, les entreprises démarrées par la famille Conroy poursuivent leurs opérations et elles conservent leurs droits de passage sur les terres de la Couronne. La Compagnie du Canadien Pacifique et la raffinerie de nickel s’installent sur une bonne partie du lot 15-a au début du 20e siècle. Aujourd’hui, une grande partie de ces terres appartiennent à la Commission de la capitale nationale du Canada (CCN).

Ce parc riverain témoigne toujours de la prise de possession de ce bien foncier par une femme d’affaires qui a su préserver les dernières traces du droit de douaire et les transformations du statut juridique des femmes et des droits de la famille dans un canton du Bas-Canada au 19e siècle.

Notes de bas de page

[1] Bradbury explique : « These particuliar legal identities of wifes mattered. When married women interacted with the business world, they were identified not just as wives but as wife common to their goods, wives separate as to their goods, or wives married in exclusion of community » dans Bradbury, Wife to widow, p. 85. Dans le cas particulier de Mary McConnell, ce n’est que lorsqu’elle est veuve que son régime matrimonial se définit. Étant née au Bas-Canada et en absence d’un contrat de mariage, ce statut légal est la norme pour les femmes de cette époque.

[1] Gaffield, L’histoire de l’Outaouais, p. 136.

[2] Ibid.

[3] BAnQ,  P 154, D7, Transfert des propriétés de l’inventaire Mary McConnell à Robert H. et W. J. Conroy, 27 septembre 1880, Lib. B, Vol. 24, Part. 780, No 665.

[4] BAnQ, P 154, S3, D1 / 1, Déposition de l’Affidavit de Murdoch McGillivray faite par Charles Symmes, à Aylmer, 1er juin 1857.

[5] Richard McConnell est le fils de l’associé James McConnell. Sa fille, Emily, épouse James Conroy, le fils de Mary et Robert Conroy en 1864. Voir – Parish register for Saint James’s Church, Hull, Quebec, covering the years 1868-1886, Parish Register 447, page 12. BAnQ, P154, D7, Deed of sale, Maria Jane Conroy, John Nelson, Mary Conroy, John S. Dennis jr., James Conroy, Eleanor Conroy, Alfred Driscoll and Ida H. L. Conroy to Robert Hugues Conroy & W. J. Conroy, registered in the County of Ottawa, Vol. 9, A, 7th day of May 1887. C’est dans cet acte de vente qu’Emily McConnell fait reconnaître son droit douaire sur le lot 15-a. Le mot « DOWER » y est clairement énoncé. Cet acte de vente démontre aussi le pouvoir légal des femmes de la famille Conroy à transiger leur bien foncier. Elles ont autant d’autorité dans les transactions immobilières que leurs époux. Aussi, cet acte demeure vague quant aux titres fonciers des Conroy.

[6] BAnQ, P154, D1 D1 / 1, Déposition de l’Affidavit de Murdoch McGillivray faite par Charles Symmes, à Aylmer, 1 juin 1857.

[7] Guitard, Quartier de Deschênes, p. 20-21.

[8] Taché, Nord de l’Outaouais, p. 207.

[9] Tassé, Vallée de l’Outaouais, p. 34.

[10] Aldred, Le chemin d’Aylmer, p. 188-189.

[11] Bégin, De l’auberge Conroy à l’hôtel British, p. 25.

[12] Guitard, Quartier de Deschênes, p. 6.

[13] Jacques Séguin,  « Un peu d’histoire… », Une communauté chrétienne vivante, Saint-Médard d’Aylmer, 1923-1998, Paroisse de Saint-Médard, 1998, p. 21 et Brault, Aylmer d’hier, p. 233.

[14] LabMIT, Le quartier Deschênes, p. 25 ; BAnQ,  P154, D6, Liste d’inventaire après décès de Robert Conroy, 1879. La liste d’inventaire spécifie qu’il y a 80 vaches, 20 vieux chevaux et 12 poulains de moins de trois ans.

[15] Guitard, Quartier de Deschênes, p. 7.

[16] Bradbury, Devenir majeure, p. 35.

[17] Evelyn Kolish, « Depuis la Conquête : les Canadiens devant deux droits familiaux », Cap-aux-Diamants : la revue d’histoire du Québec, n° 39, 1994, p. 17.

[18] Les actes notariés sont permis dans les townships à partir de 1826. Ces actes démontrent aussi les pratiques subordonnées à la « loi française ». Les documents se conformant à la Coutume de Paris sont habituellement écrits par un notaire. Voir Bradbury, Wife to Widow, p. 153.

[19] Bradbury, Devenir majeure, p. 36.

[20] Collectif Clio, Histoire des femmes du Québec, p. 165.

[21] Bradbury, Devenir majeure, p. 37.

[22] Brierley, The Co-existence of Legal Systems in Quebec, p. 286.

[23] Collectif Clio, Histoire des femmes du Québec, p. 165.

[24] Ibid.

[25] Guitard, Quartier de Deschênes, p. 18. Guitard ajoute : « De plus, le village de Deschênes a son premier plan cadastral en 1884, et il est modifié en 1887. »

[26] Gérald Bernier, et D. Salée, « Appropriation foncière et bourgeoisie marchande : éléments pour une analyse de l’économie marchande du Bas-Canada avant 1846 », Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 36, n° 2, 1982,

  1. 185.

[27] James McConnell, frère de William McConnell, meurt en 1851. Quant à Charles Dewey Day, le fils d’Ithamar, il vend vraisemblablement le moulin à scie lors de la vente du lot 15-b à Louis Maurille Coutlée le 16 août 1850 selon Guitard, Quartier de Deschênes, p. 17. Guitard ajoute : « Coutlée avait emprunté l’argent pour l’achat de cette propriété à 2250 £ à quelques voisins (Stewart, Foran, Tufts, Bourgeau, Montmarquet). Les sommes dues passèrent d’un créancier à l’autre et par la Cour Supérieure. » Ibid. p. 17-18.

[28] Il vend le lot 15-b, rang 1 et les améliorations apportées par son père, Ithamar, avant son départ en 1831.

[29] BAnQ, P 154, D1, Acte de vente et de transfert des titres de propriété, 30 mai 1857.

[30] Elaine Howes, The Descendants of Robert McConnell & Eleanor McDonald, The Island Register, http://www.islandregister.com/mcconnell1.html (Consulté le 19 novembre 2013). Voir aussi l’annexe 3, Arbre généalogique, aux pages 92, 93 et 94.

[31] BAnQ, P154, S3, D1/1, Lettre de Renaldo McConnell : « That he is acquainted with the sale his father made of half of lot no 15 in the first range of Hull to Mr Day but he, Ithmar noting of any arbitration  having to them place between his late father and Mr Day relating to the said lot no 15 on the first range aforesaid and does not  believed  that any such arbitration ever took place. ».

[32] Ibid.

[33] BAnQ, P 154, D1, Acte de vente et de transfert des titres de propriété, 30 mai 1857.

[34] Il y a peu de preuve du réseau d’influence politique des Conroy parmi l’élite conservatrice de la province du Canada. En fait, la famille Conroy est proche de cette élite grâce à son luxueux hôtel British. D’ailleurs, le prince de Galle est venu assister à un bal à l’occasion de son passage à Aylmer en 1860 (Bégin, Auberge Conroy, p. 39). Selon les rumeurs, l’assassin de Thomas D’Arcy McGee s’est brièvement présenté aux funérailles de Robert Conroy, décédé le 8 avril 1868, le lendemain du meurtre (Ibid. p.41). John A. McDonald (Ibid. p. 44) était aussi familier avec ce fameux hôtel d’Aylmer, toujours selon les rumeurs, et Louis Cyr est aussi de la liste des invités de passage en 1898 (Ibid. p.46). Enfin, en 1895, il s’y tient une réunion entre Mackenzie Bowell (premier ministre du Canada), Sir Charles Tupper (son successeurs quelques mois plus tard), Adolphe Caron (ministre des postes) et Julius G. Lay du consul général des États-Unis au Canada. Ces hommes séjournent pendant la même période où se discute la questions des problèmes scolaires au Manitoba (Ibid. p. 30).

[35] BAnQ, P 154, D2/1. Lettre au député Thomas Lewis Drummond. La lettre est d’un auteur inconnu. « Thomas Lewis Drummond, the Irish born lawyer and politician who had studied with Charles Dewey Day and also defended Patriots following the Rebellions, described the Registry Ordinance as «  a law that would never have been passed by a free legislature » Note chap.-4.65 dans Bradbury, Wife to Widow, p. 135. Cette citation démontre les changements importants au droit civil du Bas-Canada à la veille de l’Union des deux Canadas. Il est aussi intéressant de voir que Mary McConnell ou tout autre auteur de cette correspondance de la famille Conroy fait appel à un collègue de Charles Dewey Day pour introduire devant le parlement du Canada-Uni cette « affaire » en lien avec le transfert des titres de propriété du lot 15-a.

[36] BAnQ, P154, S3, D1/1, Liste des documents concernant la propriété du lot 15, rang 1, et une partie du lot 15, rang 2, du Canton de Hull entre 1850 et 1887. « Liste enregistrée au Bureau d’enregistrement du Canton de Hull, signée par Louis Duhamel, protonotaire du Bureau d’enregistrement » et dans Guitard, Michelle, Secteur Deschênes, p. 18.

[37] Kolish, Depuis la Conquête : les Canadiens devant deux droits familiaux, p.16.

[38] Traduction libre de : « By which he bequeathed the usufruct of his moveable & unmovable property to Mary McConnell during her lifetime and after her death the full and absolute property to be divided among his children. » BAnQ, P154, D1, Enregistrement du testament de Robert Conroy, 11 avril 1868, « Liste d’enregistrement foncier, 1850-1887, Comté d’Ottawa, Province du Québec, signée devant le registraire, Louis Duhamel.

[39] Bradbury, Wife to Widow, p. 158.

[40] BAnQ, P154, D1, Enregistrement du testament de Robert Conroy, 11 avril 1868, « Liste d’enregistrement foncier, 1850-1887, Comté d’Ottawa, Province du Québec, Signée devant le registraire, Louis Duhamel ». Dans la marge de cette liste, il est indiqué « With reserves however & with ».

[41] BAnQ, P154, D7, Acte de vente et transfert de l’héritage de Charlotte Conroy, 5 mai 1881, pres. B, vol 25, no 528, 455. ; BAnQ, P154, D7, Deed of sale, Maria Jane Conroy, John Nelson, Mary Conroy, John S. Dennis jr., James Conroy, Eleanor Conroy, Alfred Driscoll and Ida H. L. Conroy to Robert Hugues Conroy & W. J. Conroy, registered in the County of Ottawa, Vol. 9, A, 7th day of May 1887.

[42] Ibid. et dans Aldred, Chemin d’Aylmer, p. 179.

[43] James Conroy fait baptiser son fils à Aylmer en 1870. Parish Register 434, Parish Register for Christ Church, Aylmer, Quebec, covering the years 1866-1886, folio 15. Il est noté que James Conroy est marié à Emily McConnell. Elle est la fille de Richard (fils de James McConnell) et alors, la cousine de James McConnell.

[44] BAnQ, P 154, D1, Enregistrement de la vente du lot 15, rang 2 de James Conroy à Robert Stuart, testament de Robert Conroy, « Liste d’enregistrement foncier, 1850-1887, Comté d’Ottawa, Province de Québec, signée devant le registraire, Louis Duhamel ».

[45] L’acte notarié de Charlotte offre un regard détaillé sur la redistribution du patrimoine entre les héritiers Conroy à la suite du décès de leur sœur en 1881. Il décrit en détail le bien foncier des héritiers Conroy et il mentionne le droit douaire dont bénéficie Emily McConnell sur le lot 15-a dans BAnQ, P154, D7, Acte de vente et transfert de l’héritage de Charlotte Conroy, 5 mai 1881, pres. B, vol 25, no 528, 455. De nouveau, le droit douaire est mentionné dans l’acte de vente suivant : BAnQ, P154, D7, Deed of sale, Maria Jane Conroy, John Nelson, Mary Conroy, John S. Dennis jr., James Conroy, Eleanor Conroy, Alfred Driscoll and Ida H. L. Conroy to Robert Hugues Conroy & W. J. Conroy, registered in the County of Ottawa, Vol. 9, A, 7th day of May 1887.

[46] Acte de mariage entre James Conroy et Emily McConnell. Parish Register 447, Saint James Church, Hull, Quebec, covering the years 1868-1886, page 12.

[47] Lise St-Georges, « Commerce, crédit et transactions foncières : pratiques de la communauté marchande du bourg de l’Assomption, 1748-1791 », Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 39, n° 3, 1986, p. 343.

[48] D’un air très sérieux, la photographie, de Dame Mary McConnell, montre la veuve dans ses habits de veuvage typique des femmes affirmant leur autorité dans la gestion du patrimoine familial au 19e siècle. BAnQ, P154, S1, D29, Fonds de la famille Conroy, « Photographie, Mary McConnell », Studio Notman (Ottawa). Ce portrait rappelle que Mary McConnell peut négocier ses hypothèques et à gérer ses biens fonciers. Elle montre par ses habits son statut social de veuve. À ce sujet, voir Bradbury, Wife to Widow, p. 207-209.

[49] Le nom de Mrs Mary Conroy paraît sur le plan du tracé du chemin de fer menant à Aylmer dans BAnQ, E25, S105, SS4, D878, Fonds du Ministère des Travaux publics et de l’Approvisionnement, W. Dale Harris, Plan du tracé du Pontiac and Pacific Junction Railway, – 400 pieds : 1 po. – 23 avril 1888, Québec.

[50] BAnQ, P154, D1, Enregistrement du jugement de la cour supérieure du district d’Ottawa, 18 septembre 1880,

no 598. Les documents légaux du fonds de la famille Conroy n’offrent aucune explication à ce sujet.

[51] Ibid.

[52] Ibid.

[53] Thierry Nootens, « Des privations ne peuvent pas constituer une fortune : les droits financiers des femmes mariées de la bourgeoisie québécoise face au marché, 1900-1930 », Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 65, no 1, 2011, p. 62.

[54] Yvan Morin, « La représentativité de l’inventaire après décès : l’étude d’un cas : Québec au début du XIXe siècle», Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 34, n° 4, 1981, p. 521.

[55] Bradbury, Wife to Widow, p. 78-79 ; Kolish, Depuis la Conquête, p. 17.

[56] « May by the death of the said Robert Conroy and the said Mary McConnell as having bien communal en biens (communal et biens soulignés dans le texte) with the said late Robert Conroy, seized and rested with the one undivided half of the said real estate here therefore described which was all acquired during the existence of the said community ». BAnQ, Fonds Conroy, P 154, D7, Fonds de la famille Conroy, Inventaire après décès de Robert Conroy, Aylmer, 11 novembre 1880, Centre d’archives de l’Outaouais.

[57] Bradbury, « Devenir majeure : la lente conquête des droits », Cap-aux-Diamants : la revue d’histoire du Québec, n° 21, 1990, p. 36.

[58] Ibid.

[59] Jeune avocat en droit civil, Robert Hughes Conroy, écrit lui-même l’inventaire après décès de son père de la famille selon la copie de 1879.

[1] L’acte après décès (1880) mentionne : « (…) with the store cottage, known as the homestead. » BAnQ, P154, D7, Fonds de la famille Conroy, Acte après décès de Robert Conroy (1880).

[2] Nootens, « Des privations ne peuvent pas constituer une fortune », p. 61.

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La rivière des Outaouais et ses histoires méconnues

La rivière des Outaouais et ses histoires méconnues

L’histoire de l’Outaouais a évolué au gré des particularités des emplacements géographiques le long de la grande rivière. L’Outaouais est d’abord la voie navigable vers le cœur du continent. Au 19e siècle, la rivière devient aussi une ligne de partage géopolitique, économique et culturelle. Son nom nous révèle déjà une de ses particularités, car ce toponyme est retenu que depuis un peu plus d’un siècle[1]. Il se réfère surtout au nom donné à une nation amérindienne n’ayant jamais occupé le bassin versant de la grande rivière. Cette nation occupe le nord du Lac Huron, ils sont de grands commerçants de nation algique, et Pontiac en est le chef le plus connu de l’historiographie québécoise. Depuis le 17e siècle, les Outaouais utilisent la rivière pour atteindre les Français dans la vallée du Saint-Laurent. Les premiers occupants du bassin versant sont les Algonquins, et la nomment d’ailleurs « Kitchissippi » signifiant la Grande rivière[2]. Ce toponyme est aussi retenu par Joseph Bouchette en 1813[3].

Les cantons sur la "Grand River" en 1802
Joseph Bouchette, A Plan of the new townships on the Grand or Ottawa River, Numéro d’identification : 2663014, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Une histoire de commerce plus de millénaire

Au prime abord, les berges de l’Outaouais se sont formées au retrait des grandes eaux de la mer Champlain, il y a plus de 6000 ans à la fin de l’ère glacière. L’héritage ancestral des Algonquins nous permet par la suite de remonter le temps jusqu’à la fin de la période sylvicole au moment des premiers contacts avec les Européens. Cependant, cette route fluviale est très tôt incorporée aux réseaux routiers du commerce amérindien en Amérique. « Par cette dernière voie, transitent, bien avant l’arrivée des Européens, le cuivre, les pierres à feu, l’obsidienne et les os de baleine[4] ». L’importance économique de la rivière ne peut alors pas être reniée et ce, bien avant l’arrivée des premiers Européens dans la région. En 1613, Samuel de Champlain cartographie le territoire, et il nous fait connaître ainsi les peuples des forêts de l’est.

Carte de Sieur Samuel de Champlain, 1632
Carte de Sieur Samuel de Champlain, 1632

La rivière du Nord

« Pour les coureurs des bois, l’Outaouais était la rivière du Nord, parce qu’elle les menait aux vastes régions giboyeuses des «pays d’en haut », c’est-à-dire les immenses étendues de forêt auxquelles on accédait en remontant le cours des affluents du Saint-Laurent[5] ». Dès lors, l’ensemble des explorateurs, des militaires, des missionnaires et des coureurs des bois emprunte cette route du nord vers les « pays d’en haut » pour rejoindre par cette voie navigable, l’intérieur des différentes régions du continent nord-américain. C’est aussi à cette époque que les Algonquins surnomment ce cours d’eau Mahamoucédé, « la rivière de commerce[6] » ou selon Richard Nadeau, « adawe » signifiant « acheter ou vendre[7] ». Guillaume Dunn nous fait aussi remarquer que « la colonisation fut extrêmement lente à démarrer dans la vallée de l’Outaouais[8] ». Cette terre conserve sa splendeur sous l’occupation des Algonquins jusqu’au début du 19e siècle.

Bibliothèque et Archives Canada : C-002772 Crédit : BAC, No. Acc. 1989-401-4
Groupe de voyageurs autour d’un camp de feu ca. 1870
Source : Bibliothèque et Archives Canada C-002772
Crédit : Bibliothèque et Archives Canada Acc. No. 1989-401-4

Les lieux de portages aux chutes de la Chaudière

La rivière représente un défi de taille pour toute personne s’y aventurant jusqu’à la fin du 19e siècle. Les obstacles naturels font en sorte que de nombreux portages sont de mises pour les contourner. La rive nord de l’Outaouais est le lieu privilégié pour le débarquement lors des portages obligatoires[9]. Cette situation amène les cartographes de l’époque à décrire à leur façon ces lieux de portage. Certains noms des marchands de fourrure sont retenus dans la toponymie des lieux de traite populaires[10], tandis qu’ailleurs ce sont les traductions des noms usuels amérindiens inspirées de la géographie du territoire.

Les rapides de Deschênes

Un de ces lieux de portages d’importance est les rapides de Deschênes que l’on voit apparaître sur les cartes du 19e siècle. Ces rapides sont situés à la pointe le plus au sud de la rivière des Outaouais. L’origine de son nom demeure toujours du débat. Certains historiens attribuent ce nom à la description vague laissée dans les écrits  de Chevaliers de Troyes en 1686 qui rapporte la présence de nombreux chênes dans les environs[11]. La question demeure que le nom « des chênes » se traduit très bien en anglais et que cette terminologie s’utiliserait facilement en cartographie au 19e siècle où toutes les cartes officielles sont de langue anglo-saxonne. Ainsi, cette petite pointe de terre faisant fi aux abords des rapides de Deschênes demeure toujours une énigme à élucider surtout sachant que la famille Miville-Deschênes de Québec et de Trois-rivières est très active dans les environs durant la longue période de la traite des fourrures qui prend graduellement fin vers 1831[12].

Le nom enregistré de "Jacques Miville Sieur desChesnes".  Signature à Québec le 19 octobre 1669 dans le contrat de mariage de Duquet entre Jacques Miville et Catherine de Baillon.  Voir : http://www.miville.com/genealogie.htm
Le nom enregistré de « Jacques Miville Sieur desChesnes ».
Signature à Québec le 19 octobre 1669 dans le contrat de mariage de Duquet entre Jacques Miville et Catherine de Baillon.
Voir : http://www.miville.com/genealogie.htm

Le symbolisme de l’ouverture de la région

Il demeure qu’au tournant du 19e siècle, l’Outaouais est toujours une voie navigable du commerce maintenant son importante économique dans le développement des colonies britanniques et de son expansion vers l’ouest, et ce jusqu’au début du rail dans la région dans la deuxième partie du 19e siècle. Navigants vers cette nouvelle région de colonisation, les Loyalistes, les Américains, les Canadiens, les Irlandais, les Écossais et les Allemands ont tous façonné à leur manière l’environnement et les différents milieux socioculturels sur le bassin versant de l’Outaouais. C’est aussi en 1791 que la rivière devient la ligne de démarcation transfrontalière entre le Bas-Canada et le Haut-Canada. La carte Joseph Bouchette, A Plan of the new townships on the Grand or Ottawa River confirme en 1813 cette ligne de démarcation.  Ainsi le peuplement colonial s’amorce en 1800 que les lieux des trois portages des chutes de la Chaudière deviennent des milieux d’occupation européenne et le fief d’importance du développement économique du Bas-Canada. C’est de ce développement colonial que s’attribue d’abord l’essor de l’économie du bois au Bas-Canada. C’est aussi en Outaouais que le monde politique vit de près l’Union des deux Canada en 1840. D’ailleurs,  c’est aux chutes de la Chaudière qu’est érigé le pont de l’Union en 1841 reliant symboliquement le Haut-Canada au Bas-Canada[13]. Ce symbolisme ne peut qu’accentuer le rôle politique et économique de ces colonisateurs de la région sur l’histoire du Canada.

D’une forêt à une région fortement industrialisée en moins d’un siècle

Ainsi, l’arrivée de Philemon Wright et de son groupe d’associés amorce en moins d’un siècle le peuplement qui voit disparaître cette vaste forêt de chênes et de grands pins au profit d’un amas de villages détenant chacun leur microhistoire. Déjà en 1832, Joseph Bouchette explique que « The inhabitants in 1824 were placed under the superintendence of Mr. Wright, who has adopted various means to excite the industry and secure the comfort and happiness of all classes of his little colony; and perhaps in no part of the province will be found more industry and a better understanding among the settlers, for they seem universally to enjoy a degree of ease and comfort seldom to be met with in settlements of such recent date : every thing exhibits a degree of affluence and social prosperity not reasonably to be expected in settlements formed within 30 years ».

Chaudiere Falls with Bridge over the Ottawa River, Bytown (Ottawa), ( Ontario ), January, 1839 Bibliothèque et Archives Canada, C-000509 SOURCE: ICON 304
Chaudiere Falls with Bridge over the Ottawa River, Bytown (Ottawa), ( Ontario ), January, 1839
Bibliothèque et Archives Canada, C-000509
SOURCE: ICON 304

Alors, le canton de Hull devient un lieu de développement primé dans la colonie basse-canadienne. L’accélération du développement économique transforme radicalement le paysage de l’Outaouais jusqu’à là jalousement conservé par les nations algonquines. Les terres environnantes se peuplent rapidement. Les communautés se développent au même rythme que s’accélère l’économie du bois. Hull devient pour un temps la troisième ville en importance au Québec à la fin du 19e siècle.

Philemon Wright est le leader du canton de Hull, mais qu’en est-il l’histoire de ses associés et de leurs descendants ?

L’Outaouais devient alors un lieu de rencontre de différentes origines et cultures. Chacune des communautés ajoute sa propre essence culturelle aux villages de la région. Il est aussi à noter que certaines de ces microhistoires sont mieux connues que d’autres. Longtemps l’histoire de l’Outaouais s’amorce avec l’établissement de la famille de Philemon Wright. Il demeure que l’histoire de ses associés et leurs descendants est méconnue de l’historiographie québécoise. Il faut rappeler ici que le succès du développement du canton de Hull est un effort de groupes et d’un consensus établis entre les associés et leur chef Philémon Wright. Ainsi passe sous silence l’histoire des hommes et des femmes qui ont contribué à l’essor de ce vaste milieu urbain en Outaouais mieux connu aujourd’hui sous le nom de la ville de Gatineau. Sans renier le rôle de la famille Wright dans le développement de la région, il est temps que s’élargisse l’histoire des débuts de la grande ville de Gatineau. Il se dénote alors rapidement plusieurs contrariétés et plusieurs énigmes qui nuancent l’histoire officielle de la région et des communautés formant aujourd’hui la ville de Gatineau.

Établissement du canton de Hull
Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Plan of part of the Township of Hull situated on the northerly side of the Ottawa River in the Province of Lower Canada. Théodore Davis – 1802 – Fonds Ministère des Terres et Forêts; Cote: E21,S555,SS1,SSS1,PH.17A, Cartothèque, Centre d’archives de Montréal.

Le lot 15 sur le 1er rang du canton de Hull

C’est ainsi que cet essai se tourne sur l’historique du premier rang à mi-chemin entre les deux premiers villages du canton de Hull (Aylmer et Hull). Sur ces lieux se révèlent une histoire semée d’intrigues et de mystères. C’est sur le lot 15 qu’il est possible d’avoir un nouveau regard sur les débuts de la ville de Gatineau. Ce n’est que par les traces de son patrimoine qu’il est possible de faire valoir cette histoire qui a peu préoccupé les érudits de notre discipline. Ce lot 15 est situé sur cette pointe de terre d’un ancien lieu de portage  de la Chaudière bien connu et achalandé sur une longue période de l’histoire de l’Outaouais. Ainsi, les sources archivistiques et les vestiges de son patrimoine nous amènent à comprendre autrement l’établissement dans le canton de Hull et les moyens utilisés contribuant entre autres, à l’essor de la bourgeoisie marchande de la région. Il s’offre ainsi un aperçu différencier sur le mouvement migratoire et le développement socio-économique sur la pointe la plus au sud de la région de l’Outaouais.

Sources :

[1] Guillaume Dunn,  « L’Outaouais, l’histoire d’une rivière » Asticou, no 5 (Mars 1970), Société d’histoire de l’Outaouais, p.5. http://www.reseaupatrimoine.ca/documents/Cahier_5_asticou.pdf

[2] Guillaume Dunn,  « L’Outaouais, l’histoire d’une rivière » Asticou, no 5 (Mars 1970), Société d’histoire de l’Outaouais, p. 5. http://www.reseaupatrimoine.ca/documents/Cahier_5_asticou.pdf

[3] Joseph Bouchette, A Plan of the new townships on the Grand or Ottawa River, 1813, Collection des cartes et plans de la BAnQ, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.  Voir aussi A Plan of the New Townships on the Grand or Ottawa River, 1813 sur le site Parcours du patrimoine à l’adresse https://sites.google.com/site/parcoursdupatrimoine/le-lot-15-rang-i-du-canton-de-hull/1-lecture-geographique-des-rangs-et-des-cantons-en-outaouais-1/c–usage-des-cartes-et-des-plans-anciens-du-19e-siecle/b-a-plan-of-the-new-townships-on-the-grand-or-ottawa-river-1813

[4] Chad Gaffield et al. « La grande rivière des Algonquins : 1600-1650 », L’histoire de l’Outaouais, Les régions du Québec ;6, Institut québécois de recherche sur la culture, 1994,  Québec, p. 81.

[5] Guillaume Dunn,  « L’Outaouais, l’histoire d’une rivière » Asticou, no 5 (Mars 1970), Société d’histoire de l’Outaouais, p. 5. http://www.reseaupatrimoine.ca/documents/Cahier_5_asticou.pdf

[6] Chad Gaffield et al. « La grande rivière des Algonquins : 1600-1650 », L’histoire de l’Outaouais, Les régions du Québec ;6, Institut québécois de recherche sur la culture, 1994,  Québec, p. 78.

[7] Richard Nadeau, « La rivière des Outaouais, la voie royale vers l’ouest », Histoire Québec, vol. 11, no 2, 2005, p. 35.

[8] Guillaume Dunn,  « L’Outaouais, l’histoire d’une rivière » Asticou, no 5 (Mars 1970), Société d’histoire de l’Outaouais, p. 13. http://www.reseaupatrimoine.ca/documents/Cahier_5_asticou.pdf

[9] La géographie de la rivière joue un rôle déterminant sur l’accostage des canots sur les berges. Cette situation s’explique par le fait que les vents dominants de l’ouest érodent davantage les berges du nord formant plus de plages sablonneuses. De plus, le mouvement du courant fluvial est-ouest facilite le débarquement des embarcations sur la rive nord.

[10] Raymond Ouimet,  « Ville de Pointe-Gatineau (1876-1974) – Historique » http://www.gatineau.ca/docs/histoire_cartes_statistiques/archives/docs/pg_hist.htm

[11] Lucien Brault nomme le territoire Des-Chênes et il explique que le nom des rapides Deschênes « vient du fait que de nombreux chênes y poussent sous le régime français selon le chevalier de Troyes en 1686 » et il ajoute que les Algonquins nomment l’endroit « Miciminj » qui veut dire « là où pousse le chêne ». Lucien Brault, Aylmer d’hier / of Yesterday, Institut d’histoire de l’Outaouais, Aylmer, Québec, page 233. Chad Garfield utilise aussi cette source pour confirmer le nom des rapides. Chad Gaffield et al. « La grande rivière des Algonquins : 1600-1650 », L’histoire de l’Outaouais, Les régions du Québec ;6, Institut québécois de recherche sur la culture, 1994,  Québec, p.

Cependant, le Captain Andrew Jackson de Nepean (établissement sur la rive sud des rapides de Deschênes) écrit Deschene sur la carte dessinée et remise avec une pétition aux autorités coloniales en 1831. Archives de l’Ontario, Plan of R 1, c-IV, Nepean, lot 30, con 1 (of), tiré du livre de Bruce Eliot, The City Beyond, p. 11. De plus, la carte d’assurance incendie Goad nomme l’endroit Deschènes. Collection Paul Brunet. « Hull & Vicinity, Que » 1903-1921, Montréal : Chas. E. Goad, Civil Engineer 
- 44 plan(s) : coul. ; 61 X 67 cm, BAnQ, Centre régional des archives de l’Outaouais, cote P61.

Il est alors de mise de se questionner sur l’origine du nom Deschênes car il est aussi connu que la famille de grands marchands de fourrure de Québec est très active dans la région depuis le régime français. Cette activité se poursuit au 19e siècle et cette famille exploite la fourrure pour le compte de la famille McGillivray dont Murdoch travaillant pour la Compagnie du Nord-Ouest et comme traiteur indépendant au poste de traite des rapides de Deschênes. Michael Newton, « La maison Charron : Symbole d’une vision contrariée », Outaouais, Le Hull disparu, Institut d’histoire régionale de l’Outaouais, 1982, p. 12 et Michael Newton, Some notes on Bytown and the fur tradeThe Historical Society of Ottawa, Bytown Pamphlet series. no 5, 1991, p. 3.

[12] Michael Newton, « La maison Charron : Symbole d’une vision contrariée », Outaouais, Le Hull disparu, Institut d’histoire régionale de l’Outaouais, 1982, p. 12 et Michael Newton, Some notes on Bytown and the fur tradeThe Historical Society of Ottawa, Bytown Pamphlet series. no 5, 1991, p. 3.

[13] Archives nationales du Canada, «  Au dessus de la rivière des Outaouais, l’union tient par deux câbles », Les trésors des archives nationales du Canada, Les Éditions du Septentrions, Sillery, Québec, p.  62.

Vers les origines du village de Deschênes à Gatineau

Les débuts de l’occupation du canton de Hull

Mes recherches se sont prouvées fructueuses et riches cette semaine. J’ai d’abord vu au développement du canton de Hull et à l’attribution des terres dans le système de Leader & Associates au début du XIXe siècle. J’ai appris énormément sur les débuts du canton de Hull et sur la vision coloniale de Philemon Wright, le leader du canton et un homme ayant été un révolutionnaire originaire du Massachusetts lors de la guerre de l’Indépendance américaine .

Philemon Wright établit ses entreprises coloniales à la chute des Chaudières en 1800. Il a la vision d’une colonie autosuffisante à une distance navigable des grands centres du Bas-Canada. Le développement agricole est la première préoccupation de Philemon Wright. Il  développe les premières industries qui assurent l’autonomie de la jeune colonie. Il implante à sa façon le modèle de développement du système colonial américain sur l’Outaouais. Il n’est pas seul dans cette entreprise coloniale. Il amène plusieurs colons et il recrute des ouvriers pour défricher et construire les bâtiments de sa nouvelle colonie. Il encourage l’établissement de grandes fermes le long de l’Ottawa. L’industrie du bois est une activité secondaire dans la nouvelle colonie de Wright. Cette activité occupe les ouvriers en hiver et les garde dans la région pendant cette lente saison froide.

L’histoire des débuts du canton de Hull permet de comprendre l’ampleur de l’octroi des terres en Outaouais. Le système des associates alloue des lots de 200 à 100 acres selon certaines conditions d’achat à ceux qui veulent établir et exploiter une grande ferme. Les premiers à obtenir ces privilèges sont les membres de la famille s’associant à Wright. En 1826, les travaux de construction du canal Rideau attirent un très grand nombre d’immigrants irlandais. Dans le canton de Hull, plusieurs des Irlandais protestants choisissent de démarrer leurs entreprises le long du premier et deuxième rang menant vers le nouveau village d’Aylmer.

En échange des titres de propriété, l’associate doit développer ses terres et en exploiter les ressources naturelles. C’est le moyen de conserver ses droits de propriété et son enregistrement des biens fonciers. Il n’est pas tenu de faire lui-même tous les durs travaux, il peut engager les ouvriers s’il en a les moyens. C’est de ce processus qu’est né le village de Deschênes sur le lot 15 du rang un dans le canton de Hull.

Mystères révélés dans le fond P154 Conroy

Le processus d’acquisition des terres aux pieds des rapides de Deschênes se trouve dans les registres des droits fonciers du fond Conroy. Ces registres renseignent entre autre sur cette famille influente de la région. Les techniques développées par les généalogistes d’origine britannique m’ont permise d’explorer le système d’enregistrement foncier pour retracer l’historique des lots. Les généalogistes anglophones utilisent beaucoup les registres fonciers pour construire les arbres généalogiques. Ils n’ont pas le privilège des registres paroissiaux pour effectuer leurs recherches.

De ces connaissances, il m’est maintenant possible de lire les cartes du canton de Hull. Il est aussi plus simple de dépouiller les archives contenues dans le fond Conroy qui racontent l’histoire de cette famille d’Aylmer. Le fond P 154 Conroy détient plusieurs des originaux des enregistrement fonciers sur ce lot. Ces enregistrements nous permettent aussi de suivre l’évolution du lot 15 où se développe le village de Deschênes.

Vers les origines du village des Deschênes

L’historique du lot 15 du rang un dans le canton de Hull est clairement exposé dans le fond P154 de la famille Conroy au centre des archives de l’Outaouais. Il contient une longue série de titres de propriété sur le lot 15. Il est possible d’y relever des faits sur l’historique du lot. Il permet de valider que la moitié du village de Deschênes est sur les lots de la famille Conroy.

Une partie du lot 15 offre l’accès aux terres menant aux rapides de Deschênes. Les rapides sont sur des terres de clergé selon la carte présentée à la page 346 de l’article de Bruce Elliot. Les titres du lot reviennent à James McConnell qui est un grand fermier d’origine irlandaise et de religion protestante. James McConnell est bien établi dans la région. Ces titres sont officiellement enregistrés sur le plan du canton de Hull. James McConnell y développe une scierie selon les témoignages de Charles Symmes. L’autre propriétaire est Ithamar Day, un marchand de fourrure pour la Compagnie du Nord Ouest et un révolutionnaire américain aussi bien établi dans la région. Ses titres ne sont pas écrits sur la carte du canton selon les références consultées.

Le fond révèle que Charles Symmes, le fondateur du village d’Aylmer et le neveu de Philemon Wright, témoigne des avoirs de James McConnell dans la cause litigieuse entre Ithamar Day et Mary McConnell, la fille et une des héritières des terres de son père. Le litige concerne les titres de propriété sur le lot 15. Charles Symmes favorise McConnell en spécifiant les intérêts, les avoirs et le montant de cinq shillings (un dollar aujourd’hui) payé pour les terres.  Il confirme ainsi les titres de propriété de Mary McConnell aux rapides de Deschênes.

L’emplacement du lot a aussi des avantages géographiques intéressants. Les rapides sont suivis de la partie est du lac Deschênes sur la rivière des Outaouais. Il faut rappeler qu’en 1831, le bateau vapeur est utilisé sur le lac Deschênes. Ainsi, l’extrémité sud du lot 15 conduit aux derniers rapides d’une longue série de portages. Il est aussi l’aboutissement d’un sentier de portage partant de la chute Chaudière à Hull. Ce sentier devient aussi la première route difficilement carrossable pour atteindre la voie navigable vers l’ouest sur l’Outaouais. L’intérêt pour la navigation sur l’Outaouais diminue qu’en 1848.

Les ruines de la centrale hydroélectrique aux rapides de Deschênes, Québec vers 2010

Source : Collection Lisa Mibach

Village aux pieds du Lac Deschênes

Source :  Collection Lisa Mibach

Le calme du lac Deschênes sur la rivière des Outaouais

Source : Collection Lisa Mibach

L’essor du village d’Aylmer

À l’ouest du lac Deschênes, il y a le Symmes Landind, des services de bateau vapeur et les hôtels à l’extrémité ouest du rang un. Charles Symmes y achète 200 acres sur les rives ayant une vue prenante sur l’Outaouais supérieure. En 1821, Symmes fonde le premier village du canton de Hull qu’il nomme Aylmer en l’honneur du Gouverneur général du Bas-Canada. Il forme aussi une compagnie de transport avec différents partenaires locaux pour financer l’achat du Lady Colborne, le premier bateau vapeur à naviguer sur l’Outaouais supérieure. « Symmes’ Landing devient bientôt un point de départ pour l’approvisionnement des postes de la compagnie de la Baie d’Hudson en Outaouais »(CRAO, Charles Symmes). Symmes fait aussi construire des hôtels pour les voyageurs.

Robert Conroy, ce patriarche d’origine irlandaise et de religion protestante opère le premier hôtel d’Aylmer appartenant à Charles Symmes. Robert Conroy construit plus tard son luxueux Hotel British qui devient rapidement un lieu très fréquenté des voyageurs vers l’ouest. Robert Conroy marie Mary McConnell, l’héritière du lot 15 sur le rang un du Canton de Hull. Il hérite ainsi des Deschenes Mills et de la scierie du beau-père. Il est à se demander si Charles Symmes a aussi tout intérêt à ne pas voir se développer la navigation à partir des rapides de Deschênes à quelques kilomètres en amont du Symmes Landing.

L’énigme du poste de traite

Le litige sur les droits de propriété de Mary Conroy, née McConnell nous mène à Ithamar Day à la mort de James McConnell. C’est lors du passage des titres de propriété que le lot 15 est partagé en deux. Il y a dès lors le lot 15 a) et le lot 15 b)  séparés par la rue Principale de Deschênes (aujourd’hui le chemin Vanier). Ithamar Day cherche à garantir ses droits de propriété. Une carte démontre l’emplacement des deux nouveaux lots. Il obtient gain de cause comme le témoigne les titres des propriétés et le plan de lot 15.

Le titre de propriété d’Ithamar Day révèle aussi une autre histoire intéressante en elle-même. Ce personnage nous pousse d’abord à vouloir connaître davantage le propriétaire peu connu du lot 15 b). Dans le texte de Hanson Guard, Pionners of Upper Ottawa écrit en 1905, nous apprenons que Day est un marchand de fourrure pour la Compagnie du Nord-Ouest. Il est aussi le père de Charles Dewey Day, juge à la cour supérieure du Bas-Canada.  La concession de Day, père, est aussi signée par le Gouverneur Gosford et Charles Dewey Day. L’Encyclopédie biographique du Canada nous renseigne ensuite que le gouverneur Gosford et le juge Charles Dewey Day entretiennent certains liens. Charles Dewey Day est aussi étroitement lié à la rébellion de 1837-1838 et au jugement de la pendaison des patriotes.

Ithamar Day vient qu’à repartir dans l’ouest. Il me reste à voir à son rôle dans la traite des fourrures dans Deschênes. Je sais qu’il fait construire un poste de traite et un magasin général, mais pour le reste, c’est toujours nébuleux. Il y a même certains indices qu’il est le responsable du développement de la scierie. Il y a une référence à un bâtiment Day & McGillivray aux rapides Deschênes en 1831 dans le livre de Bruce Elliot « Nepean, « The City Beyond». La vocation de ce bâtiment n’est toujours pas connu. Nous savons toutefois que Day prend régulièrement son canot et il va voir son partenaire de l’autre côté du lac Deschênes à Nepean. Il faut aussi ajouter que les terres de Day sont celles où se construisent les premières habitations , les premiers commerces, l’église et l’école du village de Deschênes.

Village de Deschênes en 1927

Photographie aérienne du village de Deschênes, 3 juin 1927, Photo no 30, Crown Copyright, NAPL, photo HA277-77, Fonds du secteur territoire de la Ville d’Aylmer-Urbanisme, Ville de Gatineau  A012

Cette image offre une vue sur la rue principale de Deschênes en 1927. Cette rue traverse le village jusqu’aux rapides. Il est à remarquer que les installations industrielles sont sur la partie est du village sur les anciennes terres de James McConnell. Les commerces et les habitations sont sur le quadrilatère à l’ouest de la rue principale sur le lot 15 b), anciennement les terres de Ithamar Day. 

Ainsi commence une autre quête pour retracer les intérêts de Day sur le lot 15 b). Bruce Elliot m’a aussi mise sur une piste intéressante au sujet de la traite des fourrures sur les lots des environs. Il y a aussi beaucoup de témoignages de la présence des autochtones autour du village jusqu’à la Deuxième guerre. Il est mention de leur présence dans les rôles d’évaluation de 1917. La traite de fourrures mérite alors notre attention. Il y a des recherches plus approfondies dans les ouvrages de Michael Newton de la Commission de la capitale nationale à Ottawa (CCN). Cette piste est très intéressante à explorer. Je souhaite que le temps me permettra d’aller y jeter un coup d’oeil.

Les héritières

En ce qui a trait à James McConnell, le Fond Conroy nous explique l’appropriation des titres de propriété par l’héritière Mary Conroy. Elle hérite des rapides, de la scierie et de l’inventaire du bois scié de son père. Deschênes connaît alors une courte croissance de population entre 1820-1830. Nul ne sait pourquoi cette activité est freinée. Hanson Guard soulève aussi cette question lors de son passage à Deschênes vers 1905. Il explique que nul des premiers habitants ne sont présents pour témoigner du premier essor industriel aux rapides de Deschênes. Cependant, le développement industriel croit rapidement avec les entreprises de Robert H et William Conroy près des rapides à la fin du XIXe siècle.

Ce sont aussi les actes notariés qui me permettent de mieux saisir l’histoire industrielle du village. Ces actes permettent de voir aux différentes installations dans le village au XIXe siècle et au début du XXe. L’affaire de la faillite des frères Robert Hughes et William Conroy contribue d’ailleurs à faire l’inventaire de leurs titres et de leurs entreprises à Deschênes en 1901. J’ai réussi à trouver des cartes qui me permettent d’ailleurs à délimiter le R&W Homestead et les lots du village de Deschênes.

Il demeure que Mary Conroy, née McConnell est responsable du maintient des titres sur la propriété du lot 15 du rang un à la mort de son mari. Elle voit à assurer la prospérité et à garantir les biens fonciers de la famille.  Ce qui m’amène à la plus belle trouvaille qui est le rôle de toutes les femmes Conroy dans les entreprises et le maintien du patrimoine familial .

Ces femmes sont au coeur des affaires familiales. Elles garantissent les droits de propriété quand les entreprises sont troubles. Il faut dire que les grands barons du bois connaissent des hauts et des bas dans l’industrie. Les femmes Conroy assument aussi les risques financiers dans les aventures en hydroélectricités des frères Robert Hugues et William Conroy. Les femmes Conroy deviennent alors les principales actionnaires dans les entreprises de leurs frères. Ces entreprises viennent qu’à prendre plusieurs noms tels que la Deschenes Electric Company, la Capital Power Company et la Hull Electric Company. Ainsi, les femmes Conroy assurent une certaine pérennité des entreprises et des propriétés familiales. Je n’ai toujours pas trouvé de traces des Conroy et leur implication dans la Pontiac & Pacific Railway( PPR), la Canadian Pacific Railway (CPR) et la Hull Electric Railway(HER). Il est important de suivre aussi cette piste, car  c’est sur le lot 15 a) que s’installe la gare, la première jonction de la PPR et le garage de wagons de tramway de la HER.

Le garage à wagon de la Hull Electric Railway au début du XXe siècle. 

Droits d’utilisation et d’auteur inconnu. 

Le garage de wagon de tramway de HER permet de situer le voisin de face de la maison sur le homestead du lot 15 à l’entrée de la rue Principale de Deschênes vers 1900. L’image numérisée m’a été remise par une amie. Je cherche présentement les droits d’utilisation pour cette photographie. 

Les rôles d’évaluation fonciers du village de Deschênes

Il me reste à voir aux rôles d’évaluation fonciers du village de Deschênes aux archives de la ville de Gatineau. Ils sont peu nombreux, mais maintenant, je suis prête à les interpréter. Ces rôles d’évaluation sont une source primaire importante. Les données offrent un bel éclairage sur la composition de la population du village et sur les différentes entreprises qui s’y trouvent.

Je souhaite de voir comment s’est développé le village sur les terres de McConnell et de Day. Les rôles d’évaluation me permettent aussi de voir à ce qui advient des terres de Day et qui portent plus tard le nom de village de Deschênes bien avant son incorporation en 1923.  Ainsi, je serai prête à lire les minutes qui amènent le village à s’incorporer à cette même date. Ces textes sont tous en anglais m’a expliqué monsieur Raymond Ouimet que je rencontre fréquemment au centre des archives de l’Outaouais.

Roland Tremblay et un inconnu sur le lot 15b dans le village de Deschênes vers 1930.

Source : Josée Paquin, Photo de la famille Miville-Deschênes et Tremblay de Deschênes, Québec

Les mystères de la maison sur le Homestead du lot 15 a)

La seule déception réside dans mes recherches sur la maison du Homestead que j’ai faites à la dernière session. La maison demeure un flou historique, car elle n’est pas sur les terres Conroy selon les sources consultées aux archives. Cette maison conserve trop bien ses secrets. Le registre des biens fonciers me réfère à cette propriété sur le lot 15 a) du rang un à South Hull en 1901.

Il demeure que la maison sur le homestead est sur le lot 15 b) en face du garage de wagon de la Hull Electric Railway. Elle est sur le côté ouest de la rue Principale (maintenant Chemin Vanier). C’est le garage qui se trouve en face sur le homestead R&W Conroy’s. Le village est alors connu sous le nom de Deschenes Mills. Les mystères de Day pourraient-ils révéler ceux du lot 15 b) et ceux des titres de propriété de la maison sur le homestead à la porte d’entrée du village de Deschênes ?

À partir des plans de la ville, la maison est alors sur le mauvais côté du chemin Vanier. Elle n’appartient pas à R & W Conroy selon les traces dans le fond Conroy. Est-elle plutôt la maison sur le homestead de Ithamar Day ? Il est certain qu’elle n’est pas sur les anciennes terres du clergé. La maison de style western qui paraît dans les prises de vue aérienne du village en 1928 nous amène aussi à vouloir percer les mystères derrière la maison sur le homestead du lot 15 b) sur la rue principale de Deschênes (chemin Vanier aujourd’hui). Sur cette photo, il est possible de voir face au garage de wagon à tramway, la maison sur le homestead sur le lot 15 b). Sa voisine de droite maintenant disparue est d’une style farwest aussi présent sur d’autres habitations dans le village de Deschênes.

Le registre foncier du Québec me pointe vers cette maison sur le lot 15 a). Elle m’en cause des problèmes cette maison. Il demeure qu’elle permet de pousser l’enquête davantage, et cette maison contribue à enrichir la quête du patrimoine sur le parcours que je souhaite réaliser. J’ai relevé des faits très intéressants, mais plus on en apprend à son sujet, plus la maison du Homestead sur le lot 15 pose problème. Elle a même tendance à paraître et à disparaître sur les différents plans du village.

Photographie aérienne du village de Deschênes, 21 mai 1928
Photographie aérienne du village de Deschênes, 21 mai 1928

La maison sur le homestead du lot 15b) lors des inondations à Deschênes en 1928

Photographie aérienne du village de Deschênes, 21 mai 1928
Photo no 33, Crown Copyright, NAPL, photo HA30-26
Fonds du Secteur territoire de la ville d’Aylmer -Urbanisme
Ville de Gatineau
A012

Sur la photographie, la maison sur le homestead est isolée du village de Deschênes avec le débordement du ruisseau juste à sa gauche en 1928. 


Vue de derrière de la maison sur le homestead durant les rénovations en 2010-2011

Source : Collection de Lisa Mibach

Il a été impossible d’obtenir une copie des documents brochés sur la maison du homestead lors des travaux de rénovation. Le présent propriétaire a aussi refusé tout accès à sa propriété lors des rénovations en 2010-2011. La maison rénovée est présentement à vendre. Elle a une valeur marchande de 750 000$ sur la marché immobilier présentement. La maison n’est pas dans l’inventaire du patrimoine de la Ville de Gatineau. Elle n’y a alors aucune garantie que cette maison fasse partie de l’inventaire des biens immobiliers de la ville malgré qu’elle a été construite depuis au moins 1878. Ces documents disparus seraient-ils les titres de la propriété pouvant nous référer au propriétaire original de la maison ?

La suite de la quête de la maison sur le Homestead R & W Conroy

Il demeure qu’en voulant connaître l’origine de la maison sur le Homestead, l’enquête s’approfondit sur les entreprises Conroy à Deschênes. Mon amie Lisa Mibach a pris contact avec des gens intéressés aux origines et au patrimoine industriel de Deschênes. Ils l’ont référé vers des sources intéressantes au Musée canadien des sciences et technologies à Ottawa. Il s’y trouve de l’information sur les premières industries à Deschênes.

Au souhait que je puisse trouver plus d’information sur la Capital Power Company, la Hull Electric Company, la Deschênes Electric Company et la Hull Electric Railway à leur bibliothèque. J’ai cependant un plan intéressant de la turbine utilisée dans la centrale hydroélectrique des frères Conroy. Elle provient de la Suède et plusieurs compagnies aident les Conroy à distribuer l’électricité vers le premier moulin de pâte et papier EB Eddy à Hull. Le fond Conroy contient même une des premières feuilles de papier produite chez EB Eddy Mills à Hull.

Il y a alors lieu de croire à une grande innovation technologique pour l’époque. Ces entreprises hydroélectriques opèrent à Deschênes pendant la première partie du XXe siècle. Elle fournit aussi l’électricité pour le réseau de tramway de la Hull Electric Company. Les opérations les plus remarquables sur les plans de Deschênes sont celles de la CPR et de la Capital Power Company en 1907. Cette compagnie hydroélectrique distribue de l’électricité à différentes grandes entreprises de la région dès 1895. Je ne connais pas encore l’ampleur des ressources disponibles au musée des sciences et technologies, mais Lisa enquête présentement à ce sujet pour moi. Il s’agit ici de se documenter davantage sur les opérations industrielles et ferroviaires sur le lot 15 a).

Il  s’y trouve aussi peut-être des informations au sujet de la batteuse-moissonneuse innovatrice de R & W Conroy dont le prototype a été construit et essayé avec succès à Deschênes. Cette invention brevetée a beaucoup d’influence dans le développement du chemin de fer sur la rive nord de l’Outaouais à l’ouest de Hull. Une chance, j’ai obtenu les droits d’utilisation d’une photographie de cette moissonneuse à Deschênes.

Ainsi, les mystères de la maison sur le Homestead continuent à me faire explorer un fond riche qui me permet de mieux connaître  le village de Deschênes et l’histoire du développement industriel du canton de Hull au XIXe siècle.

La quête de support visuel

Cette recherche est tellement stimulante, car les péripéties sont nombreuses et riches d’histoire. Elle me permet de développer une expertise dans l’histoire du 19e et du début du 20e siècle en Outaouais. J’achève l’exploration du Fond Conroy. J’ai toutes les photocopies nécessaires pour revenir sur les faits. J’ai aussi toute la liste des notaires ayant traité les affaires McConnell et Conroy. J’ai les droits d’utilisation des photographies des Conroy et de quelques activités sur le lot 15.

Les photographies révèlent très peu des entreprises Conroy à Deschênes. En fait, c’est ce qui me reste vraiment à trouver pour illustrer le parcours du patrimoine que j’entrevois pour cette activité pratique. Je communique avec l’Association du patrimoine d’Aylmer, car j’ai des images dans certains documents, mais je ne connais pas leur source et leurs droits d’utilisation. Il y a cependant une image que je veux vraiment qui est la photographie de Robert H Conroy devant sa centrale électrique aux rapides de Deschênes. Il se trouve aussi sur cette photographie une cinquantaine d’ouvriers de différents groupes d’âge. L’association du patrimoine d’Aylmer en a version en grand format dans son hall d’entrée. J’en suis à voir à l’obtention les droits d’utilisation.

Mon cheminement de recherche

Alors, mon cheminement semble aller bon train. Les aspects que j’ai prévus pour le parcours du patrimoine se solidifient. Il me reste quelques données à trouver, mais elles ne m’empêchent pas de progresser dans ma démarche. Mon plan commence à prendre forme de façon concrète. La richesse de l’information m’épate. Il ne reste qu’à la circonscrire.

Mon cheminement dans la production Web pour les élèves et la diffusion de l’histoire

Enfin, je change de sujet quelques minutes. Je participe à une recherche en évaluation des apprentissages. J’ai appris à développer des grilles de consignation des apprentissages.  À mes collègues qui travaillent sur des SAE, je vous suggère de travailler sur l’évaluation des apprentissages avant d’élaborer vos projets. De cette façon, il est plus simple de voir à vos attentes et aux contenus d’apprentissage. Il est plus simple alors de voir aux ressources nécessaires pour la réalisation d’un projet en histoire.

Dans mon cas, je suis partie des opérations intellectuelles pour définir mes critères d’observation et d’évaluation. Voici les résultats de ma grille d’évaluation (Lien externe) que vous pouvez consulter en ligne sur HEC Économie et développement (Lien externe).  Si vous avez des questions, c’est avec plaisir que je vous répondrai. J’ai trouvé cette grille fort intéressante pour évaluer le processus et les apprentissages en histoire, même après la correction de plus de 150 travaux ! Elle permet de voir aux forces et aux défis à surmonter dans l’apprentissage à interpréter l’histoire à partir de sources variées choisies par l’élève.

Les médias et la production du projet de session

Sur ce, j’explore beaucoup Google Sites pour intégrer les TIC en classe d’histoire. C’est avec cette plateforme que j’ai décidé de développer le parcours du patrimoine dans le cadre de cette activité pratique. Je prends de l’expérience et je teste avec les élèves mes réalisations au fur et à mesure qu’elles se construisent… Ainsi, je me familiarise avec cet outil, car il me permet de développer le Web. Sa convivialité me permet d’apprendre à créer et à gérer sur le Web, et ce, malgré mon peu de connaissance technique dans le domaine. J’en reconnais les limites, mais sa convivialité me permet de réaliser des productions Web.

Bonne semaine…