William Jackson Conroy et l’hydroélectricité aux rapides Deschênes

William Jackson Conroy et l’hydroélectricité aux rapides Deschênes

Par Lynne Rodier et Sophie Tremblay

La région de l’Outaouais s’est construite grâce à l’audace et à l’esprit d’entreprise de grands bâtisseurs. Le village de Deschênes, aujourd’hui annexé au secteur Aylmer de la ville de Gatineau, a été particulièrement influencé par la famille Conroy. Tout d’abord, le prospère marchand de bois, Robert Conroy, y laisse sa trace par l’achat et par l’exploitation de l’ensemble des propriétés et des moulins situés sur le site de Deschênes entre 1857 et 1860. Sa veuve, Mary McConnell, prend la relève des affaires de son époux en 1868. Elle modernise la scierie, en construit une deuxième et amène le rail près des usines.

e011160356 À la suite de leurs études à l’université McGill de Montréal, leurs fils, William Jackson et Robert Hugues Conroy, développent de nouvelles technologies dans la forge de la scierie familiale. William Jackson gradue en ingénierie en 1883 . Il se spécialise dans les mécanismes rotatifs tel qu’en fait foi le brevet du prototype de la moissonneuse-batteuse, assemblé à la forge de Deschênes, qu’il obtient en 1889. La Combined Harvester and Tresher est tirée par cinq chevaux. Elle est surtout utilisée au Manitoba jusqu’au début du 20e siècle, mais, malheureusement, le moteur à vapeur la rend rapidement désuète. Par contre, le brevet sur le mécanisme rotatif est essentiellement le même encore aujourd’hui. W. J. Conroy s’intéresse aussi à l’hydroélectricité. Les rapides Deschênes deviennent pour son frère et pour lui un lieu d’innovation et de manipulation des technologies du courant électrique .

"CONROY'S COMBINED HARVESTER & THRESHER", Aylmer 1890-1925 Photo - Association du patrimoine d'Aylmer
« CONROY’S COMBINED HARVESTER & THRESHER », Aylmer 1890-1925
Photo – Association du patrimoine d’Aylmer

Avènement de l’hydroélectricité en Outaouais
Ayant assisté à la démonstration des possibilités de l’éclairage artificiel provenant des lampes à arc à partir d’un courant électrique à l’exposition universelle de Paris de 1878, L. A. Craig en fait une première utilisation à Montréal. Il démontre alors que l’énergie électrique peut remplacer l’énergie mécanique. En fait, à ses débuts, l’usage de l’électricité se limite surtout à l’éclairage. L’année suivante, Thomas Edison, l’inventeur américain, met au point la lampe à incandescence révolutionnant ainsi l’usage de l’hydroélectricité et du mode de vie nord-américain.
À la même époque, le déclin de la réserve de pins blancs en Outaouais crée un climat propice à la diversification de l’économie régionale. Ce sont des investisseurs locaux qui harnachent le potentiel hydraulique de la rivière des Outaouais et de ses affluents. Dès lors, les barons du bois deviennent des actionnaires imposants qui financent le développement hydroélectrique dans la région. D’ailleurs, la cité de Hull demeure le troisième centre urbain en importance au Québec jusqu’en 1921.

L’électrification de la E. B. Eddy dans l’Outaouais
Dans le domaine industriel, l’hydroélectricité révolutionne les modes de production et de transformation en Outaouais. La compagnie E. B. Eddy, située à la chute des Chaudières, agit rapidement en tant que précurseur, sachant profiter de la demande de la pâte de bois et du papier aux États-Unis. Cette compagnie est d’ailleurs l’un des premiers manufacturiers au monde à utiliser l’électricité pour faire fonctionner son imposante machinerie et pour éclairer ses usines.
Pendant les deux dernières décennies du 19e siècle, E. B. Eddy consolide ses activités industrielles. En 1886, il se lance dans la fabrication de la pâte mécanique. Trois ans plus tard, Eddy érige une centrale électrique d’une puissance inégalée de 4400 kW pour la production de la pâte chimique . Entre 1890 et 1895, l’entreprise se dote de cinq machines productrices de papier. Eddy fait appel aux Conroy pour alimenter en électricité la production de sulfites et de papier brun . Il cherche aussi à régulariser la fluctuation du niveau de l’eau qui immobilise ou surcharge les turbines. À la fin de l’été, le faible débit de la rivière impose l’usage du charbon pour alimenter en énergie la machinerie ou exige la fermeture temporaire de certaines machines. L’apport de la centrale de Deschênes semble alors une alternative intéressante pour la E. B. Eddy. Par contre, cette situation devient un grand défi d’ingénierie pour William Jackson Conroy, sa famille et les actionnaires de ses entreprises.

William Conroy, 1871 Source : Bibliothèque et Archives Canada, e010940415,
William Conroy, 1871
Source : Bibliothèque et Archives Canada, e010940415,

Début de l’électricité aux rapides Deschênes
Situé à mi-chemin entre la cité de Hull et la ville d’Aylmer, Deschênes, le deuxième centre industriel en importance dans la région, après les Chaudières, appartient à la famille Conroy d’Aylmer. Celle-ci détient un bail sur le pouvoir de l’eau qui alimente la meunerie, l’élévateur à grain et les deux scieries aux rapides Deschênes. En 1882, Robert H. Conroy, aussi avocat et marchand de bois, R. H. Sayer, E. Symmes, R. T. Ritchie et James McArthur forment la compagnie Ball Electric et, en 1885, ils construisent une petite centrale hydraulique aux rapides Deschênes . Cette centrale éclaire la ville d’Aylmer 300 soirées par année à l’aide de lampes à arc .
En 1894, Ball Electric utilise des dynamos actionnées par la charge d’électricité et diverses machineries nécessaires au transport de l’électricité . Les Conroy, plus particulièrement l’ingénieur, William Jackson, s’entourent d’hommes d’affaires de la région qui assurent le financement du développement d’un réseau de transport de l’énergie électrique en Outaouais. Dès 1895, la centrale de Deschênes démontre qu’elle a le potentiel de combler les demandes des services publics et des industries locales.

Hull Electric Company (1896-1946)
En 1891, la ville d’Ottawa inaugure ses services de tramway électrique, soit un an avant Montréal. La ligne de la Ottawa Electric Railway Company maintient son service en hiver, ce qui est du jamais vu en Amérique du Nord. Alors, la cité de Hull lui emboîte le pas. Elle accorde l’exclusivité du service à la Hull Electric Company (HEC), incorporée par charte provinciale (Victoria 58, chapitre 69) le 12 janvier 1895 . William Jackson Conroy et Edward Seybold proposent l’achat du courant de leur centrale de Deschênes et ils en viennent à une entente qui les mène à devenir les actionnaires principaux de la HEC. L’année suivante, les Conroy convertissent cette centrale mécanique en centrale hydroélectrique après l’incendie de leurs scieries. Une partie de cette production hydroélectrique est, en outre, promise par contrat à la HEC.

B0038 Par cette entente, l’électrification des transports voit le jour en Outaouais en 1896. La HEC obtient aussi un contrat d’exclusivité de 35 ans pour l’éclairage, le chauffage et le service aux résidences de Hull, d’Aylmer, de Deschênes et de Hull-Sud . Par ailleurs, la propriété des Conroy est déjà traversée par deux voies ferrées appartenant à la compagnie du Canadien Pacifique. Cette dernière leur loue et, ensuite, leur vend la voie secondaire qui relie Hull à Aylmer par voie ferrée. Ainsi, la Hull Electric Railway Company s’installe à Deschênes. Enfin, pour compléter le parc immobilier de cette compagnie de tramway, les Conroy vendent une part du terrain de la Deschênes Bridge Company, où se situe d’ailleurs la centrale hydroélectrique, à la HEC et y installent un garage à wagons de tramway . En 1897, la HEC accroît de 50% la puissance hydroélectrique de la centrale et, par ce fait, double sa capacité de production.

13926018926_35c89ff701_m En 1898, les premiers tramways circulent entre Hull et Aylmer en partance du hangar et du garage situés sur la voie secondaire du Canadien Pacifique, traversant ainsi le sud de la propriété des Conroy à l’angle du chemin Vanier. Deux ans plus tard, la HEC cherche à rentabiliser ses installations le dimanche. Elle prolonge donc le rail du tramway électrique jusqu’au parc des Cèdres, à Aylmer, où les Conroy exploitent un parc d’attractions, Queen’s Park.

"THE CHUTE, QUEENS PARK" (1905) Deschênes Electric Company (1896-1946)
Le 6 mai 1897, les Conroy obtiennent une lettre patente de la Couronne qui leur accorde le plein droit du pouvoir de l’eau profonde qui entrecoupe l’île Conroy et la propriété familiale sur la rive . La centrale de la Deschênes Electric Company produit déjà une puissance de 2300 kW. Cette centrale a deux passages de transmission hydroélectrique indépendants et autonomes, dont un est réservé en exclusivité à la Hull Electric Company. La Deschênes Electric, de son côté, détient les droits de service sur la propriété et sur la deuxième ligne de transmission de l’électricité. Cette dernière se spécialise donc dans la transmission et la distribution de l’électricité.

Centrales hydroélectriques, Rapides Deschênes. Association du patrimoine d'Aylmer
Centrales hydroélectriques,
Rapides Deschênes.
Association du patrimoine d’Aylmer

La Deschênes Electric innove en reliant la centrale par un nouveau réseau de lignes de transport qui traverse les fils de transmission par câbles submergés sous la rivière des Outaouais ce qui lui permet de transmettre de l’électricité au Russell House, un luxueux hôtel situé sur la rue Elgin, à une distance de marche de la colline parlementaire d’Ottawa . Sa concurrente, la Ottawa Electric Company, utilise son influence politique pour empêcher que la production hydroélectrique du Québec traverse la rivière des Outaouais, même si celle-ci a un pied à terre dans la cité de Hull jusqu’en 1950 .

Russel House, Ottawa, Ontario
Russel House,
Ottawa, Ontario

En 1893, les premières lignes à courant alternatif font leur entrée sur le marché de la distribution de l’électricité. « La tension de ce type de courant pouvait être augmentée ou diminuée à volonté grâce à l’utilisation d’un appareil peu coûteux, le transformateur.» En 1900, W. J. Conroy veut transporter de plus lourdes charges de courant électrique sur une plus longue distance. Il projette de maximiser la puissance hydroélectrique de la centrale en utilisant la turbine-alternateur verticale Trump qui est bien adaptée aux petites centrales à débits particulièrement variables, au canal de fuite plus restreint et aux exigences de la transmission hydroélectrique. Cette turbine-alternateur a déjà fait ses preuves dans les papetières des pays scandinaves .
Dans le même ordre d’idées, faisant preuve de prouesses d’ingénierie, Conroy introduit un système de transmission à haute tension qui est peu testé à l’époque au Canada pour répondre, entre autres, aux besoins de la compagnie E. B. Eddy qui commande 6000 kW à être livré de Deschênes jusqu’aux moteurs de ses usines à Hull, soit sur une distance de 10 km . La charge électrique dont doit disposer la compagnie hulloise pour faire tourner certaines machines est de plus de 800 chevaux-vapeur pour chacune d’entre elles. Un plus faible voltage est aussi nécessaire pour l’éclairage continu des installations. Ces particularités techniques exigent alors des charges électriques d’une intensité variable, soit lourdes ou faibles, qui peuvent compromettre le rendement et l’efficacité de la centrale hydroélectrique. La Deschênes Electric prévoit aussi emmagasiner l’électricité afin que l’énergie soit disponible en tout temps pour un usage immédiat lorsque Eddy en fait la demande. De plus, Conroy envisage d’installer de nouveaux équipements produisant un courant alternatif triphasé . Ce type de moteur par induction prévu sera adopté au Québec en 1906. Conroy devra travailler d’arrache-pied pour convaincre E. B. Eddy de la fiabilité de ces nouvelles technologies, qui sont encore utilisées de nos jours dans le transport de l’hydroélectricité.
À la suite du grand feu de la ville de Hull, le 23 mai 1900, c’est la catastrophe sur l’ensemble du site industriel de la chute des Chaudières; la compagnie E. B. Eddy est impatiente de reprendre ses opérations et exige la livraison immédiate de 700 chevaux-vapeur. Les Conroy doivent donc installer rapidement des génératrices supplémentaires afin de satisfaire à la demande de livraison pour le 1er septembre 1900.
L’expansion rapide et coûteuse de la Deschênes Electric pour honorer ce contrat comporte de trop grandes exigences financières pour les frères Conroy. Ils doivent malheureusement liquider plusieurs de leurs actifs immobiliers faisant partie du patrimoine familial, dont l’hôtel British d’Aylmer, afin de sauvegarder leur place dans l’exploitation de l’hydroélectricité. Malgré tous leurs efforts, la faillite devient inévitable.
L’année suivante, soit en 1901, Robert Hugues Conroy, le partenaire d’affaires principal et frère de W. J., décède. Cette perte entraînera une restructuration de l’entreprise R & W Conroy par la venue de leur soeur, Ida, et de son mari, J. M. Shanly, de Montréal.

Capital Power Company (1901-1926)
Par la suite, c’est la Capital Power Company qui prend la relève de la Deschênes Electric Company et qui achève les travaux de la ligne de transmission de la E. B. Eddy. En 1901, elle obtient les droits de propriété du pouvoir de l’eau aux rapides Deschênes de la Deschênes Electric Company. Par contre, cette entente exclut ce qui a été établi par contrat avec la Hull Electric Company . Par ailleurs, en échange de l’ensemble de la propriété où se situent les industries et la centrale de Deschênes, W. J. Conroy reçoit 100 000 fonds d’action dans cette compagnie.
La Capital Power Company s’associe à la Pontiac Power Company, compagnie pour laquelle W. J. Conroy détient toujours les droits sur le pouvoir de l’eau aux rapides du Grand-Calumet, près du village de Bryson, dans le Pontiac, au Québec. En fait, W. J. Conroy possède 83 % des fonds d’action de cette compagnie qui est également propriétaire des pouvoirs de l’eau à la chute des Chats, sur la rive nord de la rivière des Outaouais .
Cependant, les aspirations de W. J. Conroy ne s’arrêtent pas là. Lui et son beau-frère, J. M. Shanly, proposent l’ajout de nouvelles installations sur le côté est de l’île du Grand-Calumet. Ces travaux sont évalués à 485 000$ . Le site ne nécessite qu’un petit barrage et une vanne d’évacuation longue de 2000 mètres, réduisant ainsi les frais de construction. Ce barrage a la capacité de fournir la ressource hydroélectrique aux industries et aux mines ainsi que de pourvoir, à bon prix, des services publics pour les localités environnantes. Malheureusement, W. J. Conroy ne verra pas cet autre projet ambitieux se réaliser de son vivant. La construction de la centrale de Bryson s’achève en 1925 et elle est toujours en service aujourd’hui.

British American Nickel Corporation (1916 – 1923)
En 1901, les créanciers britanniques de la famille Conroy, Croil Cushing Inc, ainsi que la banque d’Ottawa achètent le pouvoir hydroélectrique et les terrains de service de la Hull Electric Company à Deschênes. En 1916, ils y installent la raffinerie de nickel de Deschênes, la British American Nickel Corporation, construite au coût de plus d’un million de dollars . Celle-ci a la capacité de produire le métal raffiné à une échelle encore inégalée au Canada . Elle lance ses opérations en 1918 et utilise alors le pouvoir hydroélectrique de la HEC . Cependant, à la fin de la Grande Guerre, le premier ministre du Canada, Mackenzie King, ordonne soudainement la fermeture définitive et le démantèlement de l’usine . Jusqu’à présent, nul ne connaît les raisons qui l’ont motivé à ordonner directement la démolition de cette usine moderne et bien en vue à l’époque.

Photographie aérienne du village de Deschênes, 21 mai 1928
Photographie aérienne du village de Deschênes, 21 mai 1928

Conclusion
Bref, de 1882 à 1906, l’aventure hydroélectrique des Conroy s’étend de la Ball Electric and Light Company, la Hull Electric Company, la Deschênes Electric Company, la Pontiac Power Company à la Capital Power Company. Jusqu’à sa mort, en 1915, W. J. Conroy est un témoin privilégié du développement accéléré de l’hydroélectricité dans la région grâce à la puissance hydraulique des rapides de Deschênes . Aujourd’hui, les ruines de cette centrale qui bordent les îles Conroy à l’opposé de la piste cyclable aux rapides Deschênes sont les seuls vestiges qui nous rappellent le savoir-faire de cet ingénieur et le passage de la famille Conroy à Deschênes.

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Bibliographie
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Bellavance, Claude. « L’État, la « houille blanche » et le grand capital. L’aliénation des ressources hydrauliques du domaine public québécois au début du XXe siècle ». Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 51, no 4, 1998, p. 487-520.
Berniquez, Chantal. « La Hull Electric Company », Outaouais, Le Hull industriel 1900/1960, Industrial Hull 1900/1960, no. 1 (1986), Société d’histoire de l’Outaouais, pages 43 à 48.
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Cholette, Caroline et Caroline Rouleau. L’aventure de l’électricité, 1880-1963. Les Publications du Québec, Québec (Québec), 2009, 204 p.
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Harvey, Bernard. Dompter la houille blanche. La construction des barrages au Québec. 1898 à 1963. Un essai sur l’évolution des techniques et sur la place des ingénieurs francophones. Thèse de maîtrise (histoire), Université Laval, 1998, 145 p.
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Documents d’archives
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Bibliothèque et Archives du Canada. Ball Electric Light Company Limited, 1882 / 02-1924, Dossier RG 95-1, Mikan 710403.
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Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Fonds de la famille Conroy, P154. Centre d’archives de l’Outaouais, Gatineau (Québec).
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Université McGill, Annual Calendar of McGill College and University, session 1882-1883, Montréal (Québec), p. 156.
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Le lac Deschênes, le Far West du Bas-Canada

Le lac Deschênes, le Far West du Bas-Canada

Par Lynne Rodier et Sophie Tremblay

Aylmer a toujours entretenu son propre mystère. Est-elle une ville anglophone ou une ville francophone? Est-elle catholique ou protestante? Est-elle Ontarienne ou Québécoise? Derrière ses allures de village, cette communauté s’est développée de façon autonome et avant-gardiste. À la lumière de l’étude de ses archives et de son patrimoine, nous découvrons un monde où les innovations, les jeux de coulisse politiques et le monde des affaires ont une place de choix. C’est donc avec plaisir que nous jouerons les Columbos pour vous dans le cadre de cette chronique afin de vous révéler les dessous de cette intrigante.

Abordons une ressource essentielle pour les habitants d’Aylmer, soit le lac Deschênes. Ce vaste réservoir naturel d’environ 30 kilomètres sur la rivière des Outaouais joue un rôle important dans le développement de la ville. Ses abords regorgent de richesses qui restent méconnues pendant plusieurs siècles. Que ce soit pour sa proximité des eaux calmes s’élargissant sur trois kilomètres sur la rivière des Outaouais, la richesse de ses sols et de sa forêt, son climat tempéré ou sa facilité d’accès au gibier et aux eaux poissonneuses, ce joyau tarde à se tailler une place dans le patrimoine québécois. Le lac a d’ailleurs changé de nom à plusieurs reprises avant de se nommer Deschênes pour une raison qui demeure obscure. Est-ce dû aux magnifiques arbres qui le bordaient ou au patronyme d’un inconnu qui s’est illustré dans le domaine des pelleteries? Pour le moment, rien ne nous incite à trancher en faveur de l’une ou l’autre de ces options.

Par ailleurs, au XIXe siècle, cette imposante étendue d’eau demeure un point charnière sur la grande route du commerce qu’est la rivière des Outaouais. Menant les voyageurs et les colons, le lac Deschênes s’étend entre deux obstacles naturels qui imposent un débarquement et un portage pour tous. Ce temps d’arrêt ouvre la porte au développement économique de l’endroit. Donc, marchands de fourrure, commerçants de bois et Amérindiens y flairent la bonne affaire.

Un des neveux de Philemon Wright, Charles Symmes, saura d’ailleurs tirer profit de l’endroit dès 1822. Sur les lieux du débarcadère utilisé par les voyageurs, il bâtit des installations modernes et pratiques qu’il nomme Symmes Landing (L’abord-à-Symmes). Cet endroit, le plus à l’ouest du Bas-Canada, servira de point de départ pour les rues d’Aylmer où pousseront les échoppes, les hôtels et les entrepôts qui seront témoin de nombreuses tractions qui forgeront la ville d’Aylmer et l’histoire du Canada tout entier.

Robert Conroy aux premières heures du village d’Aylmer

Robert Conroy aux premières heures du village d’Aylmer

Vers 1830, la région de l’Outaouais est en pleine transformation grâce à l’essor de l’agriculture et du commerce du bois, aux manufactures aux chutes Chaudières et à la construction du canal Rideau. Les chutes et les petits rapides Chaudières ainsi que les rapides Deschênes forment une barrière naturelle qui sépare les cours inférieur et supérieur de la rivière des Outaouais[1]. Ainsi, cette barrière pose un problème au transport de la marchandise et aux mouvements migratoires vers l’ouest de la région de l’Outaouais au début du 19e siècle. De ce fait, les voyageurs sur la voie navigable doivent nécessairement débarquer de leur embarcation aux chutes Chaudières et transiter par le chemin d’Aylmer pour atteindre, par le lac Deschênes, la partie supérieure de la rivière des Outaouais.

Cependant, certains visionnaires de l’époque savent tirer profit de cet obstacle naturel. C’est le cas de Robert Conroy, un jeune Irlandais né en 1811 à Magherafell dans le Comté de Derry[2], qui arrive au bas des chutes Chaudières en compagnie des frères McGillivray, des marchands de Montréal, au début des années 1830[3]. Ces hommes célibataires sont de l’ancienne Compagnie du Nord-Ouest fusionnée en 1821 à la Compagnie de la Baie d’Hudson qui délaisse alors les opérations de Montréal au profit des postes de traite nordiques de la baie d’Hudson. Les environs des chutes Chaudières sont désormais ouverts aux négociants de fourrure indépendants de l’ancienne Compagnie du Nord-Ouest de Montréal[4]. Dès son arrivée, Robert Conroy s’investit dans les activités de transbordement dans les environs du lac Deschênes et « […] devient l’un des entrepreneurs les plus énergétiques à s’établir à Aylmer[5]. »

En 1837, Robert Conroy épouse Mary McConnell, la fille de William, un des trois frères McConnell faisant partie du groupe d’associés de Philemon Wright lors de l’établissement du canton de Hull[6]. Ces frères développent de grandes fermes le long du chemin d’Aylmer. De plus, leurs concessions forestières les mènent jusqu’au pied du lac Témiscamingue[7]. Cette famille connait très bien les difficultés de déplacement et d’accès aux ressources sur la rivière des Outaouais, y ayant voyagé à maintes reprises.

Pendant ce temps, en amont des chutes Chaudières, l’introduction des premiers bateaux à vapeur augmente l’activité fluviale à L’abord-à-Symmes d’Aylmer qui prend vite figure d’un port de mer au Bas-Canada[8]. « La vocation d’Aylmer comme lieu de transbordement de marchandises accéléra son développement. La route d’Aylmer, lien entre Aylmer et Hull, devient l’axe le long duquel s’établirent les premiers colons[9]. » Robert Conroy profite de ces installations en s’associant au neveu de Philemon Wright, Charles Symmes, qui « […] peut être à bon droit considéré comme le fondateur de la ville d’Aylmer[10]. » Conroy se porte finalement acquéreur de L’abord-à-Symmes quelques années plus tard[11].

En outre, Robert Conroy ne lésine pas sur le travail. Déjà, en 1834, Robert Conroy érige son premier hôtel, le Aylmer, à proximité des bâtiments construits sur la rue Principale en 1822 par les Wright pour Charles Symmes[12]. À la fin des années 1830, Robert Conroy entreprend la construction de son fameux hôtel British[13] « […] à l’époque où Bytown n’avait alors qu’une simple cabane en bois rond comme hôtel, près du pont des Sapeurs[14]. » L’hôtel British est un haut lieu d’activités dans le village d’Aylmer, servant autant pour les soirées mondaines que d’église, d’école, de salle d’assemblée au premier conseil municipal et, temporairement, de Cour supérieure du district d’Ottawa. Par ses hôtels, Robert Conroy joue un rôle politique important dans la région en plus d’être un acteur imposant dans le recrutement et l’établissement de la main-d’œuvre et des colons[15].

C’est à partir de 1848 que la famille Conroy délaisse en partie ses opérations hôtelières[16] pour profiter de l’essor de l’industrie forestière et de l’activité fluviale sur la rivière des Outaouais[17]. Entre 1840 et 1850, Robert Conroy ne détient toujours aucune limite forestière[18], malgré le fait qu’il soit un négociant de bois et un marchand (lumberer[19]) ayant rapporté de nombreux radeaux de bois sur la rivière des Outaouais. En fait, il profite des concessions forestières du magnat de l’industrie du bois, John Egan, dans les comtés de Renfrew (Canada-Ouest) et du Pontiac (Canada-Est)[20]. À Bonnechère[21], dans le comté de Renfrew, Conroy aménage un quai d’embarquement et un magasin-entrepôt qui donnent accès aux limites forestières de Egan[22]. Le quai permet alors d’acheminer le bois jusqu’au bas des rapides des Chats sur la rivière des Outaouais[23]. Les bateaux à vapeur s’affairent à remorquer les radeaux de bois assemblés en amont du lac Deschênes. Grâce aux vastes limites forestières de la famille McConnell et de John Egan ainsi que ses liens avec les marchands de la région, Robert Conroy se démarque dans l’acheminement des ressources forestières de l’Outaouais.

Par ailleurs, Robert Conroy est du groupe de bâtisseurs d’Aylmer en devenant un actionnaire important dans les entreprises locales. Il s’implique financièrement auprès des marchands locaux en développant, entre autres, l’Aylmer Union Steam Mill Company[24], l’Aylmer Bakery[25], l’Upper Ottawa Steamboat Company[26] et The Bytown & Aylmer Union Turnpike Company[27]. Cette dernière voit au financement du projet de reconstruction et d’entretien du chemin d’Aylmer qui génère des profits grâce à deux postes de péage. Cette route macadamisée[28] relie les auberges Conroy d’Aylmer au pont de l’Union à Bytown (Ottawa)[29]. Un service de diligences y circule ce qui fait des établissements Conroy l’un des premiers groupes à offrir un service permanent de transport dans la région[30].

Cependant, le succès ne sourit pas toujours à Robert Conroy. Par exemple, en 1854, il se joint, à titre d’actionnaire, au projet du Montreal & Bytown Railway qui envisage d’instaurer une ligne de chemin de fer reliant Montréal à Bytown par la rive nord de la rivière des Outaouais[31]. La malchance et les difficultés financières de cette compagnie à charte conduisent à l’abandon de la construction de cette ligne de chemin de fer[32]. Montreal & Bytown Railway n’a réussi qu’à bâtir le tronçon Carillon-Grenville à la fin des années 1850[33].

À cette époque, la diversification économique est une mesure essentielle pour protéger les négociants du bois devant l’incertitude des marchés extérieurs où les investissements sont sujets aux soubresauts de l’offre et de la demande. « Étant donné la forte stratification des groupes économiques dans la région, quelques membres se révèlent plus en mesure que d’autres de se protéger : certains font face à la faillite, d’autres à la misère[34]. » Les Conroy savent faire preuve de stratégie en élargissant leur inventaire foncier par l’acquisition de propriétés dans le comté d’Ottawa (Canada-Est), de Nepean, de Renfrew et d’Hasting (Canada-Ouest)[35]. La prospérité de Robert Conroy et de sa famille devient évidente, quand, en 1855, ils aménagent une des résidences de pierre des plus prestigieuses à Lakeview, au cœur du village d’Aylmer[36].

Dès 1857, la famille Conroy prend possession d’un vaste ensemble de terres riveraines du patrimoine de la famille McConnell, près des rapides Deschênes, sur le premier rang du canton de Hull, parmi les territoires les plus parcourus par les voyageurs naviguant sur la rivière des Outaouais depuis plusieurs siècles. Ces propriétés, situées le long des chemins d’Aylmer et de Vanier, sont traversées par les routes principales qui assurent le mouvement migratoire vers le nord et l’ouest de la région de l’Outaouais. De plus, ils possèdent également deux grandes fermes[37], des scieries, une meunerie, des logements de location pour les travailleurs[38], un inventaire de magasins-entrepôts, des hôtels à Aylmer, des actions dans les entreprises locales et des quais d’embarquement sur le lac Deschênes[39]. Ainsi, Robert Conroy a, en un coup d’œil, un regard sur les groupes de voyageurs descendant ou remontant l’Outaouais supérieur à partir de L’abord-à-Symmes ou aux rapides Deschênes. Donc, par l’acquisition des différents lots du premier rang, les Conroy s’assurent de la rentabilité de leurs entreprises et d’un héritage à léguer à leurs enfants.

Le parcours de Robert Conroy ne s’arrête pas là. En plus d’exercer un rôle majeur sur l’économie d’Aylmer et de la région de l’Outaouais, il s’investit en politique municipale. À cette époque, Aylmer devient le premier village incorporé de la région, avant Hull et Bytown. Conroy fait partie du premier conseil municipal à titre d’échevin entre 1847 et 1849. Il en devient maire, de 1857 à 1860, puis à nouveau conseiller de 1860 à 1862 et, enfin, il est réélu maire en janvier 1866 jusqu’à sa mort, le 5 avril 1868, à l’âge de 58 ans. Il repose désormais au cimetière Bellevue.

Ainsi, durant la première partie du 19e siècle, Robert Conroy contribue au développement de l’industrie forestière, des voies de communication et du réseau de transport en Outaouais. Bref, ce fin renard a su faire fructifier ses actifs où plusieurs ont échoué. Il demeure qu’il n’aurait pu arriver à se démarquer dans l’économie régionale sans l’appui de son épouse, Mary McConnell, et de sa belle-famille. En outre, il a su collaborer avec l’élite locale pour tirer son épingle du jeu.

Le décès de Robert Conroy et de plusieurs bâtisseurs d’Aylmer, en 1868, va marquer la fin de l’âge d’or de cette petite communauté riveraine sans pour autant marquer la fin de la famille Conroy à cet endroit. La veuve, Mrs Robert Conroy, et ses enfants sauront faire valoir leur savoir-faire et leur sens de l’initiative, ce qui mènera l’Outaouais à l’aube de sa plus grande période d’industrialisation.

Par Lynne Rodier et Sophie Tremblay

NOTES

[1] Pommainville, Les bateaux à vapeur d’Aylmer, p. 30.

[2] Gourlay, The Ottawa Valley, p. 172.

[3] Wilson, A history of old Bytown and Vicinity, p. 67.

[4] Guitard, Quartier de Deschênes, p. 8.

[5] Bégin, De l’auberge Conroy à l’hôtel British, p. 23.

[6] Howes, The Descendants of Robert McConnell & Eleanor McDonald.

[7] Gard, Pioneers of the Upper Ottawa.

[8] Taché, Nord de l’Outaouais, p. 204 ; Leroux L’autre Outaouais, p. 113 ; Pommainville, Les bateaux à vapeur d’Aylmer, p. 30-33 ; Bégin, Le chemin et le «port» d’Aylmer, p. 6.

[9] Aldred, Le Chemin d’Aylmer, p. 25.

[10] Taché, Le Nord de l’Outaouais, p. 203.

[11] BAnQ, P154, D8, Inventaire d’évaluation de R & W Conroy’s Real Estate, Will Property and Timber Limits, 30 novembre 1883 ; Bégin, De l’auberge Conroy à l’hôtel British, p. 23 ; Beaulieu, Leclerc et Lapointe, Aylmer et l’industrie du bois de sciage, p. 36

[12] Bégin, De l’Auberge Conroy à l’hôtel British, p. 24.

[13] Blair, Villes et villages de la région de la Capitale nationale, p. 56 ; Bégin, De l’Auberge Conroy à l’hôtel British, p. 25.

[14] Bégin, De l’Auberge Conroy à l’hôtel British, p. 26.

[15] Tiré du journal Ottawa Citizen : « The following gentlemen, resident in the neighbourhood will furnish on application all needful advice and information; and they have undertaken to give the fullest direction to Emigrants, whether their subject be labour or settlement; – Joseph Aumond, Esq. Bytown; Messrs, C & R McDonnell, do; John Egan & Co., Aylmer; John Foran, Esq.; Robert Conroy, Esq., do; […] dans Reid, Upper Ottawa Valley, p. 168.

[16] Sur l’enregistrement de baptême de Charlotte Anne Conroy, la mention Tavern Keeper est rayée dans le registre paroissial de l’église Saint James. Saint James, Hull, Lower Canada, covering the years 1831-1853, Parish Register 429, p. 129.

[17] Bégin, De l’auberge Conroy à l’hôtel British, p. 37.

[18] Reid, The Upper Ottawa Valley to 1855, p. lxvi.

[19] Parish register for Saint James’s Church, Hull, Lower Canada, covering the years 1831-1853, Parish Register 429, p. 129.

[20] Lee, The Lumber Kings & Shantymen, p. 27 ; Reid, Upper Ottawa Valley, p. 168.

[21] Dans Lee, The Lumber Kings & Shantymen, p. 27 : John Egan a deux scieries sur la rivière Bonnechère dans le comté de Renfrew et une autre à Quyon dans le comté du Pontiac. Ces deux localités ont accès aux quais de transbordement de Robert Conroy et aux services des bateaux à vapeur naviguant du bas des rapides des Chats jusqu’à Aylmer.

[22] Reid, Upper Ottawa Valley, p. 168.

[23] BAnQ, P154, D6/1, Inventaire après décès de Robert Conroy, 1879.

[24] Beaulieu, Leclerc et Lapointe, Aylmer et l’industrie du bois de sciage, p. 35.

[25] La construction du moulin à farine introduit l’usage industriel de la vapeur à Aylmer. Les actionnaires sont Robert Conroy, John Egan, Charles Symmes et Harvey Parker, dans Bégin, De l’Auberge Conroy à l’hôtel British, p. 25.

[26] Pommainville, Les bateaux à vapeur d’Aylmer, p. 31.

[27] Robert Conroy détient toujours des actions dans cette compagnie à son décès en 1868. BAnQ, P154 D6, Inventaire après décès de Robert Conroy, 1879.

[28] Les procédés de macadamisage consistaient à poser une fine couche de pierre concassée sur la route afin de former une surface de gravier bien tassé permettant de garder l’assiette de la route sèche et solide en tout temps. Dans Aldred, Le chemin d’Aylmer, p. 33.

[29] Aldred, Le chemin d’Aylmer, p. 31 ; Ville d’Aylmer, Symmes, p. 15.

[30] Bégin, Le chemin et le « port » d’Aylmer, p. 6.

[31] Reid, The Upper Ottawa Valley to 1855, p. lxxxvii-lxviii.

[32] Ibid.

[33] Ibid.

[34] Gaffield, L’histoire de l’Outaouais, p. 137.

[35] BAnQ, P154, D6/1, Inventaire après décès de Robert Conroy, 1879 ; BAnQ, P154, D7, Transfert des propriétés de l’inventaire Mary McConnell à Robert H. et W. J. Conroy, 27 septembre 1880 ; BAnQ, P154, D7, Deed of sale, Maria Jane Conroy, John Nelson, Mary Conroy, John S. Dennis jr, James Conroy, Eleanor Conroy, Alfred Driscoll and Ida H. L. Conroy to Robert Hugues Conroy & W. J. Conroy, registered in the County of Ottawa, Vol. 9, A, 7th day of May 1887.

[36] Aldred, Aylmer, Québec, p. 56 ; Bégin, De l’Auberge Conroy à l’hôtel British, p. 25.

[37] BAnQ, P154, D6/1, Inventaire après décès de Robert Conroy, 1879 ; BAnQ, P154, D7, Transfert des propriétés de l’inventaire Mary McConnell à Robert H. et W. J. Conroy, 27 septembre 1880 ; BAnQ, P154, D7, Deed of sale, Maria Jane Conroy, John Nelson, Mary Conroy, John S. Dennis jr, James Conroy, Eleanor Conroy, Alfred Driscoll and Ida H. L. Conroy to Robert Hugues Conroy & W. J. Conroy, registered in the County of Ottawa, Vol. 9, A, 7th day of May 1887.

[38] Ibid.

[39] BAnQ, P154, D6/1, Inventaire après décès de Robert Conroy, 1879 ; BAnQ, P154, D7, Transfert des propriétés de l’inventaire Mary McConnell à Robert H. et W. J. Conroy, 27 septembre 1880.

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(Consulté le 16 septembre 2013).

Document d’archives

Bibliothèque et Archives Canada, Public archives of Canada, Microfilm, 1955, Recensements- 1851, Sheet Number : 16, Recensement personnel – District de recensement, no 1, de/of village Aylmer 31, Feuilles 1-2-3.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Fonds de la famille Conroy, P154. Centre d’archives de l’Outaouais, Gatineau (Québec).

Bibliothèque et Archives nationales du Québec, E21, S555, SS1, SSS1, PH.17A, Fonds Ministère des Terres et Forêts, Davis, Theodore, Plan of part of the Township of Hull situated on the northerly side of the Ottawa River in the Province of Lower Canada, Signé en 1802, Cartothèque, Centre d’archives de Montréal, Montréal (Québec).

Saint-James. Parish register for Saint James’s Church. Hull, Lower Canada, 1831-1853 [Parish Register 429].

Brasser les affaires et l’âge d’or d’Aylmer, Canada-Est, 1840-1870

Brasser les affaires et l’âge d’or d’Aylmer, Canada-Est, 1840-1870

Brasser les affaires en région de colonisation

Quand il s’agit de brasser les affaires en Outaouais au 19e siècle, nous découvrons des personnalités fortes, énergétiques et persévérantes. Ce troisième article de la série les Bâtisseurs de l’Outaouais se penche sur le monde des affaires de Robert Conroy d’Aylmer. Dès son arrivée dans la région de l’Outaouais au début des années 1830, la vapeur fournit l’énergie nécessaire aux premières manufactures ne pouvant pas compter sur les forces hydrauliques des eaux calmes du lac Deschênes dans cette section de la rivière des Outaouais. Dès 1840 autour du réseau des trois portages des Chaudières, c’est dans le domaine du transport que la vapeur sert bien les marchands d’Aylmer malgré les difficultés que lui posent les obstacles naturels de la rivière des Outaouais. Cette jeune municipalité est le dernier village à l’ouest de Montréal. D’ailleurs, les voyageurs, les travailleurs forestiers et les colons se rendent à Aylmer pour atteindre les pays d’En-haut grâce au réseau de transport mis en place par l’élite marchande du canton de Hull au Canada-Est. Robert Conroy sait d’abord s’illustrer en tant que marchand et hôtelier dans cette communauté riveraine ayant regard vers l’Ouest des Canadas.

Bateaux à vapeur à la chute des Chaudières
George Munro Grant, Picturesque Canada; The Country as it Was and Is, Toronto, Belden Brothers, 1882, volume 1, p. 157.

La navigation et la vapeur Dans la région, les premiers bateaux à vapeur permettent le passage d’un nombre croissant d’immigrants et de marchandise voyageant en amont ou en aval de la chute des Chaudières dans le canton de Hull. Les succès d’Aylmer, le premier village du canton, reposent sur les moyens d’accéder à la partie supérieure de la rivière des Outaouais. Ainsi, l’élite d’Aylmer contribuent financièrement à l’essor du réseau routier et des voies d’accès à la rivière des Outaouais. Elle veille à développer des moyens de communication efficace afin d’inscrire la jeune communauté sur l’échiquier d’influence économique et politique de la région de l’Outaouais. Le débarcadère de L’abord-à-Symmes à Aylmer devient ainsi un lieu fort achalandé agissant à titre de point de liaison maritime et routier entre le Canada-Est, le Canada-Ouest et le Territoire du Nord-Ouest.

Religieux en train de méditer, BACc013569k,
Religieux en train de méditer, un vapeur sur l’Outaouais supérieur,
BACc013569k,

Robert Conroy, Esquire Il est intéressant de voir aux ambitions et aux aspirations d’une famille marchande du Canada-Est à travers un homme qui sait brasser les affaires en Outaouais. L’histoire du monde des affaires de Robert Conroy nous mène vers celle d’Aylmer. Déjà à la fin des années 1830, Robert Conroy a des champs d’intérêt commerciaux diversifiés à titre de marchand, de magasinier et d’hôtelier. Il connaît de près la problématique du transbordement et du transport au Canada grâce à ses contacts étroits avec les exploitants forestiers et les pionniers de la région. En s’installant à Aylmer, Robert Conroy collabore au développement des voies de communication et de transport. Il est parmi l’élite marchande de la région de l’Outaouais d’où son titre sur l’ensemble des documents légaux s’inscrit : Esquire.

Robert Conroy, BAnQ - 07H_P137S4D11P21
Robert Conroy,
BAnQ – 07H_P137S4D11P21

L’hôtellerie et les auberges Conroy

En 1834, Robert Conroy érige son premier hôtel, l’Aylmer, à proximité des bâtiments construits en 1822 par les Wright pour Charles Symmes sur la rue Principale[1]. Charles Symmes est d’ailleurs considéré de plein droit le fondateur du village d’Aylmer [2]. En 1836, Robert Conroy tient aussi l’auberge de pierre (auberge Symmes), menant au quai de L’abord-à-Symmes (Symmes Landing), jusqu’à la fin du projet de construction de son propre hôtel, le British. Quelques années plus tard, Conroy se porte acquéreur de ces installations qui comprennent l’auberge, le quai d’embarquement et le magasin-entrepôt et qui sont mieux connu sous le nom Symmes Landing[3]. Les hôtels et les services de transport soutiennent cette jeune communauté regardant rêveusement vers l’Ouest. «Symmes Landing prend vite figure de port de mer, alors qu’il n’était guère question de Bytown, encore moins de Hull[4]. » En collaborant ainsi avec les bâtisseurs de l’Outaouais, Robert Conroy s’engagent dans des démarches et des actions conduisant vers l’âge d’or d’Aylmer entre 1830 et 1870.

Aylmer, Upper Canada. ca. 1841, Bartlett, W. H. (William Henry), 1809-1854. QUE. : Aylmer ca. 1841. No. MIKAN 2840127
Aylmer, Upper Canada.
ca. 1841,
Bartlett, W. H. (William Henry), 1809-1854.
QUE. : Aylmer ca. 1841.
No. MIKAN 2840127

L’hôtellerie et le transport sur le lac Deschênes L’ensemble des hôtels sert de point de relais pour les voyageurs et les travailleurs en transit entre les chutes des Chaudières et le lac Deschênes. Un service de diligences assure la liaison routière de Hull et de Bytown par le chemin d’Aylmer jusqu’aux auberges Conroy sur la rive nord-ouest du lac Deschênes. Les passagers sont encouragés à passer leur nuit à Aylmer. Frais et dispos, les voyageurs s’embarquent au quai de L’abord-à-Symmes pour se rendre vers le nord-ouest des Canadas. Les services de bateau à vapeur assurent la navette entre Aylmer (comté d’Ottawa, Canada-Est) et la partie ouest au bas du Saults-des-Chats[5. D’ailleurs, le chemin Hull-Aylmer est la première route à jouir d’un service permanent de transport en Outaouais et ce, fonctionnel, en partie, douze mois par année[6].

Extrait de la gravure de Stent et Laver de 1877-Pont de l'Union (pont des Chaudières), En bas à gauche de l'image, il est possible de voir la route macadamisée : chemin d'Aylmer.
Extrait de la gravure de Stent et Laver de 1877-Pont de l’Union (pont des Chaudières),
En bas à gauche de l’image, il est possible de voir la route macadamisée : chemin d’Aylmer.

Hôtel British :

Symbole d’innovation en architecture

Sketch of the British Hotel in Aylmer, Quebec 71, rue Principale Built by Robert Conroy in 1834 Drawing Source: National Capital Commission Heritage, page 37
Sketch of the British Hotel in Aylmer, Quebec
71, rue Principale Gatineau
Construit par Robert Conroy en 1834
Source : Patrimoine de la Commission de la capitale nationale du Canada,
page 37

C’est à la même période, entre 1834 et 1838, que Robert Conroy entreprend la construction de son fameux hôtel British[7]. L’architecture de l’hôtel British est réfléchie. Les murs de plus d’un mètre d’épaisseur protègent efficacement contre le froid hivernal. Selon Richard Bégin : « On rapporte qu’aucun autre hôtel ne pouvait s’y comparer au Canada, à l’époque; Bytown (Ottawa) n’avait alors qu’une simple cabane en bois rond comme hôtel, près du pont des Sapeurs.[8] »  Au 19e siècle, l’hôtel compte plusieurs bâtiments, dont l’auberge originale, l’ancienne résidence des Conroy et l’écurie à l’arrière. Sur place, le voyageur bénéficie des services de location de chevaux et de voitures.

Haut lieu d’activités d’Aylmer

Servant autant pour les soirées mondaines, d’église, d’école, de salle d’assemblée au premier conseil municipal et temporairement, de Cour supérieure du district d’Ottawa, le luxueux hôtel British attire l’élite de passage dans la région. D’ailleurs, le prince de Galle est venu assister à un bal à l’occasion de son passage à Aylmer en 1860[9]. Selon les rumeurs, l’assassin de Thomas D’Arcy McGee s’est brièvement présenté aux funérailles de Robert Conroy, décédé le 8 avril 1868, le lendemain du meurtre[10]. Le premier ministre du Canada, John A. McDonald, est semble-t-il[11], aussi familier avec ce fameux hôtel d’Aylmer et enfin, toujours selon les rumeurs, Louis Cyr figure sur la liste des invités de passage en 1898[12]. Les seuls registres ayant survécu jusqu’à aujourd’hui nous révèlent qu’en 1895, il se tient une réunion entre Mackenzie Bowell (premier ministre du Canada), Sir Charles Tupper (son successeur quelques mois plus tard), Adolphe Caron (ministre des postes) et Julius G. Lay du consul général des États-Unis au Canada. Ces hommes séjournent au British pendant la même période où se discute la question des problèmes scolaires des écoles francophones du Manitoba[13]. Enfin, toujours selon Richard Bégin : « C’est aussi derrière ces murs de pierre que furent probablement conçu les projets d’un canal de la baie Georgienne, un projet qui fut la source de débats parlementaires pendant plus de 50 ans et qui aurait peut-être assuré l’avenir d’Aylmer.[14] » Ce projet était parmi les plans initiaux de liaison sur la rivière des Outaouais entre Montréal afin d’atteindre par la rivière Matawa et le lac Nippissing, la baie Georgienne et le lac Huron qui auraient transformé de façon inégale le développement économique des régions concernées dont faisait partie la région de l’Outaouais.

Cote : P154, S1, D1, p20 ; Fonds de la famille Conroy ; Photographie - hôtel British dans : Souvenirs Folder containing 16 photographic Views of Aylmer
Cote : P154, S1, D1, p20 ;
Fonds de la famille Conroy ;
Photographie – hôtel British
dans : Souvenirs Folder containing 16 photographic Views of Aylmer

Lumberer :

Marchand, négociant, politicien

À Aylmer, Robert Conroy et John Egan sont séduits par l’essor des activités de transbordement sur le lac Deschênes. Entre 1840 et 1850, Robert Conroy ne détient toujours aucune limite forestière[15], malgré le fait qu’il soit un négociant de bois et un marchand (lumberer[16]) ayant rapporté de nombreux radeaux de bois sur la rivière des Outaouais. Les lumberers jouent un rôle très actif dans leur communauté et plusieurs sont des politiciens à l’exemple de John Egan (maire d’Aylmer, député à l’Assemblée nationale) et Robert Conroy (échevin et maire d’Aylmer). À Aylmer, les habitants obtiennent la permission de constituer un village indépendant du reste du canton avec leur propre conseil élu en 1847[17]. Diane Aldred ajoute : « Grâce à leur persévérance et à leurs décisions éclairées, la ville (Aylmer) prospère et se développe à un rythme accéléré durant les années 1850 et 1860[18]. »

Glissoir sur la rivière des Outaouais, rapides des Chats. 1840 Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. Bibliothèque et Archives Canada, Acc. No. 1983-47-8 Copyright: Expired Mikan no. 2833524
Glissoir sur la rivière des Outaouais, rapides des Chats. 1840
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
Bibliothèque et Archives Canada, Acc. No. 1983-47-8 Copyright: Expired
Mikan no. 2833524

  Le transport de bois sur la rivière des Outaouais

Timber Slide at Les Chats.sm
Timber Slide at ‘Les Chats’ (Upper Canada)

John Egan a de grandes concessions forestières dans les comtés de Renfrew (rivière Madawaska et région de Chalk River au Canada- Ouest[19]) et du Pontiac (Canada-Est)[20]. Grâce aux vastes limites forestières de la famille McConnell et de John Egan ainsi que ses liens avec les marchands locaux, Robert Conroy se démarque dans l’acheminement des ressources forestières dans la région de l’Outaouais. Cette association donne au commerce du bois un caractère systématique d’une entreprise[21]. Ces hommes fondent des entreprises, des villages, voire même l’ambition d’un pays[22]. Ils ont une influence considérable sur la main d’œuvre et la colonisation en Outaouais. Il reste alors à acheminer le bois au bas de la chute des Chaudières. Ainsi, les grands radeaux de bois poursuivent leur route vers le sud et les États-Unis par le canal Rideau ou par la rivière des Outaouais vers Montréal pour ensuite rejoindre le fleuve vers Québec où attendent les marchands britanniques afin d’exporter les grosses pièces de bois équarri vers la Grande-Bretagne.

Gros radeau sur le fleuve Saint-Laurent. 1838. Aquarelle avec touches d'encre noire et raclage sur crayon sur papier vélin.  Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2896090.
Gros radeau sur le fleuve Saint-Laurent.
1838.
Aquarelle avec touches d’encre noire et raclage sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2896090.

Transport du bois sur le lac Deschênes

Avant Egan : « Le commerce du bois sur la rivière des Outaouais n’était rien de plus qu’une aventure insensée[23]. » Les lumberers sont de l’élite de la région de l’Outaouais. Les titres de noblesse souvent associés à ces rois et aux barons des forêts démontrent de l’autorité que ces hommes exercent sur l’économie régionale. Les lumberers détiennent généralement de larges limites forestières, souvent des terres de la Couronne, et gèrent une main-d’œuvre abondante. John Egan innove en creusant des canaux pour faire passer les ressources et en installant des scieries pour que le bois soit coupé sur place. Egan cherche aussi à retenir la main d’œuvre près de ces concessions forestières. Alors, il encourage l’ouverture au peuplement sur les deux rives de la rivière des Outaouais. Les grands lumberers voient à la production, à la transformation, au transport et au financement de l’industrie du bois. Ils assument alors tous les risques dans le domaine de la foresterie. D’ailleurs, Gaffield ajoute : «Étant donné la forte stratification des groupes économiques dans la région, quelques membres se révèlent plus en mesure que d’autres de se protéger : certains font face à la faillite, d’autres à la misère[25]. »

The Timber Raft. ca. 1868 Hopkins, Frances Ann, 1838-1918. BAC no Mikan - 2838095
The Timber Raft. ca. 1868
Hopkins, Frances Ann, 1838-1918.
BAC no Mikan – 2838095

Difficultés du transport fluvial au 19e siècle

Les chutes au Chat sur l’Outaouais. 1821. John Elliott Woolford (1778-1866). Musée des beaux-arts du Canada, 42324.80.
Les chutes au Chat sur l’Outaouais. 1821.
John Elliott Woolford (1778-1866).
Musée des beaux-arts du Canada, 42324.80.

La stabilité dans le transport est un facteur d’influence où les risques déterminent le succès ou la perte de l’élite marchande, car il peut s’écouler de 6 à 24 mois avant que le bois sorti de la forêt fasse son entrée sur le marché d’exportation. Les prix du bois peuvent fluctuer énormément en peu de temps. Il importe ainsi pour le lumberer de profiter du marché quand les prix sont profitables. À ces débuts, Robert Conroy investit d’avantage dans l’établissement de quais d’embarquement plutôt que les limites forestières. Il détient entre autres, des installations permettant le transport entre le Saults-des-Chats et les rapides Deschênes.

Conroy's Chute at Chats Falls. Topley Series SC  Credit: William James Topley/Library and Archives Canada/PA-009336 Restrictions on use: Nil Copyright: Expired MIKAN no 3319056
Conroy’s Chute at Chats Falls.
Topley Series SC
Credit: William James Topley/Library and Archives Canada/PA-009336
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Robert Conroy exerce une influence certaine sur l’ensemble de l’activité fluviale sur le lac Deschênes. Il est installé dans la région de Bonnechère (dont le lac et la rivière sont un affluent de la rivière des Outaouais, Canada-Ouest). Ces installations comprennent un quai d’embarquement et un magasin-entrepôt. De ces installations, le bois s’achemine par un réseau de glissoirs au bas des chutes au Chat atteignant ainsi la partie la plus à l’ouest du lac Deschênes. Au retour, les services de navigation à vapeur assurent le transport de la main d’œuvre, des colons et de la marchandise nécessaire au développement de la vallée de l’Outaouais au 19e siècle.

Chats Falls timber slide, Fitzroy Harbour Ont. Repairing the slide Circa : 5 July 1899 Library and Archives Canada / PA--058031 Restrictions on use: Nil Copyright: Expired MIKAN no 3372374
Chats Falls timber slide, Fitzroy Harbour Ont. Repairing the slide
Circa : 5 July 1899
Library and Archives Canada / PA–058031
MIKAN no 3372374

Le quai d’embarquement d’Aylmer Aylmer.MF.smDéjà en 1836, Charles Symmes invite Robert Conroy à gérer ses installations au quai de débarquement installé au bout du chemin d’Aylmer à L’abord-à-Symmes (Turnpike End)[29]. La famille Conroy vient qu’à acquérir ces installations. C’est aussi à Aylmer que Robert Conroy s’affaire à recruter la main-d’œuvre nécessaire à l’exploitation forestière sur l’Outaouais supérieur. Une publicité parue dans le journal, The Citizen de 1851, annonce : « The following gentlemen, resident in the neighbourhood will furnish on application all needful advice and information ; and they have undertaken to give the fullest direction to Emigrants, whether their subject be labour or Settlement[30]. » Robert Conroy, Esquire, fait partie de la liste de ces recruteurs. D’ailleurs dès les années 1850, Robert Conroy est un acteur important dans le recrutement de la main-d’œuvre et dans l’établissement des colons en Outaouais[26]. L’industrie forestière attire plus de 25 000 à 30 000 hommes à cause de l’accroissement de la demande pour les ressources forestières de la région de l’Outaouais[27]. Conroy n’hésite pas à utiliser son influence pour contrôler la main-d’œuvre comme en fait foi cette notice publiée dans l’Aylmer Times, le 22 août 1856: Ran Away – Public Notice is hereby given, that Francis Hilaire, Joseph Perrin, Noah Fortier and M. A. Fortier have absconded from my employment, while the term for which they were engaged, is yet inexpired. Any person HIRING or EMPLOYING THESE MEN will be prosecuted by the Subscriber. -Robert Conroy[28]. La descente vers la chute des Chaudières

Frances Anne Hopkin, Descente des rapides, Québec (Québec ),  Collection Hopkin, Bibliothèque et Archives du Canada, 1879
Frances Anne Hopkin, Descente des rapides, Québec (Québec ), Collection Hopkin, Bibliothèque et Archives du Canada, 1879

À l’extrémité nord-est du lac Deschênes aux rapides, il y a un à trois magasins ainsi qu’un entrepôt pour le commerce des fourrures et un poste de traite toujours en activité en 1883[31]. Après 1860, l’acheminement du bois se poursuit sur la rive sud de l’Outaouais dans le canton de Nepean[32]. Conroy a là-aussi un quai d’embarquement donnant alors un accès à la ligne de chemin de fer du Canadien Pacifique. D’ailleurs, le passage des radeaux de bois sur l’ancien site des trois portages de la rivière des Outaouais exigeait à démanteler les nombreux radeaux des trains de bois et à faciliter ainsi les opérations risquées à partir des rapides Deschênes[33]. Il peut s’écouler jusqu’à deux semaines pour en venir à bout de cette opération dans la première partie du 19e siècle.

Les chutes Chaudière. ca 1836-1842. Aquarelle avec raclage sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2896083.
Les chutes Chaudière.
ca 1836-1842.
Aquarelle avec raclage sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2896083.

Descente des chutes au Chat

Glissoir à Les Chats, à Bytown, au Haut-Canada. 1842 Bartlett, W. H. (William Henry), 1809-1854. BAC - Mikan no. 2934410.
Glissoir à Les Chats, à Bytown, au Haut-Canada. 1842
Bartlett, W. H. (William Henry), 1809-1854.
BAC – Mikan no. 2934410.

L’expérience dans le transport du bois n’est pas étrangère à Robert Conroy. Déjà en 1820, les frères McConnell, dont son beau-père, William McConnell, acheminent de grands radeaux de bois vers les rapides Deschênes de partance du lac Témiscamingue[34]. Les risques sont nombreux. Les hivers où il y a peu ou trop de neige rendent difficile le travail sur les chantiers. Avec peu de neige vient un faible débit des rivières compromettant la drave à cause des nombreux embouteillages sur les affluents de la rivière des Outaouais. Cette situation empêche les scieries de fonctionner à leur pleine capacité au printemps compromettant ainsi l’ensemble de la haute saison de sciage. Au contraire, lorsque le débit de la rivière des Outaouais est trop fort, on risque de voir se démanteler de façon spontanée les radeaux de bois. La forte crue des eaux risque aussi de submerger les scieries les arrêtant complètement de fonctionner tant qu’elles sont submergées[35].

Les chutes des Chaudières.  ca 1836-1842. Aquarelle avec raclage sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2896084.
Les chutes des Chaudières.
ca 1836-1842.
Aquarelle avec raclage sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2896084.

L’ouverture de l’Ottawa Valley L’Ottawa Valley est cette vaste vallée du bassin fluvial de la section supérieure de la rivière des Outaouais située entre le lac Témiscamingue et les rapides Deschênes. C’est dans la vallée de la rivière Madawaska qu’Egan installe ses premières scieries à proximité de ses limites forestières. Il contribue directement à l’essor économique du comté de Renfrew (Canada-Ouest) fondant même le village Eganville. Il fait de même sur la rive nord de la rivière des Outaouais dans le comté du Pontiac (Canada-Est). Les lieux d’établissement assurent ainsi la stabilité de la force ouvrière de l’Ottawa Valley sur les deux rives de la rivière des Outaouais. Le service des bateaux-vapeur est assuré depuis Aylmer jusqu’à l’extrémité ouest du lac Deschênes (Frizroy Harbour, Canada-Ouest et Quyon, Canada-Est) par la Upper Ottawa Steamboat Company, dont Robert Conroy est actionnaire[36] ou la Compagnie Union Forwarding, dont Egan est propriétaire. La descente du bois d’Egan passe par un réseau de glissoirs pour atteindre les quais de transbordement de Robert Conroy et, ensuite, le lac Deschênes, cette partie élargie de la rivière des Outaouais. Ainsi, à leur retour, les bateaux à vapeur s’affairent à remorquer les radeaux de bois assemblés en amont du lac Deschênes. Le bois s’achemine de façon plus régulière avec l’usage des bateaux-remorques qui font la navette entre les rapides des Chats et Aylmer ou jusqu’aux rapides Deschênes à l’extrémité est du lac. Sur la rive nord des rapides Deschênes, une mystérieuse scierie y est installée depuis le début des années 1830[38]. À cet endroit, il se trouve aussi les terres des frères McConnell et le poste de traite Day-McGillivray[39]. À partir des rapides Deschênes, il peut s’écouler deux semaines pour en venir à bout des opérations nécessaires pour faire passer les radeaux de bois par le réseau des trois portages à partir des rapides Deschênes afin d’atteindre le bas de la chute des Chaudières à Hull (Gatineau) et Bytown (Ottawa).

Entrée du canal Rideau, Bytown, vers 1838. Aquarelle sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC -MIKAN no. 2896304.
Entrée du canal Rideau, Bytown, vers 1838.
Aquarelle sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC -MIKAN no. 2896304.

Contrôle du transport sur le lac Deschênes

Les activités de transbordement sont nécessaires sur la rivière des Outaouais, car les risques et les dangers associés au transport y sont nombreux à cause des chutes et des rapides. Par exemple, le lac Deschênes est un grand élargissement de la rivière des Outaouais et il s’étire sur environ 30 kilomètres, en amont de la chute des Chaudières. Ce bassin fluvial naturel est situé entre deux grandes descentes de la rivière des Outaouais. Aux rapides et aux chutes des Chats, la descente est de 12 mètres avant d’atteindre les eaux calmes du lac Deschênes. En aval, le voyageur atteint le réseau des trois portages de la chute des Chaudières. Ce réseau de route et de sentiers permet de contourner la descente de 18 mètres sur cette section de la rivière des Outaouais. Le poste de traite aux rapides Deschênes est un lieu d’arrêt obligatoire pour tous les voyageurs qui ne s’arrêtent pas à Aylmer. L’ajout d’un réseau routier permanent est nécessaire pour assurer l’accès aux lieux de transbordement 12 mois par année. Le chemin d’Aylmer, par exemple, permet de contourner les obstacles naturels sur une distance de 13 kilomètres arrivant ainsi à contourner la descente des rapides et l’immense cataracte des Chaudières marquant à elle seule un dénivellement de plus de 10 mètres de hauteur [40].

Chutes Chaudière. Juillet 1838. Aquarelle avec raclage sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2896137.
Chutes Chaudière.
Juillet 1838.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2896137.

En assurant les activités de transport sur le lac Deschênes, la famille Conroy se démarque dans l’activité fluviale et le développement du transport en Outaouais. Ses efforts dans le développement du réseau de communication et de ses activités de transbordement assurent la prospérité de ce lumberer du comté de l’Ottawa du Canada-Est. Conroy et ses associations d’affaires arrivent à intégrer les activités de transbordement sur le lac Deschênes à un réseau de transport complexe exigeant un grand nombre d’infrastructures afin d’assurer une activité fluviale efficace, surtout dans le domaine du bois équarri et de sciage sur la rivière des Outaouais jusqu’au début de la première guerre au 20e siècle. Bien que Robert Conroy n’obtienne que le titre de baron du bois, il va de soi qu’il est le roi du transport des ressources et de la main d’oeuvre du domaine de la forêt sur les eaux calmes du lac Deschênes.

[Conroy Lumber Mills] Bibliothèque et Archives Canada, a013224-v6, MIKAN  # 3371910
[Conroy Lumber Mills]
Bibliothèque et Archives Canada, a013224-v6,
MIKAN # 3371910

Témoins de la prospérité de la famille Conroy

Lakeview HousePar ailleurs, le patrimoine immobilier de la famille Conroy démontre de son influence à Aylmer.  Cette famille réside d’abord dans la grande maison à ossature de bois au 78 rue Principale qui fut construite par Philemon Wright pour son neveu, Charles Symmes en 1822. Les Conroy y résident entre 1834 et 1841. Les biens fonciers des Conroy témoignent de leur prospérité. Elle dirige quatre hôtels dans le village dont l’auberge de pierre Symmes et le luxueux hôtel, le British, où la famille y réside jusqu’en 1845[41]. La famille aménage ensuite sa première résidence de pierre au 72 Principale, maintenant appelée la maison Conroy-Driscoll. En 1855, elle s’installe dans une des résidences de pierre des plus prestigieuses,  Lakeview, au cœur du village d’Aylmer, à une distance de marche de leurs hôtels et de L’abord-à-Symmes. « Lakeview témoigne de la prospérité de Conroy » selon Diane Aldred. Située au 61, rue Principale, cette maison de pierres polies est entourée de deux acres de terrain et elle a alors une vue splendide sur le lac Deschênes. « Vers 1860, Robert Conroy achète l’ancienne maison de Moses Holt pour la louer ensuite à différents locataires jusqu’en 1885[42]Lumberers-png Les rapides et le lac Deschênes On commence tout juste à comprendre que les rapides et le lac Deschênes jouent un rôle important dans les activités de transbordement et le transport fluvial au 19e siècle. La famille Conroy détient un vaste inventaire foncier le long du chemin d’Aylmer menant aussi à leur homestead riverain de L’abord-à-Symmes et leurs luxueux hôtels de ce premier village du canton de Hull sur les rives du lac Deschênes. Il demeure que l’essor aux rapides Deschênes ne fait toujours pas partie des préoccupations de Robert Conroy. Il ne met pas en place les premières industries de cet ancien poste de traite aux rapides Deschênes. C’est à son épouse, Mary McConnell, que reviennent les titres de cette propriété. En fait, William McConnell, le père de Mary, semble détenir les titres du lot 15-a aux rapides Deschênes. Il transfère ses droits à sa fille, Mary McConnell, pour la somme symbolique de cinq shillings, le lot riverain de 100 acres ayant appartenu à son oncle, James[43], avec la permission de son époux et la collaboration de son père, William[44], de son cousin Richard[45], de Charles Symmes et de Murdoch McGillivray[46]. Ainsi, en 1857, Mary McConnell, l’épouse de Robert Conroy, se porte acquéreur du lot 15-a, rang 1, de son oncle James, donnant accès à la scierie et aux routes principales du canton de Hull. C’est sur cette propriété que la famille Conroy y modernise les scieries et le moulin à farine. À son tour, Robert Conroy acquiert le lot 15-b, rang 1, où se trouve cette ancienne scierie et le poste de traite aux rapides Deschênes en 1860.

Bibliothèque et Archives Canada : C-002772 Crédit : BAC, No. Acc. 1989-401-4
Groupe de voyageurs autour d’un camp de feu ca. 1870
Source : Bibliothèque et Archives Canada C-002772
Crédit : Bibliothèque et Archives Canada Acc. No. 1989-401-4

Conclusion de la partie 3 de 4

L’histoire de la famille Conroy à Deschênes laisse entrevoir une autre histoire au moment que s’achève l’âge d’or d’Aylmer. Elle se penche sur le vécu d’une femme d’affaires prenant possession d’une terre au 19e siècle avec la permission de son époux[47]. Mary McConnell doit en temps que veuve assurer l’établissement de la majorité de ses enfants qui sont encore d’âge mineur[48]. « Jusqu’à présent, à Québec comme ailleurs, elles (les femmes) n’ont cessé d’occuper une place importante, mais très souvent discrète, dans la création et la direction d’entreprises de toutes sortes[49]. » Mary McConnell ne se distingue pas des autres femmes d’affaires nées au Bas-Canada. « Outre le soin des enfants, elles jouent un rôle de premier plan dans le maintien des relations familiales et sociales et prennent en charge la conduite des affaires de leur mari[50]. » C’est au décès de son époux, en 1868, que la veuve, Mrs Robert Conroy[51], voit directement au développement des premières industries aux rapides Deschênes. Desrochers ajoute : « Le fait que plusieurs épouses ont été en mesure de prendre la relève au décès de leur mari montre à quel point elles étaient intégrées à la gestion des affaires durant leur mariage[52]. » Ainsi, on attribue habituellement à Robert Conroy ou à ses fils l’essor des premières industries à Deschênes et il se sous-estime alors le rôle de Mary McConnell dans l’essor des industries et d’une ferme prospère faisant partie de l’inventaire de la famille Conroy au moment même que l’âge d’or d’Aylmer amorce son déclin.

[Conroy Lumber Mills] BAC-MIKAN 3371909
[Conroy Lumber Mills]
BAC-MIKAN 3371909
[1] Begin, De l’auberge Conroy à l’hôtel British, p. 24. [2] Gary Blair, Villes et villages de la région de la Capitale nationale, La Commission de la Capitale nationale, Ottawa, 1975, p. 56. [3] Manon Leroux, L’autre Outaouais, p. 113. [4] Louis Taché, Nord de l’Outaouais, p. 204. [5] Ibid. p. 3. [6] Ville d’Aylmer, Symmes Landing, p. 17. [7] Il n’est pas possible pour l’instant de déterminer avec exactitude la date des débuts des travaux de construction de l’hôtel British. [8] Richard Bégin, De l’auberge Conroy à l’hôtel British, p. 26. [9] Richard Bégin, De l’auberge Conroy à l’hôtel British, p. 39 ; Diane Aldred, Aylmer, Québec, son héritage, p.15. [10]Ibid. p.41. [11]Ibid. p. 44. [12] Ibid. p.46-47. [13] Ibid. p. 44. [14] Ibid. p. 44. [15] Reid, The Upper Ottawa Valley to 1855, p. lxvi. [16] Parish register for Saint James’s Church, Hull, Lower Canada, covering the years 1831-1853, Parish Register 429, p. 129. Dans ce registre, on a rayé les mots tavern keeper pour les remplacer par lumberer. Le mot lumberer est utilisé dans ce cas-ci car, il n’y a pas de traduction dans la langue française qui met en évidence le statut élitiste de ces grands marchands et négociants de bois. [17] Diane Aldred, Aylmer Québec, son héritage, p. 13 [18]Ibid., p. 15. [19] Reid, Upper Ottawa Valley, p. 168. [20] David Lee, The Lumber Kings & Shantymen, p. 27 ; Richard M. Reid, Upper Ottawa Valley, p. 168. [21] Richard M. Reid, Egan John. [22] À l’époque, Aylmer a l’ambition de devenir la capitale du Canada. Le premier village indépendant Elle obtient la Cour supérieure du comté d’Ottawa et d’autres services publics. Pourvu d’un dossier bien étoffé, Aylmer qui est alors une communauté effervescente. Les hommes de lois, les arpenteurs établissent une élite des plus influentes sur le plan politique. Il ne faut pas oublié qu’à l’époque, qu’Aylmer est dans le comté de l’Outaouais. Le premier député élu fut Charles Dewey Day, qui aussi, sur la rive nord de la rivière des Outaouais dans le comté de l’Ottawa, ce comté bas-canadien. Leur influence sur le plan politique.   Malgré que Bytown est alors moins développé que le village d’Aylmer, attirant moins l’élite marchande, a deux lignes de chemin de fer qui lient cette communauté à la région au sud du Canada-Ouest et à Montréal. [23] Ibid. [24] D’ailleurs, ce sont les forêts de l’Outaouais qui ont servi à ériger une bonne partie des bâtiments des villes de Buffalo et de Chicago au 19e siècle. [25] Chad Gaffield, L’histoire de l’Outaouais, p. 137. [26] Tiré du Ottawa Citizen du 6 septembre 1851 dans Richard M. Reid , Upper Ottawa Valley, p. 168. [27] Tirées du Ottawa Citizen, c. 68, « An Appeal to Emigrants, September 1851 » dans Reid, Upper Ottawa Valley, p. 167. [28] Richard M. Reid, Upper Ottawa Valley, p.172. [29] Jean-Louis Lapointe, Les grands moments d’Aylmer, p. 26. [30] Tiré du Journal Ottawa Citizen du 6 septembre 1851 dans Richard M. Reid , Upper Ottawa Valley, p. 168. [31] BAnQ, P 154, D6, Inventaire après décès de Robert Conroy, 1879 ; BAnQ, P154, D7, Transfert des propriétés de l’inventaire Mary McConnell à Robert H. et W. J. Conroy, 27 septembre 1880, Lib. B, Vol. 24, Part. 780, No 665 ; BAnQ, P154, D7, Deed of sale, Maria Jane Conroy, John Nelson, Mary Conroy, John S. Dennis jr., James Conroy, Eleanor Conroy, Alfred Driscoll and Ida H. L. Conroy to Robert Hugues Conroy & W. J. Conroy, registered in the County of Ottawa, Vol. 9, A, 7th day of May 1887. [32] BAnQ, P 154, D6, Inventaire après décès de Robert Conroy, 1879. [33] David Lee, Lumberer Kings and Shantymen, p. 22. [34] Ibid. p 26-27. [35] Ibid. p. [36] BAnQ, P 154, D6, Inventaire après décès de Robert Conroy, 1879. [37] Richard Bégin, « Le chemin et le port d’Aylmer : la voie de l’Outaouais supérieur », Histoire Québec, vol. 11, no 1, 2005, p. 3. [38] Selon le témoignage de la pétition opposant James McConnell à Charles Dewey Day (voir article : La famille McConnell-Conroy, catégorie : Bâtisseurs de l’Outaouais) [39] Le chemin Vanier qui autrefois était nommé le chemin Deschênes jusqu’en 1856. [40] David Lee, Logging and Lumbering in the Ottawa Valley : Lumber Kings & Shantymen, p. 13-14 [41] La famille Conroy[41] y vit avec six de leurs dix enfants qui sont alors âgés entre 2 et 13 ans (James, Elenor, Maria, Robert Hugues, Charlotte Anne, William Jackson, et à ce s’ajoute, Ida Louise, Hannah, Mary, Edward Thomson) dans : Leroux, L’autre Outaouais, p. 109 ; La forte natalité caractérise l’ensemble des familles bas-canadiennes, toutes origines confondues, dont les enfants de la classe plus aisée garantissent la perpétuation du nom et de leur fortune, dans : Baillargeon, Brève histoire des femmes du Québec, p. 42. [42] Diane Aldred, Aylmer Québec, son héritage, p.94 [43] BAnQ,  P 154, D7, Transfert des propriétés de l’inventaire Mary McConnell à Robert H. et W. J. Conroy, 27 septembre 1880, Lib. B, Vol. 24, Part. 780, No 665. [44] BAnQ, P 154, S3, D1 / 1, Déposition de l’Affidavit de Murdoch McGillivray faite par Charles Symmes, à Aylmer, 1er juin 1857. [45] Richard McConnell est le fils de l’associé James McConnell. Sa fille, Emily, épouse James Conroy, le fils de Mary et Robert Conroy en 1864. Voir – Parish register for Saint James’s Church, Hull, Quebec, covering the years 1868-1886, Parish Register 447, page 12. BAnQ, P154, D7, Deed of sale, Maria Jane Conroy, John Nelson, Mary Conroy, John S. Dennis jr., James Conroy, Eleanor Conroy, Alfred Driscoll and Ida H. L. Conroy to Robert Hugues Conroy & W. J. Conroy, registered in the County of Ottawa, Vol. 9, A, 7th day of May 1887. C’est dans cet acte de vente qu’Emily McConnell fait reconnaître son droit douaire sur le lot 15-a. Le mot « DOWER » y est clairement énoncé. Cet acte de vente démontre aussi le pouvoir légal des femmes de la famille Conroy à transiger leur bien foncier. Elles ont autant d’autorité dans les transactions immobilières que leurs époux. Aussi, cet acte demeure vague quant aux titres fonciers des Conroy. [46] BAnQ, P154, D1 D1 / 1, Déposition de l’Affidavit de Murdoch McGillivray faite par Charles Symmes, à Aylmer, 1 juin 1857. [47] BAnQ, P154, S3, D1/1, Fonds de la famille Conroy, Acte passé devant R. A. Young, notaire. À Aylmer, le 30 mai 1857, no. 1436 de son greffe, Centre d’archives de l’Outaouais, Gatineau (Québec). [48] Cinq des neuf enfants sont d’âge mineur au décès de leur père Robert Conroy en 1868 : Robert Hugues, Charlotte Ann, William Jackson, Mary et Ida Hannah Louisa. [49] Ibid. [50] Denyse Baillargeon, Brève histoire des femmes au Québec, Boréal, Montréal (Québec), 2012, p. 50. [51] Mary McConnell, veuve de Robert Conroy d’Aylmer. [52] Lucie Desrochers, « Elles ont brassé des affaires », Cap-aux-diamants, la revue d’histoire du Québec, no 95, 2008, p. 16.

La famille McConnell-Conroy

La famille McConnell-Conroy

Mary McConnell, pionnière du canton de Hull (1816-1887)

Les chutes de la Chaudière et le pont sur la rivière Outaouais, Bytown (Ottawa)- Bibliothèque et Archives Canada, c00050, MIKAN 2895118
Les chutes de la Chaudière et le pont sur la rivière Outaouais, Bytown (Ottawa)-
Bibliothèque et Archives Canada, c00050,
MIKAN 2895118

Mary McConnell naît en 1816 sur la ferme familiale de son père, William, situé sur le rang 1 du canton de Hull. Elle grandit dans les environs des chutes Chaudières à proximité du réseau des sentiers des trois portages. Elle est d’ailleurs de la première génération de McConnell à naître dans le canton de Hull au Bas-Canada. Elle épouse Robert Conroy en 1837. Il est inusité de commencer une histoire de famille par l’histoire de la mère. D’ailleurs, Chad Gaffield remarque : « Et même si, dans les documents officiels, le crédit en est généralement attribué au chef de famille, il ne faut pas oublier que la réussite, dans le domaine de la terre et de la forêt, doit être attribuée à la famille tout entière[1]. »

À la lecture des documents légaux du fonds d’archives de la famille Conroy à la BAnQ de Gatineau, nous remarquons rapidement que Mary McConnell joue un rôle pilier dans l’essor des industries à Deschênes. Elle ne se distingue pas des autres femmes d’affaires nées au Bas-Canada. « Outre le soin des enfants, elle joue un rôle de premier plan dans le maintien des relations familiales et sociales et prend en charge, comme les autres, de la conduite des affaires de son mari[2]. » Malheureusement, il reste peu de traces qui prouvent de l’implication de Mary McConnell dans les affaires de la famille Conroy.

Traces du patrimoine de la famille McConnell

Le chemin McConnell et quelques bâtiments historiques le long du chemin d’Aylmer font toujours partie des traces du patrimoine de cette famille pionnière. La maison McConnell, rappelle la croissance d’une zone agricole stable dans le canton de Hull. La famille McConnell est considérée parmi les personnes qui ont contribué à l’essor du canton de Hull. Le bâtiment historique ci-dessous construit vers 1850, est la maison de William H. McConnell, le frère de Mary. Il est un exemple typique des maisons de ferme construites par les descendants des premiers pionniers[3]. Il y a aussi sur le chemin d’Aylmer la maison James McConnell (oncle), et celle de son fils, Richard (cousin de Mary), qui est aussi étroitement associé en affaires à la famille Conroy.

 

Patrimoine de la famille McConnell

Ferme McConnell, Aylmer, Gatineau  MRC : Gatineau  Reférence : 000070  Cote archives : V006/0006  Source : Section gestion des documents et des archives de la Ville de Gatineau  No fiche : 5066 Cette maison de ferme fut construite par William H McConnell fils au cours des années 1850. (Coup de coeur, 2006; Aldred, 1994, p. 146.)
Ferme McConnell,
Aylmer, Gatineau
Reférence : 000070
Cote archives : V006/0006
Source : Section gestion des documents et des archives de la Ville de Gatineau
No fiche : 5066

 

Le cimetière Bellevue (cimetière de l’Ouest ou cimetière Conroy) fait partie de l’inventaire immobilier de la famille Conroy de 1872 à 1902. Cette partie du cimetière est directement en face de la maison McConnell sur le côté sud du chemin d’Aylmer[4]. Le cimetière a maintenant besoin de soin pour lui redonner son air d’antan. Plusieurs pierres tombales sont brisées ou ont besoin d’être remises à niveau.

 

Cimetière Bellevue, chemin d'Aylmer. 2014, Collection Lisa Mibach
Cimetière Bellevue, chemin d’Aylmer.
2014,
Collection Lisa Mibach

 

Brasser les affaires à l’ouverture de la région : la famille McConnell

Le père de Mary, William McConnell, est du groupe d’associés au chef du canton de Hull, Philemon Wright. Il y développe une grande ferme qui est fondamentale aux pionniers qui doivent assurer leur autonomie alimentaire en région de colonisation. Les surplus sont transformés en farine, en pain, en produit laitier ou en animaux de boucherie. Ces biens sont acheminés vers les chantiers forestiers, les postes de traite et les nouveaux lieux de colonisation de la région de l’Outaouais.

Hull, Bas-Canada Vue sur la rivière des Outaouais à la chute des Chaudières.En arrière plan, on aperçoit les fermes riveraines le long du chemin d'Aylmer. (1830) Source : Archives of Ontario, C 10006. Thomas Burrowes fonds. Hull, on the Chaudière Falls [1830].
Hull, Bas-Canada
Vue sur la rivière des Outaouais à la chute des Chaudières.En arrière plan, on aperçoit les fermes riveraines le long du chemin d’Aylmer.
(1830)
Source : Archives of Ontario, C 10006. Thomas Burrowes fonds. Hull, on the Chaudière Falls [1830].

Le rang 1 du canton de Hull

Mary McConnell grandit sur le rang 1 parmi les territoires les plus connus des trappeurs, des voyageurs, des missionnaires, des marchands et des explorateurs naviguant sur la rivière des Outaouais depuis plusieurs siècles. Ces terres sont ponctuées de lieux de portage imposant de nombreux efforts physiques des voyageurs. Il est aussi le seul rang qui a directement accès aux ressources hydrauliques en dehors de la sphère d’influence de Philemon Wright dans le canton de Hull. Les trois frères McConnell (James, William et George) détiennent plusieurs lots sur les rangs 1 et 2, d’ailleurs, le chemin McConnell est tracé à la limite nord du rang 2.

Établissement du canton de Hull
BAnQ, Plan of part of the Township of Hull situated on the northerly side of the Ottawa River in the Province of Lower Canada. Theodore Davis – 1802 – Fonds Ministère des Terres et Forêts; Cote: E21,S555,SS1,SSS1,PH.17A.

 

À la frontière entre la fourrure et le bois

Les McConnell ont le privilège d’avoir accès à la rivière des Outaouais par le lac Deschênes et à deux routes hautement fréquentées (ch. Aylmer et ch. Vanier) en plus du sentier (ch. Rivermead) menant à la tête des rapides Deschênes où se trouve une scierie et des moulins appartenant à un mystérieux Ithamar Day, marchand indépendant de fourrures de l’ancienne compagnie : Compagnie du Nord-Ouest (CNO). D’ailleurs, le verso du 0,05$, le castor, est la marque de commerce de la CNO.

Blason de la Compagnie du Nord-Ouest Montréal, Compagnie fondée en 1783
Blason de la Compagnie du Nord-Ouest,
Montréal,
Compagnie fondée en 1783.

Exploitants des ressources forestières

James et William McConnell ont aussi un magasin-entrepôt sur le lot 14 près des rapides Deschênes où, en 1832, l’arpenteur général du Bas-Canada, Joseph Bouchette, qualifie les lieux comme un des 2 endroits idéaux, l’autre étant Aylmer, pour y installer le premier village du canton de Hull[5]. Ce magasin répond surtout aux besoins des résidents et des voyageurs en transit sur les sentiers entre les trois lieux de portage dans les environs de la chute des Chaudières. D’autant plus, le magasin-entrepôt de James et de son frère, William McConnell profite de l’achalandage sur le lot voisin où il y a une scierie et le poste de traite McGillivray & Day aux rapides Deschênes. Le magasin-entrepôt aux rapides Deschênes et les concessions forestières atteignant le lac Témiscaminque sont à proximité des postes de traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH). Cette situation rappelle des rivalités entre les marchands indépendants de l’ancienne CNO de Montréal et de sa rivale britannique, CBH, en plus, que l’exploitation forestière ne se limite pas qu’au bois en Outaouais. D’ailleurs, c’est le gouverneur de la Compagnie de la Baie d’Hudson, George Simpson,  qui affirme : « Every lumber Contractor and Labourer is a Trader.[6]».

Bibliothèque et Archives Canada : C-002772 Crédit : BAC, No. Acc. 1989-401-4
Groupe de voyageurs autour d’un camp de feu ca. 1870
Source : Bibliothèque et Archives Canada C-002772
Crédit : Bibliothèque et Archives Canada Acc. No. 1989-401-4

 

Le bois et la fourrure

Il y a tout pour croire que la fourrure maintient davantage son importance devant la production agricole et l’industrie du bois pour la famille McConnell. William, père de Mary, et son oncle, James McConnell, succèdent à Ithamar Day qui quitte définitivement la région en 1831[7]. Day cède ses droits sur la partie ouest de lot 15, rang 1, à son fils, Charles Dewey Day. Ce dernier devient un des juges les plus marquants de l’histoire canadienne ayant entre autres, participé à la rédaction du Code civil du Bas-Canada et transformé l’instruction publique au Canada. Enfin, les marchands de fourrure laissent peu de traces des transactions menant à de bonnes affaires. Il est alors difficile de suivre leur passage dans la région.

Commission ayant pour mandat de codifier les lois du Bas-Canada (vers 1865). De gauche à droite : Joseph Ubald Beaudry, Charles Dewey Day, René-Édouard Caron, Augustin-Norbert Morin et Thomas McCord. Musée McCord  MP-0000.1815.2
Commission ayant pour mandat de codifier les lois du Bas-Canada (vers 1865). De gauche à droite : Joseph Ubald Beaudry, Charles Dewey Day, René-Édouard Caron, Augustin-Norbert Morin et Thomas McCord.
Musée McCord
MP-0000.1815.2

 

Mary McConnell et les rapides Deschênes

Il demeure que Mary McConnell a vu de près le développement de la fourrure en Outaouais au début du 19e siècle, y étant exposée, directement ou indirectement, depuis sa tendre enfance. Sa proximité avec l’exploitation de la fourrure en Outaouais se confirme aussi par le fait que Mary McConnell ait conservé la pétition opposant son oncle James à Ithamar Day dans ses archives. La pétition mène à la lettre patente donnant les droits de propriété des rapides Deschênes à son oncle, James, et à Charles Dewey Day. Mary McConnell conserve les originaux des deux lettres patentes qui partagent en deux le lot 15, rang 1, canton de Hull aux rapides Deschênes, dont la copie originale de Charles Dewey Day, signée par le gouverneur général en chef, comte de Gosford, est conservée parmi les documents légaux de la famille Conroy. La copie brouillon de la lettre patente de son oncle James McConnell est signée par un l’arpenteur général attitré à la colonisation dans la région de l’Ottawa.

 

Rapides des Chats, près d'Ottawa. ca. 1838-1841. Aquarelle avec raclage sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2896108.
Rapides des Chats, près d’Ottawa.
ca. 1838-1841.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2896108.

Robert Conroy : L’époux de Mary McConnell

Le jeune irlandais énergétique, Robert Conroy, en compagnie des frères, Edward et Murdoch, McGillivray, tous trois des marchands de Montréal, arrivent à Bytown au début des années 1830[8]. Ces trois hommes célibataires sont aussi de l’ancienne CNO, fusionnée à la Compagnie de la Baie d’Hudson depuis 1821. Edward McGillivray, le premier maire de Bytown, et son frère, Murdoch, sont magasiniers sur la rive nord du lac Deschênes, non loin des rapides (lot 15-b ou lot 16). Murdoch McGillivray opère les entreprises Day & McGillivray qui comprend le poste de traite de Deschênes. Ce dernier est établi dans le canton de Nepean sur la rive sud des rapides Deschênes.

View from Wellington Street, Upper Bytown ca. 1845.  Thomas Burrowes, Painting of a view from Wellington Street, Upper Bytown, ca. 1845. Thomas Burrowes fonds.  Archives of Ontario, C 1-0-0-0-10.
View from Wellington Street, Upper Bytown
ca. 1845.
Thomas Burrowes,
Painting of a view from Wellington Street, Upper Bytown, ca. 1845.
Thomas Burrowes fonds.
Archives of Ontario, C 1-0-0-0-10.

 

Le bois et le canot de traite

Quant à Robert Conroy, il s’établit à Aylmer à la même époque que John Egan avec qui, Conroy se lance dans le commerce du bois. Ainsi, Robert Conroy est en lien étroit avec des marchands profitant de l’essor des ressources forestières en Outaouais. De plus, on sous-estime souvent le rôle de la fourrure dans l’essor économique de l’Outaouais durant la première partie du 19e siècle. Le canot de traite prend pourtant de son importance et le premier groupe de pionniers préfère toujours ce mode de transport pour se rendre à Montréal[9]. C’est dans ce contexte que Robert Conroy vient à épouser Mary McConnell en 1837.

Canots de la Compagnie de la Baie d'Hudson aux rapides des Chats.  1838. Aquarelle avec raclage et touches d'encre noire sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2895632
Canots de la Compagnie de la Baie d’Hudson aux rapides des Chats.
1838.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2895632

 

 Les pelleteries à l’arrivée de Robert Conroy en Outaouais

Il faut admettre que James McConnell quitte définitivement le domaine des pelleteries, lors du décès accidentel (noyade : rivière des Outaouais) de son fils aîné, aussi appelé James, en 1847. Quant à William McConnell, père, et Robert Conroy, ils entretiennent toujours des liens avec Murdoch McGillivray comme le révèle indirectement McGillivray dans son témoignage de la pétition opposant Charles Dewey Day à James McConnell. Cette pétition s’échelonne s’étire de 1831 à 1857, et se conclut six ans après le décès de James McConnell, père, au moment où Mary McConnell prend possession dans un contexte litigieux la partie est du lot 15 aux rapides Deschênes.

Les débuts de Robert Conroy à Aylmer coïncident aussi à l’essor de la navigation à vapeur sur l’Outaouais. Pour citer Richard Bégin : «Le service de bateaux va littéralement lancer le développement d’Aylmer[10]. » Dans le Nord de l’Outaouais, Louis Taché nous apprend que la jeune communauté riveraine d’Aylmer prend rapidement l’allure d’un port de mer déjà occupée par la Compagnie de la Baie d’Hudson qui fait des bords du lac Deschênes le point de départ de tout l’approvisionnement de ses postes de l’Outaouais[11]. La noce de Mary McConnell et de Robert Conroy associe alors une famille pionnière bien établie à une deuxième vague d’immigration britannique dont plusieurs pionniers sont de l’élite marchande de Montréal.

Robert Conroy, Bibliothèque et Archives nationales du Québec Cote : P137,S4,D11,P21 P137 Fonds Famille Foran S4 Catherine Francis Kearney-Foran Centre : Gatineau Titre, Dates, Quantité Robert Conroy / Ellisson & Co., Quebec . - 1863 - 1 photographie(s) : épreuve "carte de visite", sépia ; 6 x 10 cm Autres formats Numérique. TermeCONROY, ROBERT, 1811-1868
Robert Conroy (1811-1868),
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Cote : P137,S4,D11,P21
Fonds Famille Foran
Centre : Gatineau
– 1863

 

Associations d’affaires de la famille McConnell-Conroy

Nul ne peut douter que l’histoire de la famille Conroy nous permette de comprendre que les bâtisseurs ne travaillent jamais seuls. Cette collaboration entre les pionniers est le pivot fondamental de leur réussite dans le domaine de la colonisation et de l’essor économique de la région sur les deux rives de l’Outaouais. D’ailleurs, Robert Conroy s’associe à des marchands bien connus dès son arrivée dans la région. Loin d’être étranger au commerce des fourrures par son association aux frères McGillivray et les frères McConnell, ce jeune entrepreneur ambitieux ne tarde pas à se joindre en affaires au neveu de Philémon Wright, Charles Symmes, dans des entreprises de transport et de commerce à L’abord-à-Symmes où se trouve une auberge en pierre (Auberge Symmes), un quai de débarquement et un magasin-entrepôt. La vapeur sert bien ces commerçants. D’ailleurs, Charles Symmes est considéré de plein droit comme le fondateur du village d’Aylmer.

 

L'auberge Symmes. Gravure par W. H. Bartlett, 1842.  (Source - collection privée)
L’auberge Symmes. Gravure par W. H. Bartlett, 1842.
(Source – collection privée)

 

Le monde politique

La famille Conroy est aussi étroitement associée à celle de John Egan qui lui est le premier maire d’Aylmer et plus tard, député à l’Assemblée nationale. À partir de 1843, Robert Conroy est échevin sur le conseil municipal et plus tard, maire, d’Aylmer. Quant à Mary McConnell, elle saura capter l’attention de journalistes de l’époque par sa voix que l’on acclame lors de soirées mondaines à l’hôtel British[12].

John Egan, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, P137,S4,D11,P4. Fonds de la famille Foran
John Egan,
Bibliothèque et Archives nationales du Québec,
P137,S4,D11,P4.
Fonds de la famille Foran

 

Essor des entreprises locales

Dès 1839, Robert Conroy se joint à l’élite locale en investissant dans la construction d’un moulin à farine fonctionnant à la vapeur, le Aylmer Bakery[13]. Il déteint aussi des actions dans la Upper Ottawa Steamboat Company qui sert à « Faire essentiellement la navette entre Aylmer et Fitzroy Harbour, sur l’autre rive, et pour servir à des travaux de remorquage[14]. » Une autre entreprise regroupant un groupe d’actionnaires d’Aylmer dont fait partie la famille Conroy est The Bytown & Aylmer Union Turnpike Company qui voit à la reconstruction du chemin d’Aylmer alors relégué aux routes boueuses difficilement carrossables. Cette route est macadamisée[15] et elle relie les auberges Conroy d’Aylmer au pont de l’Union (pont des Chaudières) à Bytown (Ottawa)[16]. Les actionnaires profitent des tarifs des postes de péage pour rentabiliser leur investissement. À l’échelle régionale, Robert Conroy se joint à des hommes d’affaires de la région et de la communauté francophone de Montréal dans l’entreprise du chemin de fer : Montreal & Bytown Railway. Cette ligne de chemin de fer prévoit relier Montréal à Bytown par la rive nord. La malchance et les difficultés financières de cette compagnie à charte conduisent à l’abandon la compagnie à charte responsable de sa construction à la fin des années 1850, n’ayant mis en service que le tronçon entre Grenville et Carillon en 1854.

Pont de l'Union (pont des Chaudières), En bas à gauche de l'image, il est possible de voir la route macadamisée : chemin d'Aylmer.
Pont de l’Union (pont des Chaudières),
En bas à gauche de l’image, il est possible de voir la route macadamisée : chemin d’Aylmer.

 

Patrimoine de la famille Conroy

Ainsi, l’importance du patrimoine de la famille Conroy démontre de la situation économique privilégiée d’une des familles fondatrices du secteur Aylmer à Gatineau. En suivant les traces de leur patrimoine, il est permis de faire un retour sur les moyens que prend la famille Conroy pour brasser les affaires en région de colonisation au 19e siècle. Il se trace alors  une histoire de famille à travers les traces de leur patrimoine. Ainsi, dans le cadre du prochain article de la série Bâtisseurs de l’Outaouais, est de voir aux traces du patrimoine qui nous amènent vers des récits peu connus de l’histoire de Gatineau, de l’Outaouais, du Québec et voir même, du Canada.

 

Scenes on the Ottawa. Lumbering. Views of Aylmer, P.Q. vol.XVIII, no. 10. 152-153
Scenes on the Ottawa. Lumbering. Views of Aylmer, P.Q.
Canadian Illustrated News , vol.XVIII, no. 10. 152-153
La résidence de la famille Conroy, Lakeview, est situé en bas de l’image à gauche.

 

 


 

Notes et références

[1] Chad Gaffield, L’histoire de l’Outaouais, p. 136.

[2] Denyse Baillargeon, Brève histoire des femmes au Québec, Boréal, Montréal (Québec), 2012, p. 50.

[3] Lieux patrimoniaux du Canada, Maison McConnell, Commission de la capitale nationale (CCN). http://www.historicplaces.ca/fr/rep-reg/place-lieu.aspx?id=11396

[4] Diane Aldred, Chemin d’Aylmer, p. 144-145.

[5] Bouchette, Dictionnaire topographique de la province du Bas-Canada.

[6] Michael Newton, « Some notes on Bytown and the fur trade », The Historical Society of Ottawa, Bytown Pamphlet series. No 5, 1991.

[7] The McConnell brothers on the Aylmer Road were a threat to the HBC fur trade with their large lumbering operations which by 1836 had reached the foot of Temiscaming Lake, This family posed a further danger, for the McConnells had always traded furs on the side and when settled in Opinika Lake, just below Lake Temiscamingue, both Cameron and (governor) Simpson were convinced that their new venture was merely a cover for their designs on the Fort’s trade. Not surprisingly, the McConnells succeeded Ithamar Day as owners of lot 15 range 1 Hull Township – The Deschênes Rapids Post – when Day quit the trade in the 1830s. Dans : Michael Newton, « Some notes on Bytown and the fur trade », The Historical Society of Ottawa, Bytown Pamphlet series, No 5, 1991, p. 9.

[8] « We shall endeavour to mention some of the old stock of British extraction, that were among the first pioneers of old Norwester Cork, and Mr. Conroy, of old Bytown, these two came here in 1826. E. (Edward) McGillivray and his brother (Murdoch) came in 1835. » Dans : Andrew Wilson, « A history of old Bytown and Vicinity, now the City of Ottawa. » Daily News, 1876.

[9] « The early settlers had to canoe it to Montreal for their goods. Honeywell is said to have gone and returned alone more than once. This must have taken all a man’s ability to get a canoe up the Rapids with the lightest load, while he waded in the edge of the stream, and kept his frail bark from being broken on the rocks. We can fancy the Moores, Honeywells, McConnells, etc., going in pairs or companies with ease and success, but we pity the man who would do the thing now. » Dans : Gourlay, History of The Ottawa Valley (1896), p. 200.

[10] Richard Bégin, « Le chemin et le port d’Aylmer : la voie de l’Outaouais supérieur », Histoire Québec, vol. 11, no 1, 2005, p. 6.

[11] Louis Taché, Nord de l’Outaouais, p. 203.

[12] Voir : Anson Gard.

[13] Bégin, De l’Auberge Conroy à l’hôtel British, p. 25.

[14] Richard Bégin, « Le chemin et le port d’Aylmer : la voie de l’Outaouais supérieur », Histoire Québec, vol. 11, no 1, 2005, p. 3.

[15] « Les procédés de macadamisage consistaient à poser une fine couche de pierre concassée sur la route afin de former une surface de gravier bien tassé permettant de garder l’assiette de la route sèche et solide en tout temps. » Dans Aldred, Le chemin d’Aylmer, p. 33.

[16] Aldred, Le chemin d’Aylmer, p. 31 ; Ville d’Aylmer, Symmes, p. 15.

Mystères et enquête : Les bâtisseurs de l’Outaouais

Mystères et enquête : Les bâtisseurs de l’Outaouais

Il y a beaucoup d’intérêt pour l’histoire de l’Outaouais. Pour moi, ma passion est née de mes ancêtres qui sont des bâtisseurs de la région, contribuant à leur façon, depuis le 19e siècle, à bâtir les différentes communautés qui ont façonné la ville de Gatineau. Alors, il y a lieu de voir à l’histoire des bâtisseurs de la région à travers la famille Conroy et ainsi, vous ramener, d’abord, vers l’âge d’or d’Aylmer (1830-1870) pour ensuite continuer avec l’industrialisation en Outaouais (1870-1900). Cette série d’articles veut susciter votre curiosité pour l’histoire de l’Outaouais. L’histoire de la famille Conroy n’est qu’un exemple de l’intrigue et des mystères qui se posent à l’image d’une enquête, lorsqu’on se penche sur les traces du patrimoine de ces hommes et de ces femmes qui ont façonné l’histoire de notre région. Tout comme un casse-tête très complexe, la famille Conroy d’Aylmer sait nous poser un bon problème en histoire. Il s’agit alors de partir à la quête de petites pièces du casse-tête et en dégager graduellement quelques images du passé de la région de l’Outaouais. Une fois ces pièces assemblées, il se perçoit une mise en scène de l’activité socio-économique sur la rive nord du lac Deschênes au 19e siècle. Il se saisit ainsi une autre image du passé des bâtisseurs de l’Outaouais pendant une période qui est encore peu connue en histoire canadienne.

Les chutes des Chaudières et le pont sur la rivière Outaouais, Bytown (Ottawa)- Bibliothèque et Archives Canada, c00050, MIKAN 2895118
Les chutes de la Chaudière et le pont sur la rivière Outaouais, Bytown (Ottawa)-
Bibliothèque et Archives Canada, c00050,
MIKAN 2895118

Les mystères de la maison grise
Au départ, mon enquête portait sur un vieux bâtiment historique au 84, chemin Vanier dans le secteur Deschênes. Je voulais connaître l’histoire de cette maison afin de lui donner un nom digne de son âge qui pouvait faire connaître son histoire et nous rappeler les débuts du village de Deschênes. Malheureusement après avoir fouiller le registre foncier du Québec et celui conservé à la Commission de la capitale nationale (CCN) à Ottawa, qui l’a d’ailleurs classé parmi les bâtiments historiques du Canada, je n’ai toujours pas de réponse sur les origines de cette mystérieuse maison. Elle paraît pourtant sur un plan d’assurance-incendie Goad produit en 1903. La ville de Gatineau ne reconnaît toujours pas la valeur patrimoniale de ce vieux bâtiment historique qui est à proximité des rapides Deschênes. Alors, je me suis tournée vers le fonds de la famille Conroy à Bibliothèque et Archives nationales du Québec à Gatineau, car il avait des traces sur les premiers propriétaires du lot 15, rang 1 du canton de Hull sur lequel est construit le 84, chemin Vanier. Cette enquête mène vers une autre question : Pourquoi une femme d’affaires d’Aylmer achète-t-elle cette terre aux rapides Deschênes en 1857 ?  Cette enquête m’a alors permis de faire un retour sur l’histoire de la famille Conroy et les origines du village de Deschênes, qui est maintenant un secteur de la ville de Gatineau. J’ai aussi appris que la famille Conroy est prête à investir, à prendre les risques et à innover afin de développer l’Outaouais au 19e siècle.

Blogue-Maison grise
Lisa Mibach, La mystérieuse maison grise au 84, chemin Vanier, Hiver 2010.

 

Les mythiques Pays d’En-haut

Thomas Kirk,  Carte de comté du Québec à l'échelle de 1:63 360 .   Hull , Carte du comté de Hull et Gatineau, Centre d'archives de Québec, Collection des cartes et plans de la BAnQ, Numéro d’identification : 2669884_01
Thomas Kirk,
Carte de comté du Québec à l’échelle de 1:63 360 .
Hull , Carte du comté de Hull et Gatineau,
Centre d’archives de Québec, Collection des cartes et plans de la BAnQ, Numéro d’identification : 2669884_01

Depuis des millénaires, les voyageurs empruntent cette voie navigable principale, la rivière des Outaouais, qui relie la ville de Montréal aux mythiques Pays d’En-haut. À la chute des Chaudières, les voyageurs doivent emprunter un réseau de sentiers étroits pour contourner les obstacles naturels obligeant les voyageurs à faire trois portages avant de continuer leur route en amont sur l’Outaouais supérieur au début du 19e siècle. Le développement du canton de Hull contribue à la construction des premières routes permanentes de la région. Les voyageurs débarquent alors à Hull ou Bytown pour ensuite emprunter le chemin d’Aylmer qui descend du rang 3 à la chute des Chaudières vers la limite des rangs 2 et 1 pour finalement, atteindre le quai d’embarquement de L’abord-à-Symmes et les eaux calmes du lac Deschênes. À mi-chemin, il y a les rapides Deschênes au rang 1 qui forme une péninsule s’étendant vers le sud du canton de Hull et séparant le haut, l’Outaouais supérieur, du bas de la rivière des Outaouais à la chute des Chaudières menant alors vers Montréal. Aux rapides Deschênes, il est aussi possible de remonter vers le nord par le chemin Vanier et croisé le chemin d’Aylmer pour progresser vers le chemin de la Montagne. Le lieu de cette histoire est alors situé sur cette pointe de terre perceptible sur toutes les cartes du Québec. À cet endroit, les rapides Deschênes séparent le canton de Hull du canton de Nepean sur la rive sud. Ainsi, c’est sur ces lieux que se sèment l’intrigue entourant la famille Conroy d’Aylmer et les mystères sur cette péninsule située au sud du canton de Hull.

Le portage de Joachim, camp de bûcherons, près de la rivière des Outaouais.  Aquarelle sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2896113
Le portage de Joachim, camp de bûcherons, près de la rivière des Outaouais.
Aquarelle sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2896113

Le village de Deschênes et Mary McConnell

Le village de Deschênes a une longue histoire encore qu’il se soit incorporé en municipalité qu’en 1920. D’ailleurs, l’historienne, Michelle Guitard, qualifie Deschênes de petit lieu contenant une grande possibilité d’interprétation historique[1]. Par exemple, cette enquête révèle que Mary McConnell, l’épouse de Robert Conroy, est la propriétaire du lot 15, rang 1, canton de Hull sur lequel est construite la maison au 84, chemin Vanier en 1857. Cette dame d’Aylmer est responsable de la première phase de la modernisation de la ferme d’élevage, de la scierie et du moulin à farine aux rapides Deschênes. Pourtant être femme mariée au 19e siècle offre un statut juridique équivalant à une personne mineure. De plus, « La femme mariée anglaise n’a aucun droit aux biens accumulés pendant le mariage, même pas s’il provient en tout ou en partie des biens qu’elle avait apportés au mariage . [2] » Dans cette tradition juridique britannique, il n’y a que le fils aîné qui obtient les biens fonciers de la famille. Par ailleurs, l’effort des femmes est peu reconnu malgré qu’elles aient occupé une place importante, mais très souvent discrète, dans la création et la direction d’entreprises de toutes sortes . » Alors, nous allons apprendre à connaître une femme d’affaires en Outaouais et l’histoire de sa famille qui a contribué à intégrer les activités économiques du lac Deschênes à l’économie régionale.

Conroy, R. Mrs.- Bibliothèques et Archives Canada- Photo : e010953798-v8, MIKAN # 3451003
Conroy, R. Mrs.-
Bibliothèques et Archives Canada, e010953798-v8,
MIKAN # 3451003

Aperçu des prochains articles …

Dans les semaines à venir, je partagerai avec vous certains résultats de mon enquête, soit celle d’une famille de bâtisseurs de l’Outaouais : la famille McConnell-Conroy, qui est d’ailleurs une des familles pionnières à l’ouverture de la région de l’Outaouais. Dans un deuxième article, il sera surtout question des moyens que prennent les époux, Mary McConnell et Robert Conroy, pour brasser les affaires dans la première ville de la région entre 1830 et 1868. Enfin, le troisième article se penchera sur la période de l’industrialisation en Outaouais en voyant de près le développement industriel aux rapides Deschênes entre 1868 et 1901. Il s’agira de voir comment Mary McConnell maintient son rôle pilier dans le développement des entreprises de la famille Conroy après le décès de son époux en 1868.

C’est alors avec plaisir, que je vous offre un aperçu inédit d’une histoire de famille qui a su laisser des traces imposantes de son patrimoine, tout en camouflant bien son histoire.

[Conroy Lumber Mills] Bibliothèque et Archives Canada, a013224-v6, MIKAN  # 3371910
[Conroy Lumber Mills]
Bibliothèque et Archives Canada, a013224-v6,
MIKAN # 3371910
Références :

[1]Michelle Guitard, « Quartier de Deschênes », énoncé d’importance et historique, Association des résidents de Deschênes, Gatineau, octobre 2012, p. 9.

[2] Evelyn Kolish, « Depuis la Conquête : les Canadiens devant deux droits familiaux », Cap-aux-Diamants : la revue d’histoire du Québec, n° 39, 1994, p. 17.

 

L’exploitation forestière selon Philip John Bainbrigge

L’exploitation forestière selon Philip John Bainbrigge

L’artiste-peintre, Philip John Bainbrigge, est de passage en Outaouais entre 1838 et 1842. Il a alors terminé avec succès ses études en topographie militaire et en dessin de paysage à l’académie de Woolwich en Grande-Bretagne [1]. Il arrive à Québec en 1836 et pendant son séjour au Bas-Canada, au Haut-Canada et dans les Maritimes, ce militaire peint dans le but de rendre compte des mesures de défense coloniale à la Grande-Bretagne. Bainbrigge est surtout reconnu pour ses illustrations des résultats des Rebellions du Bas-Canada de 1837-1838 où il est mandaté à faire état des lieux pendant le passage des soldats britanniques ayant affronté les patriotes[2].

En Outaouais, ses œuvres rendent plutôt compte de l’exploitation forestière après la construction du canal Rideau. Il s’intéresse aux paysages environnants de la chute des Chaudières sans pour autant s’attarder aux jeunes communautés sur la rive nord de la rivière des Outaouais. Les aquarelles révèlent ses préférences pour les paysages sauvages et le transport sur la rivière des Outaouais. De son regard, l’artiste semble encourager l’observateur à entrer en scène avec lui afin de partager les expériences de ses voyages. Il démontre aussi que le commerce du bois n’est alors rien de plus qu’une aventure insensée. Lors de son passage dans la région, les grands marchands et négociants de bois commencent tout juste de donner à leur commerce le caractère systématique d’une entreprise et de mettre en valeur leur titre de Lumberer (marchand-négociant). D’ailleurs, la fourrure est toujours plus profitable que le bois et l’agriculture aux marchands de la région de l’Outaouais durant la première partie du 19e siècle.

Alors, en observant de près les œuvres de Bainbrigge, il nous est possible de faire un retour vers une époque où les grands canots des voyageurs de la Compagnie de la Baie d’Hudson côtoient les navigateurs des radeaux de bois sur la rivière des Outaouais pour ensuite, suivre leur cours sur le fleuve Saint-Laurent jusqu’à Québec. Ces ressources sont alors chargées sur des grands navires et destinées principalement au marché britannique.

Rivière Creuse sur la rivière des Outaouais

Rivière Creuse Ottawa. Mai 1841. Aquarelle sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- Mikan 2896117
Rivière Creuse Ottawa. Mai 1841.
Aquarelle sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- Mikan 2896117

Le portage de Joachim, camp de bûcherons, près de la rivière des Outaouais.

Le portage de Joachim, camp de bûcherons, près de la rivière des Outaouais.  Aquarelle sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2896113
Le portage de Joachim, camp de bûcherons, près de la rivière des Outaouais.
Aquarelle sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2896113

Canots de la Compagnie de la Baie d’Hudson aux rapides des Chats

Canots de la Compagnie de la Baie d'Hudson aux rapides des Chats.  1838. Aquarelle avec raclage et touches d'encre noire sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2895632
Canots de la Compagnie de la Baie d’Hudson aux rapides des Chats.
1838.
Aquarelle avec raclage et touches d’encre noire sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2895632

Rapides des Chats, près d’Ottawa

Rapides des Chats, près d'Ottawa. ca. 1838-1841. Aquarelle avec raclage sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2896108.
Rapides des Chats, près d’Ottawa.
ca. 1838-1841.
Aquarelle avec raclage sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2896108.

Glissoire sur la rivière des Outaouais, rapides des Chats

Glissoire sur la rivière des Outaouais, rapides des Chats.  1840 Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. Credit: Library and Archives Canada, Acc. No. 1983-47-8 Copyright: Expired Mikan no. 2833524
Glissoire sur la rivière des Outaouais, rapides des Chats.
1840
Aquarelle avec maculage sur crayon sur papier vélin
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- Mikan no. 2833524

Rapides sur la rivière des Outaouais, en amont de la décharge de fer

Rapides sur la rivière des Outaouais, en amont de la décharge de fer.  ca 1836-1842. Aquarelle avec pinceau et encre noire sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2896081
Rapides sur la rivière des Outaouais, en amont de la décharge de fer.
ca 1836-1842.
Aquarelle avec pinceau et encre noire sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2896081

Portage le long de la rivière des Outaouais

Portage le long de la rivière des Outaouais.  ca 1836-1842. Aquarelle sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2895633.
Portage le long de la rivière des Outaouais.
ca 1836-1842.
Aquarelle sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2895633.

Bytown (Ottawa)

Bytown (Ottawa) mai, 1841. Aquarelle avec raclage sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC_ MIKAN no. 2895237
Bytown (Ottawa)
mai, 1841.
Aquarelle avec raclage sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC – MIKAN no. 2895237

 Les chutes Chaudière, vues d’Ottawa

Les chutes Chaudière, vues d'Ottawa. Juillet 1838. Aquarelle avec raclage et rehaussé avec gomme arabique sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2896132.
Les chutes Chaudière, vues d’Ottawa.
Juillet 1838.
Aquarelle avec raclage et rehaussé avec gomme arabique sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2896132.

Les chutes Chaudière, vues de Bridge House, Ottawa.

Les chutes Chaudière, vues de Bridge House, Ottawa. ca 1836-1842. Aquarelle sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2896103.
Les chutes Chaudière, vues de Bridge House, Ottawa.
ca 1836-1842.
Aquarelle sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2896103.

La fente des chutes Chaudière

Les chutes Chaudière.  ca 1836-1842. Aquarelle avec raclage sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2896084.
Les chutes Chaudière.
ca 1836-1842.
Aquarelle avec raclage sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2896084.

 Les chutes Chaudière

Les chutes Chaudière. ca 1836-1842. Aquarelle avec raclage sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2896083.
Les chutes Chaudière.
ca 1836-1842.
Aquarelle avec raclage sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2896083.

Chutes Chaudière

Chutes Chaudière. Juillet 1838. Aquarelle avec raclage sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2896137.
Chutes Chaudière.
Juillet 1838.
Aquarelle avec raclage sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2896137.

Entrée du canal Rideau, Bytown, vers 1838

Entrée du canal Rideau, Bytown, vers 1838. Aquarelle sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC -MIKAN no. 2896304.
Entrée du canal Rideau, Bytown, vers 1838.
Aquarelle sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC -MIKAN no. 2896304.

 Gros radeau sur le fleuve Saint-Laurent.

Gros radeau sur le fleuve Saint-Laurent. 1838. Aquarelle avec touches d'encre noire et raclage sur crayon sur papier vélin.  Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2896090.
Gros radeau sur le fleuve Saint-Laurent.
1838.
Aquarelle avec touches d’encre noire et raclage sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2896090.

Le cap Diamant, la pointe Lévis et la Citadelle de Québec depuis l’Anse-aux-Foulons

Le cap Diamant, la pointe Lévis et la Citadelle de Québec depuis l'Anse-aux-Foulons. ca 1838. Aquarelle sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2897743.
Le cap Diamant, la pointe Lévis et la Citadelle de Québec depuis l’Anse-aux-Foulons.
ca 1838.
Aquarelle sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2897743.

[1] France Saint-Jean. Images du patriote : Objets commémoratifs, intentions variables. Thèse présentée comme exigence partielle du doctorat interuniversitaire en histoire de l’art, Université du Québec à Montréal, Janvier 2009, p. 62.

[2] Ibid.

L’Outaouais, des histoires à découvrir

L’Outaouais, des histoires à découvrir

L’histoire de l’Outaouais maintient précieusement plusieurs énigmes bien cachées dans nos centres d’archives en région. Par ma recherche au sujet de la famille Conroy d’Aylmer, j’ai découvert des pistes intéressantes sur la transformation du commerce, du transport, de l’agriculture et du droit civil en Outaouais au 19e siècle. Plusieurs questions de recherche n’ont toujours pas trouvé de réponse. Par exemple, la maison grise est toujours à vendre, et elle est maintenant de couleur beige. Je ne sais toujours pas qui est le bâtisseur de ce bâtiment historique dans le secteur Deschênes à Gatineau, et elle ne bénéficie pas d’une reconnaissance pour sa valeur patrimoniale. Aussi, je n’ai pu m’attarder au rôle politique de la famille Conroy et à leurs liens d’affaires avec les familles McGillivray, des marchands de fourrure de l’ancienne Compagnie du Nord-Ouest et de Charles Dewey Day, un juge et un politicien ayant transformé le droit civil et l’instruction publique au Québec.

Toutefois, mes recherches m’ont conduite vers différentes histoires inusitées de la région. En étudiant le lot sur lequel est construite la maison grise, les titres de propriété m’ont obligée à faire un retour sur l’histoire du Code civil du Bas-Canada, car une femme, Mary McConnell, en est propriétaire en 1857. Mary McConnell est une femme d’affaires et l’épouse de Robert Conroy.Elle acquiert la propriété riveraine aux pieds des rapides Deschênes de son père, William, dans un contexte litigieux. William McConnell et son frère, James, sont des marchands de fourrure et de bois, redoutés de la Compagnie de la Baie d’Hudson, et s’étant installés dans la région avec le groupe d’associés de Philemon Wright. La famille McConnell a aussi plusieurs grandes fermes dans le canton de Hull. Étant bien établies, la famille McConnell et ensuite, la famille Conroy voient aux activités de transbordement sur le lac Deschênes avant que la marchandise ne se rende en aval aux chutes des Chaudières.

À travers les traces laissées dans les divers documents de la famille Conroy au Centre de recherche des archives de l’Outaouais (CRAO), nous voyons à l’histoire du mode d’établissement dans la région et à l’essor de l’agriculture, du transport, du commerce, de l’industrialisation et de l’hydroélectricité sur la rivière des Outaouais. Ainsi, à travers les traces du patrimoine de la famille Conroy d’Aylmer, il nous est permis de voir à une autre histoire des bâtisseurs de l’Outaouais. Cette recherche se révèle aussi un bel observatoire de l’histoire des femmes au Québec, car, une fois veuve, Mary McConnell sait faire usage du droit civil pour réussir à fonder Deschènes Mills qui devient au 20e siècle le village de Deschênes.La famille Conroy d’Aylmer ouvre alors vers plusieurs pistes de découvertes par les traces de leur patrimoine qui conduisent à des histoires méconnues de la région de l’Outaouais.

Ce blogue n’est qu’une continuité de mes recherches en histoire qui en somme, ont soulevé tellement de questions méritant l’attention d’un plus grand public et des historienNEs qu’elles seront reprises au fil de mes écrits. Il y a toujours de nombreuses pistes de découvertes à ces histoires. J’admire la force de caractère de la population de la région et le cours des événements qui ont façonné notre passé et qui ont toujours des répercussions sur notre présent. J’aimerais en arriver à faire valoir cette histoire auprès des jeunes en particulier pour qu’ils y trouvent un intérêt pour le passé. Il faut bien admettre que plus l’histoire se rapproche de soi, plus elle nous pousse à la questionner et à en être curieux …

Par ailleurs, j’ai le plaisir de vous annoncer que mon premier article écrit conjointement avec Sophie Tremblay est retenu par l’équipe de la revue, Hier encore, du Centre de recherche des archives de l’Outaouais (CRAO). L’article, Les bâtisseurs de l’Outaouais : Robert Conroy, paraîtra en février 2015. Je souhaite personnellement qu’il soit aussi le premier d’une série au sujet des bâtisseurs de l’Outaouais. Ce dernier porte sur Robert Conroy d’Aylmer et de son rôle dans le développement économique de la région au 19e siècle. C’est aussi avec plaisir que je vous lance une invitation pour une causerie au sujet de la famille Conroy d’Aylmer que je prépare pour l’Association du patrimoine d’Aylmer (APA). C’est alors un rendez-vous, le 16 novembre 2014 à 14 heures au musée d’Aylmer situé au 495, chemin d’Aylmer à l’angle du chemin du Golf. Vous pouvez réserver pour cette activité en appelant à l’APA au 819-684-6809.

Merci de me suivre,

Lynne Rodier

lynnerodier@gmail.com

King: Discovering the Ottawa Valley’s lost steamship route and railway (with video)

King: Discovering the Ottawa Valley’s lost steamship route and railway (with video)

L’histoire du rail en Outaouais est assez particulier. Un des premiers chemins de fer a été construit dans la région et le mode de locomotion est le cheval. L’article suivant nous amène à l’époque où Aylmer est un des centres de transbordement les plus importants au Canada. Il y a peu de traces de ce patrimoine rappelant la place de l’Outaouais dans l’histoire ferroviaire au Canada…

Ottawa Citizen

Trapped in time, forgotten in the woods 70 kilometres north of Ottawa, lies the dream of a steamship route along the Ottawa River.

For centuries, tribes of the First Nations used the Ottawa River as a major trade route, but with the advent of the steamship in the 1800s, a bold new plan was conceived to cut through the undeveloped wilderness of the Ottawa Valley. It would use a system of canals and portage railways to deal with the many waterfalls and rapids on the way to Lake Nipissing and Georgian Bay.

But as locomotives and roads opened the vast wilderness of the Upper Ottawa Valley, these grand plans of utilizing the Ottawa River as a steamship conduit between Ottawa and the Great Lakes would be discarded.

Chat Falls

Prior to the construction of the dam and power-generating station at Chats Falls in 1932, the northern end of Lac Deschenes offered a…

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Brève histoire du secteur Deschênes, Gatineau

Brève histoire du secteur Deschênes, Gatineau

1. TROIS PORTAGES SUR LA ROUTE DU COMMERCE

L’histoire du secteur Deschênes à Gatineau est intimement liée à la rivière des Outaouais. Elle remonte au moment où le site est un lieu de passage imposant, Deschênes étant le dernier des trois portages des Chaudières exigeant de débarquer des embarcations, de charger la marchandise et de marcher sur les sentiers étroits longeant la rivière des Outaouais. Les débarquements se font habituellement de la rive nord de l’Outaouais, car elle est avantagée par la direction des vents dominants et le courant de la rivière. En remontant la rivière, les trois portages sont le « Portage du bas » à la chute des Chaudières, le « Portage du milieu » qui est surtout le sentier escarpé longeant les rapides de la petite Chaudière et le « Portage du haut» aboutissant au léger promontoire au-dessus des rapides Deschênes. Le sentier du « Portage du haut » exige des voyageurs de contourner les rapides Deschênes en ligne droite sur une distance d’environ 200 pas[1]. « Ils s’arrêteront au pied ou à la tête de sentiers de portage ou, plus tard, dans les postes de traite qui sont généralement situés près d’embouchures de rivières ou de sentiers de portage[2]. »

2. LA PÉRIODE DU SYLVICOLE

À la fin de la période sylvicole, le site du « Portage du haut » est aussi favorable à l’occupation des regroupements familiaux durant la saison estivale. Il y a sûrement plusieurs familles des nations algonquines qui s’y arrêtent pendant la période de grands rassemblements et de commerce. Le « Portage du haut » est connu de tous les voyageurs naviguant sur la rivière des Outaouais. La difficulté de ce portage amène le voyageur à prendre un moment de répit, avant ou après le portage, car les efforts exigent de surmonter des obstacles naturels dressés en aval ou d’entreprendre les 95 kilomètres en amont sur les eaux calmes de la rivière des Outaouais jusqu’aux rapides des Chats[3]. En plus du commerce, la population amérindienne établie sur les lieux pratique l’agriculture derrière une mince bande marécageuse se mettant ainsi à l’abri des passants sur la rivière[4].

3. LE TOPONYME « DESCHÊNES »

À la période des contacts avec les Européens, le site du village de Deschênes est toujours un lieu d’arrêt imposé par la géographie de la rivière des Outaouais. « Lieu de portage millénaire de la rivière des Outaouais, sis sur l’axe de circulation principal des explorations de l’Amérique du Nord et du commerce des fourrures, le portage de Deschênes est inscrit dans la topographie du Canada depuis 400 ans[5]. » L’histoire attribue au chevalier de Troyes l’origine du toponyme « Deschênes » lors de son passage aux rapides en 1686. Ce commandant de l’expédition d’Iberville remarque la qualité des chênes de l’endroit[6] et il nomme alors le lieu « portage des Chênes »[7]. Contrairement au toponyme « des Cèdres », la graphie Deschênes sera modifiée pour se conformer à un patronyme longtemps associé aux pelleteries[8] et à la présence de la famille Miville-Deschênes dans le secteur depuis le 17e siècle[9]. Ces derniers sont toujours des commerçants dans la région au 19e siècle[10]. Le nom « Deschênes » n’est jamais traduit par le mot Oak de langue anglaise depuis le début de la colonisation britannique en Outaouais[11]. Enfin, « la Commission de la toponymie n’a pas diffusé de renseignements sur l’origine du nom, sa signification ou sur la raison pour laquelle on a attribué le nom « Deschênes » au lieu, soit parce qu’elle n’a pas l’information en main, soit parce que son programme de diffusion ne lui a pas encore permis de le faire[12]. » Les deux origines possibles et homophones du toponyme (couverture forestière et patronyme) confirment l’importance du lieu comme point de transit sur la route du commerce des pelleteries sur la rivière des Outaouais.

4. LA FOURRURE, LE BOIS, L’HYDROÉLECTRICITÉ

a) Le poste de Deschênes

C’est à travers le Fonds de la famille Conroy qu’on constate qu’au début du 19e siècle, le commerce des fourrures demeure l’activité économique principale profitant de la présence amérindienne dès le printemps[13]. En fait, « en 1802, les premiers explorateurs, des missionnaires et des commerçants de fourrures, s’installent dans la région[14]. » Aussi, il y a la confirmation de plusieurs magasins ou d’entrepôts, en plus du poste de traite en activité près des rapides Deschênes depuis 1821[15]. À la fusion des deux grandes compagnies de fourrure, la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH) et la Compagnie du Nord-Ouest (CNO), le commerce des pelleteries délaisse ses opérations de Montréal pour les postes de traite de la baie d’Hudson. Désormais ouverts aux traiteurs indépendants du Bas‐Canada[16], les environs de la chute des Chaudières voient alors l’arrivée de nombreux marchands. À cet effet, nous pouvons lire ce passage dans History of Old Bytown : « We shall endeavour to mention some of the old stock of British extraction, that were among the first pioneers old Norwester Cork, and Mr. Conroy, of old Bytown, these two came here in 1826. E. (Edward) McGillivray and his brother (Murdoch) came in 1835[17]. » Il est aussi à l’avantage des traiteurs indépendants de maintenir la présence amérindienne sur un site d’échange et de commerce[18]. Les marchands veillent ainsi à entretenir leurs relations commerciales avec les trappeurs et les chasseurs des environs.

La période 1830-1850 est peu documentée. Nous pouvons cependant confirmer que le territoire est en transformation par son développement économique dans la région de l’Outaouais. « La compétition intensive des marchands indépendants dura une dizaine d’années jusqu’à ce que la CBH jugea préférable de réorienter l’administration et l’exportation des fourrures à Montréal, d’où son entrepôt et le bureau‐chef et la résidence du gouverneur de la Compagnie, George Simpson, à Lachine en 1830[19]. » Au poste de Deschênes, la présence du marchand indépendant, Ithamar Day, un ancien de la CNO, indique déjà une occupation aux rapides Deschênes en 1821. Selon les sources, nous savons qu’il y a eu à Deschênes, entre 1830 et 1850, au moins une ferme, une scierie, une filature, un magasin et un canal[20].

b) L’essor du commerce du bois

À partir de 1850, les activités de l’industrie du bois s’organisent dans la région. « Le commerce des fourrures, qui connaît son apogée sur l’Outaouais vers 1850, disparaît peu à peu, ruiné par la montée du mouvement de colonisation et le développement de l’industrie du bois[21]. » Aux rapides Deschênes, la première scierie est modernisée et une deuxième se spécialise en bois de sciage dès 1869[22]. Le site du village est alors mieux connu sous le nom de Deschênes Mills[23]. La modernisation de l’agriculture et des scieries contribue à l’essor des Conroy à Deschênes. Cependant, le feu emporte les scieries et les premiers moulins dans les années 1890[24]. Le journal local mentionne la présence de 200 ouvriers qui, pour plusieurs, habitent dans le village avec leur famille[25]. Par la suite, la relance des installations contribue à accélérer la croissance de Deschênes Mills. Les ouvriers et les artisans s’installent sur le côté ouest de la rue Principale, encouragés par les activités industrielles.

c) L’or bleu aux rapides Deschênes

À la fin du 19e siècle,l’instabilité du marché du bois n’encourage pas à réinvestir dans la construction des scieries. Il s’y élève plutôt deux centrales hydro-électriques : la Deschenes Electric Company et la Hull Electric Company. « Initialement produite à partir de charbon, l’électricité trouvait en la force hydraulique une source d’énergie primaire à très bon marché qui allait progressivement lui permettre de remplacer la machine à vapeur au sein du système productif [26].» La Deschênes Electric Company produit l’électricité nécessaire à l’éclairage des rues d’Aylmer et de divers bâtiments de la région. Une deuxième centrale, la Hull Electric Company, est construite dans le but d’alimenter le réseau des tramways électriques. La production étant accélérée, le chemin de fer et les tramways électriques de la Hull Electric Company facilitent le transport des biens et des personnes vers les usines près des rapides Deschênes.

d) La raffinerie de nickel

Le site du village de Deschênes devient le deuxième lieu d’importance industriel dans le canton de Hull[27] à la suite de l’ouverture de la British American Nickel Corporation en 1916, construite au coût de plus d’un million de dollars[28]. « C’est au cours de la Première Guerre mondiale que Deschênes connaît une explosion démographique avec l’implantation d’une usine de raffinage de nickel qui attire des centaines d’ouvriers[29]. » À la fin de la Grande Guerre, Mackenzie King[30] ordonne la fermeture définitive et le démantèlement de l’usine[31]. Jusqu’à maintenant, nul ne connait les raisons qui ont motivé le premier ministre à ordonner directement la démolition de cette usine moderne qui était bien en vue à l’époque : « The production of refined metal from the completed plant on a scale hitherto unknown to Canada[32]. » Les ruines de l’usine sont apparentes jusqu’en 1985, compromettant l’usage de ces terrains et leur développement[33]. Un quartier résidentiel est maintenant construit sur ce site.

CONCLUSION

Enfin, l’ancien village de Deschênes s’incorpore en 1920 et en 1922[34]. La fermeture définitive de l’usine contribue à la disparition graduelle de ce milieu industriel jadis prospère. « En face de cette démolition inutile d’une usine en bon état, le conseil municipal entreprend des démarches pour conserver la cheminée et la partie principale des bâtiments qui pourrait attirer et servir à une autre industrie[35]. » De plus, la paroisse catholique Saint-Médard est promulguée en 1923. « Pour aider la paroisse naissante et pour lui économiser le coût de la construction d’une église, par l’entremise de son surintendant, Bob Adams, la compagnie British North American Nickel, qui venait de cesser ses opérations de raffinerie, cède une maisonnette désaffectée, recouverte de papier goudronné, qui avait servi de bureau à ses employés[36]. » Le village se transforme alors en milieu de villégiature pour ensuite s’intégrer de façon définitive à la banlieue à la suite de la Deuxième Guerre mondiale. Finalement, Deschênes est fusionné à la ville d’Aylmer en 1975[37] et l’ancien village est maintenant un quartier de la ville de Gatineau depuis la fusion municipale de 2001.

Bibliographie

[1] T.W. Edwin Sowter, «La Grande Route de l’Outaouais», Asticou, Revue d’histoire de l’Outaouais, cahier no 34, Juillet 1986, p. 10. Traduction de l’article de Sowther par Ephrem Boudreau, «The Highway of the Ottawa», Paper and Records of the Ontario Historical Society, Griffin & Richmond Co. Ltd, Pinter, Hamilton (Canada), 1915.

[2] Ville d’Aylmer. Symmes Landing, Recherche historique et évaluation patrimoniale du site de Symmes Landing situé dans la ville d’Aylmer, comté de Hull. Direction du patrimoine du ministère des Affaires culturelles (Québec) et la division des Affaires publiques de la Commission de la Capitale nationale (Ottawa), 1983, p. 4.

[3] Ibid.

[4] Pendant l’été 2013, des tessons de poterie amérindienne ont été trouvés lors des fouilles archéologiques sur le site du Portage du haut à Deschênes. Ces tessons prouvent que les environs des rapides Deschênes comptaient une population semi-sédentaire.

[5] Guitard, Quartier de Deschênes, ÉNONCÉ D’IMPORTANCE ET HISTORIQUE, p. 3. En ligne – Vive-Deschênes – http://www.vive-deschenes.ca/resources/Énoncé%20historique%20Deschênes%20-%20Guitard%202012.pdf

[6] Lucien Brault nomme le territoire Des-Chênes et il explique que le nom des rapides Deschênes « vient du fait que de nombreux chênes y poussent sous le régime français selon le chevalier de Troyes en 1686 » et il ajoute que les Algonquins nomment l’endroit « Miciminj » qui veut dire « là où pousse le chêne ». Lucien Brault, Aylmer d’hier / of Yesterday, Institut d’histoire de l’Outaouais, Aylmer, Québec, page 233. Chad Gaffield utilise aussi cette source pour confirmer le nom des rapides. Tous les historiens subséquents persistent à utiliser la référence de Louis Taché. Gaffield, L’histoire de l’Outaouais, p. 97. Par ailleurs, Michelle Guitard spécifie la source de ce récit : Pierre de Troyes, dit chevalier, Journal de l’expédition du chevalier de Troyes à la Baie d’Hudson en 1868, Édition et introduction de Ivanhoe Caron, Beauceville, 1918, p. 32. Guitard, Quartier de Deschênes, p. 15. L’ensemble de ces sources réfère à la description de Louis Taché dans le Nord de l’Outaouais, page 205. Il y a cette impression que ce fait est acquis et qu’il ne fait pas objet de contestations ou de revendications depuis 1938.

[7] Lionel Groulx, « L’expédition du Chevalier de Troyes, en 1686, à la baie d’Hudson », L’Action nationale, avril 1941, p. 278. Disponible en ligne à la BAnQ http://bibnum2.banq.qc.ca/bna/actionnationale/src/1941/04/04/1941-04-04.pdf (Consulté le 10 juillet 2013).

[8] Il y a des Miville-Deschênes qui vivent à Deschenes Mills à la fin du 19e siècle. De plus, la famille Miville-Deschênes est active dans la traite des fourrures en Outaouais au début du 19e siècle. Voici ce que nous explique Michael Newton à ce sujet : « Les frères Miville connaissaient bien ce genre de commerce. Avant son arrivée à la Petite-Nation en 1820, Joseph Miville avait dirigé un hôtel-pension situé au 3, rue des Jardins à Québec, où il était connu comme «cantinier»! (…) Joseph Miville avait protégé son investissement en exploitant des tavernes ou cantines des deux côtés de la rivière, à Bytown et à Hull. » Dans Newton, La maison Charron, p. 12-14.

[9] À ce sujet, nous pouvons retenir les traces de Jacques Miville-Deschênes, négociant de pelleteries et seigneur du fief des Chesnes à La Pocatière au 17e siècle. « Jacques Miville, qui pour la première fois utilise le titre de sieur Deschênes, on ne sait pourquoi (…)» est le deuxième fils de Pierre Miville dit le Suisse, un négociant canadien fort connu dans les cercles du commerce des fourrures. Raymond Ouimet, Pierre Miville – Un ancêtre exceptionnel, Les Éditions du Septentrion, 1989. Cet auteur ajoute : « Jacques Miville, sieur Deschênes, utilise « sieur Deschênes » pour la première fois dans le contrat de mariage avec Catherine de Baillon qui est « Issue d’une famille noble – ce qui pouvait renforcer le statut des Miville en Nouvelle-France. » Dans Ouimet, Pierre Miville, p. 85-87. De plus, vu que les marchands de fourrure laissent peu de traces de leurs affaires commerciales, nous ne pouvons qu’en déduire que ces marchands négocient à des endroits spécifiques où il leur est facile d’intercepter le transport fluvial. Dans Michel Filion, « La traite des fourrures au XVIIIe siècle : essai d’analyse statistique et d’interprétation d’un processus », Histoire sociale/Social History, vol. 20, no 40 (novembre 1987).

[10] Michael Newton. Some notes on Bytown and the fur trade, The Historical Society of Ottawa. Bytown Pamphlet Series. No 5,  1991, p. 7. Michael Newton. « La maison Charron: Symbole d’une vision contrariée ». Outaouais, Le Hull disparu, Institut d’histoire régionale de l’Outaouais, 1982, p. 12.

[11] Si l’hypothèse « des Chênes » était retenue, il aurait alors été étonnant de le voir se perpétuer dans son usage au début du 19e siècle. Le mot chênes aurait alors eu l’avantage d’être traduit à « Oak » comme ce fut le cas de « Oak Bay » en Gaspésie. Bien que l’orthographe du mot cause des problèmes orthographiques au début du 19e siècle, l’ensemble des textes de langue anglaise consultés le maintient en un mot « Deschênes ».

[12] Commission de la toponymie, Deschênes, Portail Québec, Gouvernement du Québec, Québec, dernière mise à jour : juin 2013, http://www.toponymie.gouv.qc.ca/CT/toposweb/fiche.aspx?no_seq=72388 (Consulté le 17 juillet 2013)

[13]   La déposition de Murdoch McGillivray en 1857, mentionne la présence amérindienne sur les dites terres de la partie ouest du lot 15. BAnQ, P 154, D1, Déposition de Murdoch McGillivray signée en 1857. Gard écrit : « All along this part of Lake Deschenes is full of indications of the early people who lived here, possibly ages before the first white man saw these beautiful waters. Aylmer’s noted scientist, Mr. T. W. Edwin Somer, has given years of study to the Lake, with the result that he has made it famous throughout the scientific world, for the many relics he has discovered or encouraged others to hunt out. He has written largely of these relics « Archaeology of Lake Deschenes, » being the most important as bearing upon this particular locality » dans Gard, Pioneers of the Upper Ottawa, 1909.

[14] Pierre Malo, « Aylmer, une ville jalouse de sa beauté », Continuité, no 69, 1996, p. 36.

[15] Archives de l’Ontario, Plan of R 1, c-IV, Nepean, lot 30, con 1 (of), tiré de Elliot, The City Beyond, p. 11 ; BAnQ, P154, D1, Déposition de Murdoch McGillivray signée en 1857; Newton, Some notes on Bytown and the fur trader, p. 9 ; Guitard, Quartier de Deschênes, p. 16. Au sujet du plan du canton de Nepean, Elliot commente : «  Captain Andrew Wilson, an eccentric naval officer, drew this map to illustrate a land petition in 1831. Note – « The Chaudiere development at « Nepean Point » to the left and, to the right, Le Breton Mill and residence at Britannia. Across the river is Day and McGillivray’s store and fur post at Deschênes Rapids ». Il reste toujours à trouver les traces ou les écrits au sujet du poste de traite aux rapides Deschênes.

[16] Guitard, Quartier de Deschênes, p. 8.

[17] Andrew Wilson, « A history of old Bytown and Vicinity, now the City of Ottawa. » Daily News, 1876, p. 67. Copie Numérisée – A history of old Bytown and Vicinity, now the City of Ottawa .

[18] BAnQ, P 154, S3, D1/1, Déposition faites par Charles Symmes et par Murdoch McGillivray, à Aylmer, 1er juin 1857 ; Arthur Buies, L’Outaouais supérieur,Québec, 1889, pages 273-280 – Version numérique – BAnQ http://collections.banq.qc.ca/bitstream/52327/2022419/1/174229.pdf ; Newton, « Some notes on Bytown and the fur trade », p. 8.

[19] Guitard, Quartier de Deschênes, p. 16.

[20] LabMIT, Le quartier Deschênes: une vision d’avenir enracinée dans son histoire et sa géographie, p. 25 ; Guitard, Quartier de Deschênes, p. 18 ; Miller, Day, Charles Dewey; Gaffield, Histoire de l’Outaouais, p. 221. Joseph Bouchette mentionne qu’il y a une scierie aux rapides Deschênes en 1832 dans Bouchette, Dictionnaire topographique de la province du Bas-Canada, 1832.

[21] Pierre-Louis Lapointe, « Géographie, histoire et définition d’une identité régionale : le cas de l’Outaouais », Histoire Québec, vol. 11, n° 2, 2005, p. 7.

[22] Guitard, Quartier de Deschênes, p. 20 et dans le Nord de l’Outaouais, Taché ajoute : « Quelques citoyens se souviennent encore sans doute du moulin Conroy à Deschênes construit en 1870, du moulin à farine situé au même endroit et dont il ne reste plus que quelques vestiges », p. 206-207.

[23] Deschênes Mills est inscrit de cette façon dans la liste des biens de R & W Conroy en 1883. BAnQ, P154, D8, Schedule and Evaluation of R & W Conroy’s Real Estate, Mill property and Timber Limits, 30th November 1883.

[24] Guitard, Quartier de Deschênes, p. 25.

[25] Guitard, Quartier de Deschênes, p. 25. Michelle Guitard ajoute dans les notes : «Deschênes sawmill burnt by lightning», dans le journal Equity. Elle explique que l’article est une reproduction d’un journal qui lui a été envoyé donnant la date suivante : July 13th, 1890. Madame Guitard ajoute au sujet de la date de l’incendie des scieries : « Ce n’est pas possible à cause du contenu qui fait référence à la ligne de la Hull Electric. Il faut donc que ce soit après 1896. La personne qui m’a envoyé cette référence est à l’extérieur du pays. Donc à vérifier plus tard. »

[26] Claude Bellavance, « L’État, la « houille blanche » et le grand capital. L’aliénation des ressources hydrauliques du domaine public québécois au début du XXe siècle », Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 51, no 4, 1998, p. 495.

[27] Charles E. Goad, « Sheet 200, Dechènes, Que., January 1903, revised to May 1908, [scale 1:6 000] », Hull & Vicinity, Que., January 1903, revised May 1908. Mai 1908, Toronto ; Montréal. En ligne, Bibliothèque et Archives Canada, # Mikan 3823774 http://collectionscanada.gc.ca/pam_archives/index.php?fuseaction=genitem.displayItem&lang=eng&rec_nbr=3823774&rec_nbr_list=4137739,3821551,3855183,3827571,3820161,3824226,3823774,3934773,3855189,3855201 (Consulté le 17 juillet 2013).

[28] Toronto World, Big Nickel and Copper Plant to be built in Deschenes, May 17 1918, Ottawa. http://news.google.com/newspapers?nid=22&dat=19180517&id=_G0DAAAAIBAJ&sjid=nykDAAAAIBAJ&pg=5590,4705274 .

[29] Goad, Dechènes, Que.

[30] Brault, Aylmer d’hier, p. 236. L’auteur écrit qu’en réaction à la volonté du conseil municipal de Deschênes de revitaliser l’usine en 1923, Mackenzie King s’y oppose et donne l’ordre : «  Tear it down ». Madame Guitard suggère qu’une étude plus approfondie pourrait être pertinente quant à l’origine de la raffinerie et au contexte de la fermeture définitive de ce complexe moderne industriel par le Premier Ministre du Canada. Guitard, Quartier de Deschênes, p. 23. Il faudrait alors plonger dans le fonds William Mackenzie King, lequel comprend 316 mètres d’archives textuelles. Bibliothèque et archives du Canada, Fonds William Lyon Mackenzie King, 1815-1969, http://www.collectionscanada.gc.ca/pam_archives/public_mikan/index.php?fuseaction=genitem.displayItem&lang=fre&rec_nbr=98362

[31] Ibid.

[32] Ibid.

[33] Guitard, Quartier de Deschênes, p. 23.

[34] Ibid. De plus, Manon Leroux explique aussi que l’usine ferme ses portes l’année suivant la promulgation de la paroisse Saint-Médard en 1923. Selon ces propos, l’usine ferme de façon définitive en 1924.

[35] Brault, Aylmer d’hier, p. 236.

[36] Ibid. p. 238.

[37] Ville d’Aylmer, Aylmer, Un passé riche, Un avenir prometteur, Juin 1989, p. 13.