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William Jackson Conroy et l’hydroélectricité aux rapides Deschênes

William Jackson Conroy et l’hydroélectricité aux rapides Deschênes

Par Lynne Rodier et Sophie Tremblay

La région de l’Outaouais s’est construite grâce à l’audace et à l’esprit d’entreprise de grands bâtisseurs. Le village de Deschênes, aujourd’hui annexé au secteur Aylmer de la ville de Gatineau, a été particulièrement influencé par la famille Conroy. Tout d’abord, le prospère marchand de bois, Robert Conroy, y laisse sa trace par l’achat et par l’exploitation de l’ensemble des propriétés et des moulins situés sur le site de Deschênes entre 1857 et 1860. Sa veuve, Mary McConnell, prend la relève des affaires de son époux en 1868. Elle modernise la scierie, en construit une deuxième et amène le rail près des usines.

e011160356 À la suite de leurs études à l’université McGill de Montréal, leurs fils, William Jackson et Robert Hugues Conroy, développent de nouvelles technologies dans la forge de la scierie familiale. William Jackson gradue en ingénierie en 1883 . Il se spécialise dans les mécanismes rotatifs tel qu’en fait foi le brevet du prototype de la moissonneuse-batteuse, assemblé à la forge de Deschênes, qu’il obtient en 1889. La Combined Harvester and Tresher est tirée par cinq chevaux. Elle est surtout utilisée au Manitoba jusqu’au début du 20e siècle, mais, malheureusement, le moteur à vapeur la rend rapidement désuète. Par contre, le brevet sur le mécanisme rotatif est essentiellement le même encore aujourd’hui. W. J. Conroy s’intéresse aussi à l’hydroélectricité. Les rapides Deschênes deviennent pour son frère et pour lui un lieu d’innovation et de manipulation des technologies du courant électrique .

"CONROY'S COMBINED HARVESTER & THRESHER", Aylmer 1890-1925 Photo - Association du patrimoine d'Aylmer
« CONROY’S COMBINED HARVESTER & THRESHER », Aylmer 1890-1925
Photo – Association du patrimoine d’Aylmer

Avènement de l’hydroélectricité en Outaouais
Ayant assisté à la démonstration des possibilités de l’éclairage artificiel provenant des lampes à arc à partir d’un courant électrique à l’exposition universelle de Paris de 1878, L. A. Craig en fait une première utilisation à Montréal. Il démontre alors que l’énergie électrique peut remplacer l’énergie mécanique. En fait, à ses débuts, l’usage de l’électricité se limite surtout à l’éclairage. L’année suivante, Thomas Edison, l’inventeur américain, met au point la lampe à incandescence révolutionnant ainsi l’usage de l’hydroélectricité et du mode de vie nord-américain.
À la même époque, le déclin de la réserve de pins blancs en Outaouais crée un climat propice à la diversification de l’économie régionale. Ce sont des investisseurs locaux qui harnachent le potentiel hydraulique de la rivière des Outaouais et de ses affluents. Dès lors, les barons du bois deviennent des actionnaires imposants qui financent le développement hydroélectrique dans la région. D’ailleurs, la cité de Hull demeure le troisième centre urbain en importance au Québec jusqu’en 1921.

L’électrification de la E. B. Eddy dans l’Outaouais
Dans le domaine industriel, l’hydroélectricité révolutionne les modes de production et de transformation en Outaouais. La compagnie E. B. Eddy, située à la chute des Chaudières, agit rapidement en tant que précurseur, sachant profiter de la demande de la pâte de bois et du papier aux États-Unis. Cette compagnie est d’ailleurs l’un des premiers manufacturiers au monde à utiliser l’électricité pour faire fonctionner son imposante machinerie et pour éclairer ses usines.
Pendant les deux dernières décennies du 19e siècle, E. B. Eddy consolide ses activités industrielles. En 1886, il se lance dans la fabrication de la pâte mécanique. Trois ans plus tard, Eddy érige une centrale électrique d’une puissance inégalée de 4400 kW pour la production de la pâte chimique . Entre 1890 et 1895, l’entreprise se dote de cinq machines productrices de papier. Eddy fait appel aux Conroy pour alimenter en électricité la production de sulfites et de papier brun . Il cherche aussi à régulariser la fluctuation du niveau de l’eau qui immobilise ou surcharge les turbines. À la fin de l’été, le faible débit de la rivière impose l’usage du charbon pour alimenter en énergie la machinerie ou exige la fermeture temporaire de certaines machines. L’apport de la centrale de Deschênes semble alors une alternative intéressante pour la E. B. Eddy. Par contre, cette situation devient un grand défi d’ingénierie pour William Jackson Conroy, sa famille et les actionnaires de ses entreprises.

William Conroy, 1871 Source : Bibliothèque et Archives Canada, e010940415,
William Conroy, 1871
Source : Bibliothèque et Archives Canada, e010940415,

Début de l’électricité aux rapides Deschênes
Situé à mi-chemin entre la cité de Hull et la ville d’Aylmer, Deschênes, le deuxième centre industriel en importance dans la région, après les Chaudières, appartient à la famille Conroy d’Aylmer. Celle-ci détient un bail sur le pouvoir de l’eau qui alimente la meunerie, l’élévateur à grain et les deux scieries aux rapides Deschênes. En 1882, Robert H. Conroy, aussi avocat et marchand de bois, R. H. Sayer, E. Symmes, R. T. Ritchie et James McArthur forment la compagnie Ball Electric et, en 1885, ils construisent une petite centrale hydraulique aux rapides Deschênes . Cette centrale éclaire la ville d’Aylmer 300 soirées par année à l’aide de lampes à arc .
En 1894, Ball Electric utilise des dynamos actionnées par la charge d’électricité et diverses machineries nécessaires au transport de l’électricité . Les Conroy, plus particulièrement l’ingénieur, William Jackson, s’entourent d’hommes d’affaires de la région qui assurent le financement du développement d’un réseau de transport de l’énergie électrique en Outaouais. Dès 1895, la centrale de Deschênes démontre qu’elle a le potentiel de combler les demandes des services publics et des industries locales.

Hull Electric Company (1896-1946)
En 1891, la ville d’Ottawa inaugure ses services de tramway électrique, soit un an avant Montréal. La ligne de la Ottawa Electric Railway Company maintient son service en hiver, ce qui est du jamais vu en Amérique du Nord. Alors, la cité de Hull lui emboîte le pas. Elle accorde l’exclusivité du service à la Hull Electric Company (HEC), incorporée par charte provinciale (Victoria 58, chapitre 69) le 12 janvier 1895 . William Jackson Conroy et Edward Seybold proposent l’achat du courant de leur centrale de Deschênes et ils en viennent à une entente qui les mène à devenir les actionnaires principaux de la HEC. L’année suivante, les Conroy convertissent cette centrale mécanique en centrale hydroélectrique après l’incendie de leurs scieries. Une partie de cette production hydroélectrique est, en outre, promise par contrat à la HEC.

B0038 Par cette entente, l’électrification des transports voit le jour en Outaouais en 1896. La HEC obtient aussi un contrat d’exclusivité de 35 ans pour l’éclairage, le chauffage et le service aux résidences de Hull, d’Aylmer, de Deschênes et de Hull-Sud . Par ailleurs, la propriété des Conroy est déjà traversée par deux voies ferrées appartenant à la compagnie du Canadien Pacifique. Cette dernière leur loue et, ensuite, leur vend la voie secondaire qui relie Hull à Aylmer par voie ferrée. Ainsi, la Hull Electric Railway Company s’installe à Deschênes. Enfin, pour compléter le parc immobilier de cette compagnie de tramway, les Conroy vendent une part du terrain de la Deschênes Bridge Company, où se situe d’ailleurs la centrale hydroélectrique, à la HEC et y installent un garage à wagons de tramway . En 1897, la HEC accroît de 50% la puissance hydroélectrique de la centrale et, par ce fait, double sa capacité de production.

13926018926_35c89ff701_m En 1898, les premiers tramways circulent entre Hull et Aylmer en partance du hangar et du garage situés sur la voie secondaire du Canadien Pacifique, traversant ainsi le sud de la propriété des Conroy à l’angle du chemin Vanier. Deux ans plus tard, la HEC cherche à rentabiliser ses installations le dimanche. Elle prolonge donc le rail du tramway électrique jusqu’au parc des Cèdres, à Aylmer, où les Conroy exploitent un parc d’attractions, Queen’s Park.

"THE CHUTE, QUEENS PARK" (1905) Deschênes Electric Company (1896-1946)
Le 6 mai 1897, les Conroy obtiennent une lettre patente de la Couronne qui leur accorde le plein droit du pouvoir de l’eau profonde qui entrecoupe l’île Conroy et la propriété familiale sur la rive . La centrale de la Deschênes Electric Company produit déjà une puissance de 2300 kW. Cette centrale a deux passages de transmission hydroélectrique indépendants et autonomes, dont un est réservé en exclusivité à la Hull Electric Company. La Deschênes Electric, de son côté, détient les droits de service sur la propriété et sur la deuxième ligne de transmission de l’électricité. Cette dernière se spécialise donc dans la transmission et la distribution de l’électricité.

Centrales hydroélectriques, Rapides Deschênes. Association du patrimoine d'Aylmer
Centrales hydroélectriques,
Rapides Deschênes.
Association du patrimoine d’Aylmer

La Deschênes Electric innove en reliant la centrale par un nouveau réseau de lignes de transport qui traverse les fils de transmission par câbles submergés sous la rivière des Outaouais ce qui lui permet de transmettre de l’électricité au Russell House, un luxueux hôtel situé sur la rue Elgin, à une distance de marche de la colline parlementaire d’Ottawa . Sa concurrente, la Ottawa Electric Company, utilise son influence politique pour empêcher que la production hydroélectrique du Québec traverse la rivière des Outaouais, même si celle-ci a un pied à terre dans la cité de Hull jusqu’en 1950 .

Russel House, Ottawa, Ontario
Russel House,
Ottawa, Ontario

En 1893, les premières lignes à courant alternatif font leur entrée sur le marché de la distribution de l’électricité. « La tension de ce type de courant pouvait être augmentée ou diminuée à volonté grâce à l’utilisation d’un appareil peu coûteux, le transformateur.» En 1900, W. J. Conroy veut transporter de plus lourdes charges de courant électrique sur une plus longue distance. Il projette de maximiser la puissance hydroélectrique de la centrale en utilisant la turbine-alternateur verticale Trump qui est bien adaptée aux petites centrales à débits particulièrement variables, au canal de fuite plus restreint et aux exigences de la transmission hydroélectrique. Cette turbine-alternateur a déjà fait ses preuves dans les papetières des pays scandinaves .
Dans le même ordre d’idées, faisant preuve de prouesses d’ingénierie, Conroy introduit un système de transmission à haute tension qui est peu testé à l’époque au Canada pour répondre, entre autres, aux besoins de la compagnie E. B. Eddy qui commande 6000 kW à être livré de Deschênes jusqu’aux moteurs de ses usines à Hull, soit sur une distance de 10 km . La charge électrique dont doit disposer la compagnie hulloise pour faire tourner certaines machines est de plus de 800 chevaux-vapeur pour chacune d’entre elles. Un plus faible voltage est aussi nécessaire pour l’éclairage continu des installations. Ces particularités techniques exigent alors des charges électriques d’une intensité variable, soit lourdes ou faibles, qui peuvent compromettre le rendement et l’efficacité de la centrale hydroélectrique. La Deschênes Electric prévoit aussi emmagasiner l’électricité afin que l’énergie soit disponible en tout temps pour un usage immédiat lorsque Eddy en fait la demande. De plus, Conroy envisage d’installer de nouveaux équipements produisant un courant alternatif triphasé . Ce type de moteur par induction prévu sera adopté au Québec en 1906. Conroy devra travailler d’arrache-pied pour convaincre E. B. Eddy de la fiabilité de ces nouvelles technologies, qui sont encore utilisées de nos jours dans le transport de l’hydroélectricité.
À la suite du grand feu de la ville de Hull, le 23 mai 1900, c’est la catastrophe sur l’ensemble du site industriel de la chute des Chaudières; la compagnie E. B. Eddy est impatiente de reprendre ses opérations et exige la livraison immédiate de 700 chevaux-vapeur. Les Conroy doivent donc installer rapidement des génératrices supplémentaires afin de satisfaire à la demande de livraison pour le 1er septembre 1900.
L’expansion rapide et coûteuse de la Deschênes Electric pour honorer ce contrat comporte de trop grandes exigences financières pour les frères Conroy. Ils doivent malheureusement liquider plusieurs de leurs actifs immobiliers faisant partie du patrimoine familial, dont l’hôtel British d’Aylmer, afin de sauvegarder leur place dans l’exploitation de l’hydroélectricité. Malgré tous leurs efforts, la faillite devient inévitable.
L’année suivante, soit en 1901, Robert Hugues Conroy, le partenaire d’affaires principal et frère de W. J., décède. Cette perte entraînera une restructuration de l’entreprise R & W Conroy par la venue de leur soeur, Ida, et de son mari, J. M. Shanly, de Montréal.

Capital Power Company (1901-1926)
Par la suite, c’est la Capital Power Company qui prend la relève de la Deschênes Electric Company et qui achève les travaux de la ligne de transmission de la E. B. Eddy. En 1901, elle obtient les droits de propriété du pouvoir de l’eau aux rapides Deschênes de la Deschênes Electric Company. Par contre, cette entente exclut ce qui a été établi par contrat avec la Hull Electric Company . Par ailleurs, en échange de l’ensemble de la propriété où se situent les industries et la centrale de Deschênes, W. J. Conroy reçoit 100 000 fonds d’action dans cette compagnie.
La Capital Power Company s’associe à la Pontiac Power Company, compagnie pour laquelle W. J. Conroy détient toujours les droits sur le pouvoir de l’eau aux rapides du Grand-Calumet, près du village de Bryson, dans le Pontiac, au Québec. En fait, W. J. Conroy possède 83 % des fonds d’action de cette compagnie qui est également propriétaire des pouvoirs de l’eau à la chute des Chats, sur la rive nord de la rivière des Outaouais .
Cependant, les aspirations de W. J. Conroy ne s’arrêtent pas là. Lui et son beau-frère, J. M. Shanly, proposent l’ajout de nouvelles installations sur le côté est de l’île du Grand-Calumet. Ces travaux sont évalués à 485 000$ . Le site ne nécessite qu’un petit barrage et une vanne d’évacuation longue de 2000 mètres, réduisant ainsi les frais de construction. Ce barrage a la capacité de fournir la ressource hydroélectrique aux industries et aux mines ainsi que de pourvoir, à bon prix, des services publics pour les localités environnantes. Malheureusement, W. J. Conroy ne verra pas cet autre projet ambitieux se réaliser de son vivant. La construction de la centrale de Bryson s’achève en 1925 et elle est toujours en service aujourd’hui.

British American Nickel Corporation (1916 – 1923)
En 1901, les créanciers britanniques de la famille Conroy, Croil Cushing Inc, ainsi que la banque d’Ottawa achètent le pouvoir hydroélectrique et les terrains de service de la Hull Electric Company à Deschênes. En 1916, ils y installent la raffinerie de nickel de Deschênes, la British American Nickel Corporation, construite au coût de plus d’un million de dollars . Celle-ci a la capacité de produire le métal raffiné à une échelle encore inégalée au Canada . Elle lance ses opérations en 1918 et utilise alors le pouvoir hydroélectrique de la HEC . Cependant, à la fin de la Grande Guerre, le premier ministre du Canada, Mackenzie King, ordonne soudainement la fermeture définitive et le démantèlement de l’usine . Jusqu’à présent, nul ne connaît les raisons qui l’ont motivé à ordonner directement la démolition de cette usine moderne et bien en vue à l’époque.

Photographie aérienne du village de Deschênes, 21 mai 1928
Photographie aérienne du village de Deschênes, 21 mai 1928

Conclusion
Bref, de 1882 à 1906, l’aventure hydroélectrique des Conroy s’étend de la Ball Electric and Light Company, la Hull Electric Company, la Deschênes Electric Company, la Pontiac Power Company à la Capital Power Company. Jusqu’à sa mort, en 1915, W. J. Conroy est un témoin privilégié du développement accéléré de l’hydroélectricité dans la région grâce à la puissance hydraulique des rapides de Deschênes . Aujourd’hui, les ruines de cette centrale qui bordent les îles Conroy à l’opposé de la piste cyclable aux rapides Deschênes sont les seuls vestiges qui nous rappellent le savoir-faire de cet ingénieur et le passage de la famille Conroy à Deschênes.

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Bibliographie
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Bernier, Simon. Des réseaux locaux aux monopoles régionaux, la régionalisation des marchés de l’électricité au Québec, 1900-1935. Thèse de maîtrise (histoire), Université du Québec à Trois-Rivières, 2009, 179 p.
Bellavance, Claude. « L’État, la « houille blanche » et le grand capital. L’aliénation des ressources hydrauliques du domaine public québécois au début du XXe siècle ». Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 51, no 4, 1998, p. 487-520.
Berniquez, Chantal. « La Hull Electric Company », Outaouais, Le Hull industriel 1900/1960, Industrial Hull 1900/1960, no. 1 (1986), Société d’histoire de l’Outaouais, pages 43 à 48.
Brault, Lucien. Aylmer d’hier/ Aylmer of Yesterday. Institut d’histoire de l’Outaouais, Aylmer (Québec), 1981, 269 p.
Cholette, Caroline et Caroline Rouleau. L’aventure de l’électricité, 1880-1963. Les Publications du Québec, Québec (Québec), 2009, 204 p.
Fleury, Jean-Louis. Les coureurs de lignes. L’histoire du transport de l’électricité au Québec. Les Éditions internationales Alain Stanké, Montréal (Québec), 1999, 501 p.
Gaffield, Chad et al. L’histoire de l’Outaouais. Les régions du Québec ; 6, Institut québécois de recherche sur la culture, 1994, Québec, 869 p.
Guitard, Michelle. Quartier de Deschênes, Énoncé d’importance et historique. Association des résidents de Deschênes et l’Association du patrimoine d’Aylmer, Gatineau (Québec), octobre 2012, 36 p.
Harvey, Bernard. Dompter la houille blanche. La construction des barrages au Québec. 1898 à 1963. Un essai sur l’évolution des techniques et sur la place des ingénieurs francophones. Thèse de maîtrise (histoire), Université Laval, 1998, 145 p.
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http://www.frenchriverland.com/trump_turbines.htm (Consulté le 31 juillet 2015).
Documents d’archives
Bibliothèque et Archives du Canada. R. & W. Conroy, Aylmer, Quebec. Offering Land for experimental station, 1886/07/08 – 1886/07/12, MIKAN : 1939791
Bibliothèque et Archives du Canada. Ball Electric Light Company Limited, 1882 / 02-1924, Dossier RG 95-1, Mikan 710403.
Bibliothèque et Archives du Canada. Goad, Charles E., « Sheet 200, Dechènes, Que., January 1903, revised to May 1908, [scale 1:6 000] », Hull & Vicinity, Que., January 1903, revised May 1908. Mai 1908, Toronto ; Montréal. En ligne : Bibliothèque et Archives Canada, Mikan 3823774.
Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Fonds de la famille Conroy, P154. Centre d’archives de l’Outaouais, Gatineau (Québec).
Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Fonds de la famille Foran, P138, S8. Centre d’archives de l’Outaouais, Gatineau (Québec).
Université McGill, Annual Calendar of McGill College and University, session 1882-1883, Montréal (Québec), p. 156.
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Robert Conroy aux premières heures du village d’Aylmer

Robert Conroy aux premières heures du village d’Aylmer

Vers 1830, la région de l’Outaouais est en pleine transformation grâce à l’essor de l’agriculture et du commerce du bois, aux manufactures aux chutes Chaudières et à la construction du canal Rideau. Les chutes et les petits rapides Chaudières ainsi que les rapides Deschênes forment une barrière naturelle qui sépare les cours inférieur et supérieur de la rivière des Outaouais[1]. Ainsi, cette barrière pose un problème au transport de la marchandise et aux mouvements migratoires vers l’ouest de la région de l’Outaouais au début du 19e siècle. De ce fait, les voyageurs sur la voie navigable doivent nécessairement débarquer de leur embarcation aux chutes Chaudières et transiter par le chemin d’Aylmer pour atteindre, par le lac Deschênes, la partie supérieure de la rivière des Outaouais.

Cependant, certains visionnaires de l’époque savent tirer profit de cet obstacle naturel. C’est le cas de Robert Conroy, un jeune Irlandais né en 1811 à Magherafell dans le Comté de Derry[2], qui arrive au bas des chutes Chaudières en compagnie des frères McGillivray, des marchands de Montréal, au début des années 1830[3]. Ces hommes célibataires sont de l’ancienne Compagnie du Nord-Ouest fusionnée en 1821 à la Compagnie de la Baie d’Hudson qui délaisse alors les opérations de Montréal au profit des postes de traite nordiques de la baie d’Hudson. Les environs des chutes Chaudières sont désormais ouverts aux négociants de fourrure indépendants de l’ancienne Compagnie du Nord-Ouest de Montréal[4]. Dès son arrivée, Robert Conroy s’investit dans les activités de transbordement dans les environs du lac Deschênes et « […] devient l’un des entrepreneurs les plus énergétiques à s’établir à Aylmer[5]. »

En 1837, Robert Conroy épouse Mary McConnell, la fille de William, un des trois frères McConnell faisant partie du groupe d’associés de Philemon Wright lors de l’établissement du canton de Hull[6]. Ces frères développent de grandes fermes le long du chemin d’Aylmer. De plus, leurs concessions forestières les mènent jusqu’au pied du lac Témiscamingue[7]. Cette famille connait très bien les difficultés de déplacement et d’accès aux ressources sur la rivière des Outaouais, y ayant voyagé à maintes reprises.

Pendant ce temps, en amont des chutes Chaudières, l’introduction des premiers bateaux à vapeur augmente l’activité fluviale à L’abord-à-Symmes d’Aylmer qui prend vite figure d’un port de mer au Bas-Canada[8]. « La vocation d’Aylmer comme lieu de transbordement de marchandises accéléra son développement. La route d’Aylmer, lien entre Aylmer et Hull, devient l’axe le long duquel s’établirent les premiers colons[9]. » Robert Conroy profite de ces installations en s’associant au neveu de Philemon Wright, Charles Symmes, qui « […] peut être à bon droit considéré comme le fondateur de la ville d’Aylmer[10]. » Conroy se porte finalement acquéreur de L’abord-à-Symmes quelques années plus tard[11].

En outre, Robert Conroy ne lésine pas sur le travail. Déjà, en 1834, Robert Conroy érige son premier hôtel, le Aylmer, à proximité des bâtiments construits sur la rue Principale en 1822 par les Wright pour Charles Symmes[12]. À la fin des années 1830, Robert Conroy entreprend la construction de son fameux hôtel British[13] « […] à l’époque où Bytown n’avait alors qu’une simple cabane en bois rond comme hôtel, près du pont des Sapeurs[14]. » L’hôtel British est un haut lieu d’activités dans le village d’Aylmer, servant autant pour les soirées mondaines que d’église, d’école, de salle d’assemblée au premier conseil municipal et, temporairement, de Cour supérieure du district d’Ottawa. Par ses hôtels, Robert Conroy joue un rôle politique important dans la région en plus d’être un acteur imposant dans le recrutement et l’établissement de la main-d’œuvre et des colons[15].

C’est à partir de 1848 que la famille Conroy délaisse en partie ses opérations hôtelières[16] pour profiter de l’essor de l’industrie forestière et de l’activité fluviale sur la rivière des Outaouais[17]. Entre 1840 et 1850, Robert Conroy ne détient toujours aucune limite forestière[18], malgré le fait qu’il soit un négociant de bois et un marchand (lumberer[19]) ayant rapporté de nombreux radeaux de bois sur la rivière des Outaouais. En fait, il profite des concessions forestières du magnat de l’industrie du bois, John Egan, dans les comtés de Renfrew (Canada-Ouest) et du Pontiac (Canada-Est)[20]. À Bonnechère[21], dans le comté de Renfrew, Conroy aménage un quai d’embarquement et un magasin-entrepôt qui donnent accès aux limites forestières de Egan[22]. Le quai permet alors d’acheminer le bois jusqu’au bas des rapides des Chats sur la rivière des Outaouais[23]. Les bateaux à vapeur s’affairent à remorquer les radeaux de bois assemblés en amont du lac Deschênes. Grâce aux vastes limites forestières de la famille McConnell et de John Egan ainsi que ses liens avec les marchands de la région, Robert Conroy se démarque dans l’acheminement des ressources forestières de l’Outaouais.

Par ailleurs, Robert Conroy est du groupe de bâtisseurs d’Aylmer en devenant un actionnaire important dans les entreprises locales. Il s’implique financièrement auprès des marchands locaux en développant, entre autres, l’Aylmer Union Steam Mill Company[24], l’Aylmer Bakery[25], l’Upper Ottawa Steamboat Company[26] et The Bytown & Aylmer Union Turnpike Company[27]. Cette dernière voit au financement du projet de reconstruction et d’entretien du chemin d’Aylmer qui génère des profits grâce à deux postes de péage. Cette route macadamisée[28] relie les auberges Conroy d’Aylmer au pont de l’Union à Bytown (Ottawa)[29]. Un service de diligences y circule ce qui fait des établissements Conroy l’un des premiers groupes à offrir un service permanent de transport dans la région[30].

Cependant, le succès ne sourit pas toujours à Robert Conroy. Par exemple, en 1854, il se joint, à titre d’actionnaire, au projet du Montreal & Bytown Railway qui envisage d’instaurer une ligne de chemin de fer reliant Montréal à Bytown par la rive nord de la rivière des Outaouais[31]. La malchance et les difficultés financières de cette compagnie à charte conduisent à l’abandon de la construction de cette ligne de chemin de fer[32]. Montreal & Bytown Railway n’a réussi qu’à bâtir le tronçon Carillon-Grenville à la fin des années 1850[33].

À cette époque, la diversification économique est une mesure essentielle pour protéger les négociants du bois devant l’incertitude des marchés extérieurs où les investissements sont sujets aux soubresauts de l’offre et de la demande. « Étant donné la forte stratification des groupes économiques dans la région, quelques membres se révèlent plus en mesure que d’autres de se protéger : certains font face à la faillite, d’autres à la misère[34]. » Les Conroy savent faire preuve de stratégie en élargissant leur inventaire foncier par l’acquisition de propriétés dans le comté d’Ottawa (Canada-Est), de Nepean, de Renfrew et d’Hasting (Canada-Ouest)[35]. La prospérité de Robert Conroy et de sa famille devient évidente, quand, en 1855, ils aménagent une des résidences de pierre des plus prestigieuses à Lakeview, au cœur du village d’Aylmer[36].

Dès 1857, la famille Conroy prend possession d’un vaste ensemble de terres riveraines du patrimoine de la famille McConnell, près des rapides Deschênes, sur le premier rang du canton de Hull, parmi les territoires les plus parcourus par les voyageurs naviguant sur la rivière des Outaouais depuis plusieurs siècles. Ces propriétés, situées le long des chemins d’Aylmer et de Vanier, sont traversées par les routes principales qui assurent le mouvement migratoire vers le nord et l’ouest de la région de l’Outaouais. De plus, ils possèdent également deux grandes fermes[37], des scieries, une meunerie, des logements de location pour les travailleurs[38], un inventaire de magasins-entrepôts, des hôtels à Aylmer, des actions dans les entreprises locales et des quais d’embarquement sur le lac Deschênes[39]. Ainsi, Robert Conroy a, en un coup d’œil, un regard sur les groupes de voyageurs descendant ou remontant l’Outaouais supérieur à partir de L’abord-à-Symmes ou aux rapides Deschênes. Donc, par l’acquisition des différents lots du premier rang, les Conroy s’assurent de la rentabilité de leurs entreprises et d’un héritage à léguer à leurs enfants.

Le parcours de Robert Conroy ne s’arrête pas là. En plus d’exercer un rôle majeur sur l’économie d’Aylmer et de la région de l’Outaouais, il s’investit en politique municipale. À cette époque, Aylmer devient le premier village incorporé de la région, avant Hull et Bytown. Conroy fait partie du premier conseil municipal à titre d’échevin entre 1847 et 1849. Il en devient maire, de 1857 à 1860, puis à nouveau conseiller de 1860 à 1862 et, enfin, il est réélu maire en janvier 1866 jusqu’à sa mort, le 5 avril 1868, à l’âge de 58 ans. Il repose désormais au cimetière Bellevue.

Ainsi, durant la première partie du 19e siècle, Robert Conroy contribue au développement de l’industrie forestière, des voies de communication et du réseau de transport en Outaouais. Bref, ce fin renard a su faire fructifier ses actifs où plusieurs ont échoué. Il demeure qu’il n’aurait pu arriver à se démarquer dans l’économie régionale sans l’appui de son épouse, Mary McConnell, et de sa belle-famille. En outre, il a su collaborer avec l’élite locale pour tirer son épingle du jeu.

Le décès de Robert Conroy et de plusieurs bâtisseurs d’Aylmer, en 1868, va marquer la fin de l’âge d’or de cette petite communauté riveraine sans pour autant marquer la fin de la famille Conroy à cet endroit. La veuve, Mrs Robert Conroy, et ses enfants sauront faire valoir leur savoir-faire et leur sens de l’initiative, ce qui mènera l’Outaouais à l’aube de sa plus grande période d’industrialisation.

Par Lynne Rodier et Sophie Tremblay

NOTES

[1] Pommainville, Les bateaux à vapeur d’Aylmer, p. 30.

[2] Gourlay, The Ottawa Valley, p. 172.

[3] Wilson, A history of old Bytown and Vicinity, p. 67.

[4] Guitard, Quartier de Deschênes, p. 8.

[5] Bégin, De l’auberge Conroy à l’hôtel British, p. 23.

[6] Howes, The Descendants of Robert McConnell & Eleanor McDonald.

[7] Gard, Pioneers of the Upper Ottawa.

[8] Taché, Nord de l’Outaouais, p. 204 ; Leroux L’autre Outaouais, p. 113 ; Pommainville, Les bateaux à vapeur d’Aylmer, p. 30-33 ; Bégin, Le chemin et le «port» d’Aylmer, p. 6.

[9] Aldred, Le Chemin d’Aylmer, p. 25.

[10] Taché, Le Nord de l’Outaouais, p. 203.

[11] BAnQ, P154, D8, Inventaire d’évaluation de R & W Conroy’s Real Estate, Will Property and Timber Limits, 30 novembre 1883 ; Bégin, De l’auberge Conroy à l’hôtel British, p. 23 ; Beaulieu, Leclerc et Lapointe, Aylmer et l’industrie du bois de sciage, p. 36

[12] Bégin, De l’Auberge Conroy à l’hôtel British, p. 24.

[13] Blair, Villes et villages de la région de la Capitale nationale, p. 56 ; Bégin, De l’Auberge Conroy à l’hôtel British, p. 25.

[14] Bégin, De l’Auberge Conroy à l’hôtel British, p. 26.

[15] Tiré du journal Ottawa Citizen : « The following gentlemen, resident in the neighbourhood will furnish on application all needful advice and information; and they have undertaken to give the fullest direction to Emigrants, whether their subject be labour or settlement; – Joseph Aumond, Esq. Bytown; Messrs, C & R McDonnell, do; John Egan & Co., Aylmer; John Foran, Esq.; Robert Conroy, Esq., do; […] dans Reid, Upper Ottawa Valley, p. 168.

[16] Sur l’enregistrement de baptême de Charlotte Anne Conroy, la mention Tavern Keeper est rayée dans le registre paroissial de l’église Saint James. Saint James, Hull, Lower Canada, covering the years 1831-1853, Parish Register 429, p. 129.

[17] Bégin, De l’auberge Conroy à l’hôtel British, p. 37.

[18] Reid, The Upper Ottawa Valley to 1855, p. lxvi.

[19] Parish register for Saint James’s Church, Hull, Lower Canada, covering the years 1831-1853, Parish Register 429, p. 129.

[20] Lee, The Lumber Kings & Shantymen, p. 27 ; Reid, Upper Ottawa Valley, p. 168.

[21] Dans Lee, The Lumber Kings & Shantymen, p. 27 : John Egan a deux scieries sur la rivière Bonnechère dans le comté de Renfrew et une autre à Quyon dans le comté du Pontiac. Ces deux localités ont accès aux quais de transbordement de Robert Conroy et aux services des bateaux à vapeur naviguant du bas des rapides des Chats jusqu’à Aylmer.

[22] Reid, Upper Ottawa Valley, p. 168.

[23] BAnQ, P154, D6/1, Inventaire après décès de Robert Conroy, 1879.

[24] Beaulieu, Leclerc et Lapointe, Aylmer et l’industrie du bois de sciage, p. 35.

[25] La construction du moulin à farine introduit l’usage industriel de la vapeur à Aylmer. Les actionnaires sont Robert Conroy, John Egan, Charles Symmes et Harvey Parker, dans Bégin, De l’Auberge Conroy à l’hôtel British, p. 25.

[26] Pommainville, Les bateaux à vapeur d’Aylmer, p. 31.

[27] Robert Conroy détient toujours des actions dans cette compagnie à son décès en 1868. BAnQ, P154 D6, Inventaire après décès de Robert Conroy, 1879.

[28] Les procédés de macadamisage consistaient à poser une fine couche de pierre concassée sur la route afin de former une surface de gravier bien tassé permettant de garder l’assiette de la route sèche et solide en tout temps. Dans Aldred, Le chemin d’Aylmer, p. 33.

[29] Aldred, Le chemin d’Aylmer, p. 31 ; Ville d’Aylmer, Symmes, p. 15.

[30] Bégin, Le chemin et le « port » d’Aylmer, p. 6.

[31] Reid, The Upper Ottawa Valley to 1855, p. lxxxvii-lxviii.

[32] Ibid.

[33] Ibid.

[34] Gaffield, L’histoire de l’Outaouais, p. 137.

[35] BAnQ, P154, D6/1, Inventaire après décès de Robert Conroy, 1879 ; BAnQ, P154, D7, Transfert des propriétés de l’inventaire Mary McConnell à Robert H. et W. J. Conroy, 27 septembre 1880 ; BAnQ, P154, D7, Deed of sale, Maria Jane Conroy, John Nelson, Mary Conroy, John S. Dennis jr, James Conroy, Eleanor Conroy, Alfred Driscoll and Ida H. L. Conroy to Robert Hugues Conroy & W. J. Conroy, registered in the County of Ottawa, Vol. 9, A, 7th day of May 1887.

[36] Aldred, Aylmer, Québec, p. 56 ; Bégin, De l’Auberge Conroy à l’hôtel British, p. 25.

[37] BAnQ, P154, D6/1, Inventaire après décès de Robert Conroy, 1879 ; BAnQ, P154, D7, Transfert des propriétés de l’inventaire Mary McConnell à Robert H. et W. J. Conroy, 27 septembre 1880 ; BAnQ, P154, D7, Deed of sale, Maria Jane Conroy, John Nelson, Mary Conroy, John S. Dennis jr, James Conroy, Eleanor Conroy, Alfred Driscoll and Ida H. L. Conroy to Robert Hugues Conroy & W. J. Conroy, registered in the County of Ottawa, Vol. 9, A, 7th day of May 1887.

[38] Ibid.

[39] BAnQ, P154, D6/1, Inventaire après décès de Robert Conroy, 1879 ; BAnQ, P154, D7, Transfert des propriétés de l’inventaire Mary McConnell à Robert H. et W. J. Conroy, 27 septembre 1880.

Bibliographie

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Bégin, Richard M. pour l’Association du patrimoine d’Aylmer. De l’auberge Conroy à l’hôtel British, Plus de 150 ans d’histoire à Aylmer. Association du patrimoine d’Aylmer, Aylmer (Québec), 1993, 119 p.

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Gourlay, J. M. History of The Ottawa Valley (1896, 2008), new index by Mary Bole (2010). image reprint CD, (Milton, Ontario: Global Heritage Press, 2010) et Nabu Public Domain, États-Unis, (Reprints), 288 p.

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En ligne :

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Taché, Louis et al. Le Nord de l’Outaouais. Manuel-Répertoire d’Histoire et de Géographie régionales. Le Droit, Ottawa, 1938, 396 p.

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Ville d’Aylmer. Symmes Landing, Recherche historique et évaluation patrimoniale du site de Symmes Landing situé dans la ville d’Aylmer, comté de Hull. Direction du patrimoine du ministère des Affaires culturelles (Québec) et la division des Affaires publiques de la Commission de la Capitale nationale (Ottawa), 1983.

Wilson, Andrew. A history of old Bytown and Vicinity, now the City of Ottawa. Daily News, 1876. Copie Numérisée – A history of old Bytown and Vicinity, now the City of Ottawa

(Consulté le 16 septembre 2013).

Document d’archives

Bibliothèque et Archives Canada, Public archives of Canada, Microfilm, 1955, Recensements- 1851, Sheet Number : 16, Recensement personnel – District de recensement, no 1, de/of village Aylmer 31, Feuilles 1-2-3.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Fonds de la famille Conroy, P154. Centre d’archives de l’Outaouais, Gatineau (Québec).

Bibliothèque et Archives nationales du Québec, E21, S555, SS1, SSS1, PH.17A, Fonds Ministère des Terres et Forêts, Davis, Theodore, Plan of part of the Township of Hull situated on the northerly side of the Ottawa River in the Province of Lower Canada, Signé en 1802, Cartothèque, Centre d’archives de Montréal, Montréal (Québec).

Saint-James. Parish register for Saint James’s Church. Hull, Lower Canada, 1831-1853 [Parish Register 429].

Mystères et enquête : Les bâtisseurs de l’Outaouais

Mystères et enquête : Les bâtisseurs de l’Outaouais

Il y a beaucoup d’intérêt pour l’histoire de l’Outaouais. Pour moi, ma passion est née de mes ancêtres qui sont des bâtisseurs de la région, contribuant à leur façon, depuis le 19e siècle, à bâtir les différentes communautés qui ont façonné la ville de Gatineau. Alors, il y a lieu de voir à l’histoire des bâtisseurs de la région à travers la famille Conroy et ainsi, vous ramener, d’abord, vers l’âge d’or d’Aylmer (1830-1870) pour ensuite continuer avec l’industrialisation en Outaouais (1870-1900). Cette série d’articles veut susciter votre curiosité pour l’histoire de l’Outaouais. L’histoire de la famille Conroy n’est qu’un exemple de l’intrigue et des mystères qui se posent à l’image d’une enquête, lorsqu’on se penche sur les traces du patrimoine de ces hommes et de ces femmes qui ont façonné l’histoire de notre région. Tout comme un casse-tête très complexe, la famille Conroy d’Aylmer sait nous poser un bon problème en histoire. Il s’agit alors de partir à la quête de petites pièces du casse-tête et en dégager graduellement quelques images du passé de la région de l’Outaouais. Une fois ces pièces assemblées, il se perçoit une mise en scène de l’activité socio-économique sur la rive nord du lac Deschênes au 19e siècle. Il se saisit ainsi une autre image du passé des bâtisseurs de l’Outaouais pendant une période qui est encore peu connue en histoire canadienne.

Les chutes des Chaudières et le pont sur la rivière Outaouais, Bytown (Ottawa)- Bibliothèque et Archives Canada, c00050, MIKAN 2895118
Les chutes de la Chaudière et le pont sur la rivière Outaouais, Bytown (Ottawa)-
Bibliothèque et Archives Canada, c00050,
MIKAN 2895118

Les mystères de la maison grise
Au départ, mon enquête portait sur un vieux bâtiment historique au 84, chemin Vanier dans le secteur Deschênes. Je voulais connaître l’histoire de cette maison afin de lui donner un nom digne de son âge qui pouvait faire connaître son histoire et nous rappeler les débuts du village de Deschênes. Malheureusement après avoir fouiller le registre foncier du Québec et celui conservé à la Commission de la capitale nationale (CCN) à Ottawa, qui l’a d’ailleurs classé parmi les bâtiments historiques du Canada, je n’ai toujours pas de réponse sur les origines de cette mystérieuse maison. Elle paraît pourtant sur un plan d’assurance-incendie Goad produit en 1903. La ville de Gatineau ne reconnaît toujours pas la valeur patrimoniale de ce vieux bâtiment historique qui est à proximité des rapides Deschênes. Alors, je me suis tournée vers le fonds de la famille Conroy à Bibliothèque et Archives nationales du Québec à Gatineau, car il avait des traces sur les premiers propriétaires du lot 15, rang 1 du canton de Hull sur lequel est construit le 84, chemin Vanier. Cette enquête mène vers une autre question : Pourquoi une femme d’affaires d’Aylmer achète-t-elle cette terre aux rapides Deschênes en 1857 ?  Cette enquête m’a alors permis de faire un retour sur l’histoire de la famille Conroy et les origines du village de Deschênes, qui est maintenant un secteur de la ville de Gatineau. J’ai aussi appris que la famille Conroy est prête à investir, à prendre les risques et à innover afin de développer l’Outaouais au 19e siècle.

Blogue-Maison grise
Lisa Mibach, La mystérieuse maison grise au 84, chemin Vanier, Hiver 2010.

 

Les mythiques Pays d’En-haut

Thomas Kirk,  Carte de comté du Québec à l'échelle de 1:63 360 .   Hull , Carte du comté de Hull et Gatineau, Centre d'archives de Québec, Collection des cartes et plans de la BAnQ, Numéro d’identification : 2669884_01
Thomas Kirk,
Carte de comté du Québec à l’échelle de 1:63 360 .
Hull , Carte du comté de Hull et Gatineau,
Centre d’archives de Québec, Collection des cartes et plans de la BAnQ, Numéro d’identification : 2669884_01

Depuis des millénaires, les voyageurs empruntent cette voie navigable principale, la rivière des Outaouais, qui relie la ville de Montréal aux mythiques Pays d’En-haut. À la chute des Chaudières, les voyageurs doivent emprunter un réseau de sentiers étroits pour contourner les obstacles naturels obligeant les voyageurs à faire trois portages avant de continuer leur route en amont sur l’Outaouais supérieur au début du 19e siècle. Le développement du canton de Hull contribue à la construction des premières routes permanentes de la région. Les voyageurs débarquent alors à Hull ou Bytown pour ensuite emprunter le chemin d’Aylmer qui descend du rang 3 à la chute des Chaudières vers la limite des rangs 2 et 1 pour finalement, atteindre le quai d’embarquement de L’abord-à-Symmes et les eaux calmes du lac Deschênes. À mi-chemin, il y a les rapides Deschênes au rang 1 qui forme une péninsule s’étendant vers le sud du canton de Hull et séparant le haut, l’Outaouais supérieur, du bas de la rivière des Outaouais à la chute des Chaudières menant alors vers Montréal. Aux rapides Deschênes, il est aussi possible de remonter vers le nord par le chemin Vanier et croisé le chemin d’Aylmer pour progresser vers le chemin de la Montagne. Le lieu de cette histoire est alors situé sur cette pointe de terre perceptible sur toutes les cartes du Québec. À cet endroit, les rapides Deschênes séparent le canton de Hull du canton de Nepean sur la rive sud. Ainsi, c’est sur ces lieux que se sèment l’intrigue entourant la famille Conroy d’Aylmer et les mystères sur cette péninsule située au sud du canton de Hull.

Le portage de Joachim, camp de bûcherons, près de la rivière des Outaouais.  Aquarelle sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2896113
Le portage de Joachim, camp de bûcherons, près de la rivière des Outaouais.
Aquarelle sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2896113

Le village de Deschênes et Mary McConnell

Le village de Deschênes a une longue histoire encore qu’il se soit incorporé en municipalité qu’en 1920. D’ailleurs, l’historienne, Michelle Guitard, qualifie Deschênes de petit lieu contenant une grande possibilité d’interprétation historique[1]. Par exemple, cette enquête révèle que Mary McConnell, l’épouse de Robert Conroy, est la propriétaire du lot 15, rang 1, canton de Hull sur lequel est construite la maison au 84, chemin Vanier en 1857. Cette dame d’Aylmer est responsable de la première phase de la modernisation de la ferme d’élevage, de la scierie et du moulin à farine aux rapides Deschênes. Pourtant être femme mariée au 19e siècle offre un statut juridique équivalant à une personne mineure. De plus, « La femme mariée anglaise n’a aucun droit aux biens accumulés pendant le mariage, même pas s’il provient en tout ou en partie des biens qu’elle avait apportés au mariage . [2] » Dans cette tradition juridique britannique, il n’y a que le fils aîné qui obtient les biens fonciers de la famille. Par ailleurs, l’effort des femmes est peu reconnu malgré qu’elles aient occupé une place importante, mais très souvent discrète, dans la création et la direction d’entreprises de toutes sortes . » Alors, nous allons apprendre à connaître une femme d’affaires en Outaouais et l’histoire de sa famille qui a contribué à intégrer les activités économiques du lac Deschênes à l’économie régionale.

Conroy, R. Mrs.- Bibliothèques et Archives Canada- Photo : e010953798-v8, MIKAN # 3451003
Conroy, R. Mrs.-
Bibliothèques et Archives Canada, e010953798-v8,
MIKAN # 3451003

Aperçu des prochains articles …

Dans les semaines à venir, je partagerai avec vous certains résultats de mon enquête, soit celle d’une famille de bâtisseurs de l’Outaouais : la famille McConnell-Conroy, qui est d’ailleurs une des familles pionnières à l’ouverture de la région de l’Outaouais. Dans un deuxième article, il sera surtout question des moyens que prennent les époux, Mary McConnell et Robert Conroy, pour brasser les affaires dans la première ville de la région entre 1830 et 1868. Enfin, le troisième article se penchera sur la période de l’industrialisation en Outaouais en voyant de près le développement industriel aux rapides Deschênes entre 1868 et 1901. Il s’agira de voir comment Mary McConnell maintient son rôle pilier dans le développement des entreprises de la famille Conroy après le décès de son époux en 1868.

C’est alors avec plaisir, que je vous offre un aperçu inédit d’une histoire de famille qui a su laisser des traces imposantes de son patrimoine, tout en camouflant bien son histoire.

[Conroy Lumber Mills] Bibliothèque et Archives Canada, a013224-v6, MIKAN  # 3371910
[Conroy Lumber Mills]
Bibliothèque et Archives Canada, a013224-v6,
MIKAN # 3371910
Références :

[1]Michelle Guitard, « Quartier de Deschênes », énoncé d’importance et historique, Association des résidents de Deschênes, Gatineau, octobre 2012, p. 9.

[2] Evelyn Kolish, « Depuis la Conquête : les Canadiens devant deux droits familiaux », Cap-aux-Diamants : la revue d’histoire du Québec, n° 39, 1994, p. 17.

 

L’exploitation forestière selon Philip John Bainbrigge

L’exploitation forestière selon Philip John Bainbrigge

L’artiste-peintre, Philip John Bainbrigge, est de passage en Outaouais entre 1838 et 1842. Il a alors terminé avec succès ses études en topographie militaire et en dessin de paysage à l’académie de Woolwich en Grande-Bretagne [1]. Il arrive à Québec en 1836 et pendant son séjour au Bas-Canada, au Haut-Canada et dans les Maritimes, ce militaire peint dans le but de rendre compte des mesures de défense coloniale à la Grande-Bretagne. Bainbrigge est surtout reconnu pour ses illustrations des résultats des Rebellions du Bas-Canada de 1837-1838 où il est mandaté à faire état des lieux pendant le passage des soldats britanniques ayant affronté les patriotes[2].

En Outaouais, ses œuvres rendent plutôt compte de l’exploitation forestière après la construction du canal Rideau. Il s’intéresse aux paysages environnants de la chute des Chaudières sans pour autant s’attarder aux jeunes communautés sur la rive nord de la rivière des Outaouais. Les aquarelles révèlent ses préférences pour les paysages sauvages et le transport sur la rivière des Outaouais. De son regard, l’artiste semble encourager l’observateur à entrer en scène avec lui afin de partager les expériences de ses voyages. Il démontre aussi que le commerce du bois n’est alors rien de plus qu’une aventure insensée. Lors de son passage dans la région, les grands marchands et négociants de bois commencent tout juste de donner à leur commerce le caractère systématique d’une entreprise et de mettre en valeur leur titre de Lumberer (marchand-négociant). D’ailleurs, la fourrure est toujours plus profitable que le bois et l’agriculture aux marchands de la région de l’Outaouais durant la première partie du 19e siècle.

Alors, en observant de près les œuvres de Bainbrigge, il nous est possible de faire un retour vers une époque où les grands canots des voyageurs de la Compagnie de la Baie d’Hudson côtoient les navigateurs des radeaux de bois sur la rivière des Outaouais pour ensuite, suivre leur cours sur le fleuve Saint-Laurent jusqu’à Québec. Ces ressources sont alors chargées sur des grands navires et destinées principalement au marché britannique.

Rivière Creuse sur la rivière des Outaouais

Rivière Creuse Ottawa. Mai 1841. Aquarelle sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- Mikan 2896117
Rivière Creuse Ottawa. Mai 1841.
Aquarelle sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- Mikan 2896117

Le portage de Joachim, camp de bûcherons, près de la rivière des Outaouais.

Le portage de Joachim, camp de bûcherons, près de la rivière des Outaouais.  Aquarelle sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2896113
Le portage de Joachim, camp de bûcherons, près de la rivière des Outaouais.
Aquarelle sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2896113

Canots de la Compagnie de la Baie d’Hudson aux rapides des Chats

Canots de la Compagnie de la Baie d'Hudson aux rapides des Chats.  1838. Aquarelle avec raclage et touches d'encre noire sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2895632
Canots de la Compagnie de la Baie d’Hudson aux rapides des Chats.
1838.
Aquarelle avec raclage et touches d’encre noire sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2895632

Rapides des Chats, près d’Ottawa

Rapides des Chats, près d'Ottawa. ca. 1838-1841. Aquarelle avec raclage sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2896108.
Rapides des Chats, près d’Ottawa.
ca. 1838-1841.
Aquarelle avec raclage sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2896108.

Glissoire sur la rivière des Outaouais, rapides des Chats

Glissoire sur la rivière des Outaouais, rapides des Chats.  1840 Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. Credit: Library and Archives Canada, Acc. No. 1983-47-8 Copyright: Expired Mikan no. 2833524
Glissoire sur la rivière des Outaouais, rapides des Chats.
1840
Aquarelle avec maculage sur crayon sur papier vélin
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- Mikan no. 2833524

Rapides sur la rivière des Outaouais, en amont de la décharge de fer

Rapides sur la rivière des Outaouais, en amont de la décharge de fer.  ca 1836-1842. Aquarelle avec pinceau et encre noire sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2896081
Rapides sur la rivière des Outaouais, en amont de la décharge de fer.
ca 1836-1842.
Aquarelle avec pinceau et encre noire sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2896081

Portage le long de la rivière des Outaouais

Portage le long de la rivière des Outaouais.  ca 1836-1842. Aquarelle sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2895633.
Portage le long de la rivière des Outaouais.
ca 1836-1842.
Aquarelle sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2895633.

Bytown (Ottawa)

Bytown (Ottawa) mai, 1841. Aquarelle avec raclage sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC_ MIKAN no. 2895237
Bytown (Ottawa)
mai, 1841.
Aquarelle avec raclage sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC – MIKAN no. 2895237

 Les chutes Chaudière, vues d’Ottawa

Les chutes Chaudière, vues d'Ottawa. Juillet 1838. Aquarelle avec raclage et rehaussé avec gomme arabique sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2896132.
Les chutes Chaudière, vues d’Ottawa.
Juillet 1838.
Aquarelle avec raclage et rehaussé avec gomme arabique sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2896132.

Les chutes Chaudière, vues de Bridge House, Ottawa.

Les chutes Chaudière, vues de Bridge House, Ottawa. ca 1836-1842. Aquarelle sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2896103.
Les chutes Chaudière, vues de Bridge House, Ottawa.
ca 1836-1842.
Aquarelle sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2896103.

La fente des chutes Chaudière

Les chutes Chaudière.  ca 1836-1842. Aquarelle avec raclage sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2896084.
Les chutes Chaudière.
ca 1836-1842.
Aquarelle avec raclage sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2896084.

 Les chutes Chaudière

Les chutes Chaudière. ca 1836-1842. Aquarelle avec raclage sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2896083.
Les chutes Chaudière.
ca 1836-1842.
Aquarelle avec raclage sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2896083.

Chutes Chaudière

Chutes Chaudière. Juillet 1838. Aquarelle avec raclage sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2896137.
Chutes Chaudière.
Juillet 1838.
Aquarelle avec raclage sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2896137.

Entrée du canal Rideau, Bytown, vers 1838

Entrée du canal Rideau, Bytown, vers 1838. Aquarelle sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC -MIKAN no. 2896304.
Entrée du canal Rideau, Bytown, vers 1838.
Aquarelle sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC -MIKAN no. 2896304.

 Gros radeau sur le fleuve Saint-Laurent.

Gros radeau sur le fleuve Saint-Laurent. 1838. Aquarelle avec touches d'encre noire et raclage sur crayon sur papier vélin.  Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2896090.
Gros radeau sur le fleuve Saint-Laurent.
1838.
Aquarelle avec touches d’encre noire et raclage sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2896090.

Le cap Diamant, la pointe Lévis et la Citadelle de Québec depuis l’Anse-aux-Foulons

Le cap Diamant, la pointe Lévis et la Citadelle de Québec depuis l'Anse-aux-Foulons. ca 1838. Aquarelle sur crayon sur papier vélin. Bainbrigge, Philip John, 1817-1881. BAC- MIKAN no. 2897743.
Le cap Diamant, la pointe Lévis et la Citadelle de Québec depuis l’Anse-aux-Foulons.
ca 1838.
Aquarelle sur crayon sur papier vélin.
Bainbrigge, Philip John, 1817-1881.
BAC- MIKAN no. 2897743.

[1] France Saint-Jean. Images du patriote : Objets commémoratifs, intentions variables. Thèse présentée comme exigence partielle du doctorat interuniversitaire en histoire de l’art, Université du Québec à Montréal, Janvier 2009, p. 62.

[2] Ibid.

L’Asticou, lieu des trois portages sur la rivière des Outaouais

L’Asticou, lieu des trois portages sur la rivière des Outaouais

 

Aux pieds où sied maintenant le parlement fédéral à Ottawa, se trouve la chute des Chaudières que Samuel de Champlain décrit comme l’endroit de la marmite bouillonnante telle une grande chaudière où se dégage une bruine de vapeur. Champlain emprunte surement la rive nord sur des lieux d’arrêt obligatoire au cours de ses voyages sur l’Outaouais. D’ailleurs, l’explorateur-cartographe caractérise l’endroit dans les récits de son voyage de 1613. Il illustre ce lieu en le représentant par cette pointe de terre méridionale sur la rive nord de la rivière des Outaouais de la carte de 1632.

Carte de Sieur Samuel de Champlain, 1632
Carte de Sieur Samuel de Champlain, 1632

La chute des Chaudières a pris son nid naturellement au retrait de la mer Champlain à la toute fin de la dernière période de glaciation. Cet obstacle naturel impose une série de trois portages à tous les voyageurs. Les Chaudières se contournent à partir d’un réseau de sentiers étroits permettant de suivre par voie terrestre la rive nord de l’Asticou, le nom de la chute chez les Algonquins. L’Asticou est aussi un lieu de rassemblement et de recueillement spirituel pour cette grande nation algique très discrète depuis les guerres iroquoises du 17e siècle. Dans la région, les Algonquins y assument fièrement le rôle de gardien de la forêt où abonde le castor et ce, jusqu’à l’arrivée du groupe d’associés du chef de canton Philemon Wright au début du 19e siècle.

"Indiens
Charles William Jefferys (1869-1951)
Indiens rendant hommage aux esprits de la Chaudière
Collection Imperial Oil, BAC

Des rares traces du patrimoine sur la traite des fourrures amènent à croire que les familles marchandes Miville-Deschênes et Gatineau sont actives dans la région dès le 17e siècle. Ces marchands de fourrure sont alors très familiers avec l’Asticou qui impose nombreux arrêts pour franchir les trois portages nécessaires avant d’atteindre les eaux calmes à l’est du lac Deschênes afin de poursuivre leur voyage sur l’Outaouais supérieur. Le premier sentier est d’une longueur de 643 pas. Les voyageurs doivent débarquer de leur embarcation et entreprennent leur périple avec l’ensemble des contenus de l’équipage lourdement chargé et leur canot sur leurs épaules.

"Chats
Philip John Bainbrigge(1817-1881)
Chats Rapids, near Ottawa ( Ontario ), ca. 1838-1841
Collection Philip John Bainbrigge, BAC C-011854,
SOURCE: ICON 1368

Le deuxième portage à la petite Chaudière impose un transport terrestre de 700 pas. Le troisième portage aboutit aux rapides Deschênes, et il oblige l’équipage à franchir les 740 pas pour atteindre les eaux calmes et navigables du lac Deschênes sur l’Outaouais.

Bibliothèque et Archives Canada : C-002772 Crédit : BAC, No. Acc. 1989-401-4
Groupe de voyageurs autour d’un camp de feu ca. 1870
Source : Bibliothèque et Archives Canada C-002772
Crédit : Bibliothèque et Archives Canada Acc. No. 1989-401-4

Les arrêts de navigation obligatoires à la chute des Chaudières jusqu’aux rapides Deschênes exigent de grands efforts physiques aux voyageurs. Ils ont à porter leurs charges avec agilité sur des sentiers étroits menant d’un portage à l’autre tout en transportant leur grand canot sur leurs épaules.

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Lieu de débarquement du troisième portage au rapide de Deschênes.
Analyse du potentiel archéologique au rapide menée par le GRAO et l’Association des résidents de Deschênes, Automne 2012, Collection Lisa Mibach.

Des obstacles naturels obstruent le passage non loin de l’embouchure de la rivière Gatineau jusqu’au lac Deschênes. Sur la rivière Gatineau, il y a aussi un lieu de portage contraignant aux rapides Farmer qui obligent ainsi les voyageurs à rester quelques jours sur les péninsules où naîtra la future ville de Gatineau.

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Jenny Russell Simpson (1847-1936)
Vue des rapides Farmers, sur la rivière Gatineau, à partir de l’île Wright (Québec), 20 août 1879
Collection Amy Cau, BAC C-003516
SOURCE: ICON 181740

Des sentiers reliant la fin des portages à l’ouest des Chaudières jusqu’au lieu de départ vers le nord sur la rivière Gatineau débutant aux rapides Farmer se joignent tous deux par un réseau de sentiers menant aux rapides Deschênes jusqu’aux collines de la Gatineau. Au 19e siècle, certains de ces sentiers s’élargiront plus tard et deviendront les premières routes qu’emprunteront les colons. Le chemin Vanier, le chemin de la Montagne et le chemin Rivermead en sont quelques exemples.

Frances Anne Hopkin, Descente des rapides, Québec (Québec ),  Collection Hopkin, Bibliothèque et Archives du Canada, 1879
Frances Anne Hopkin,
Descente des rapides, Québec (Québec ),
REPRODUCTION : C-002774,
Collection Hopkin, Bibliothèque et Archives du Canada, 1879,
SOURCE: ICON 181548

Source au sujet de la période de la fin de la glaciation en Outaouais

Jean-Luc Picard, « Les sites archéologiques de la vallée de l’Outaouais », Kichi Sipi, à la découverte de la mémoire ancienne de notre région, Musée canadien des civilisations, Mise à jour le 3 juin 2010

Source au sujet du site des trois portages

Chad Garfield et al., « La rivière des Outaouais :1650-1791 », Histoire de l’Outaouais, Institut national de la recherche scientifique (INRS-Culture et société), p.95-97.

Source pour le réseau des sentiers et des premières routes de l’Outaouais

Diane Aldred, « L’intersection du Chemin Deschênes », et la « La route menant au lac », Le Chemin d’Aylmer, une histoire illustrée, Association du patrimoine d’Aylmer, Aylmer (Québec), 1993, p. 18 et pp. 178-179.

Charles William Jefferys, (1869-1951) illustre la cérémonie du tabac pratiquée par les Algonquins- « Indiens rendant hommage aux esprits aux Chaudières », Collection Imperial Oil Collection à Bibliothèque et Archives Canada,

Au sujet du marchands français et de la traite des fourrures en Outaouais,

Raymond Ouimet, Pierre Miville-Un ancêtre exceptionnel, Les Éditions du Septentrion, 1989, 132 pages et Raymond Ouimet et Nicole Mauger, Catherine de Baillon, Enquête sur une fille du roi, Les Éditions du Septentrion, 2001, 264 pages.

L’activité de la fourrure à Gatineau du 17e et 18e siècle fait peu objet de l’historiographie québécoise. Michel Filion a caractérisé dans « La traite des fourrures au XVIIIe siècle : essai d’analyse statistique et d’interprétation d’un processus » la nature des changements dans la traite suite à la conquête. Il révèle en conclusion qu’il se pose nombreux problèmes d’interprétation lorsqu’on tente de mesurer le changement dans le commerce de fourrure entre les périodes du régime français et du régime britannique. Il y a aussi aucun type de documentation sérielle autres que les registres de congés de traite déposés par Edmond-Zotique Massicotte à Montréal en 1920.

Il devient alors difficile de cerner l’envergure de la traite des fourrures dans la région de l’Outaouais. Le travail le plus exhaustif au sujet de la traite des fourrures dans le comté de l’Ottawa au 19e siècle sont les travaux de l’historien Michael Newton, « Some notes on Bytown and the fur Trade », The Historical Society of Ottawa, Bytown Pamphlet series. no 5, 1991 et Michael Newton, « La maison Charron : Symbole d’une vision contrariée », Outaouais, Le Hull disparu, Institut d’histoire régionale de l’Outaouais, 1982. Cet historien traite des enjeux de la traite des fourrures au début de la colonisation de l’Outaouais. Malheureusement, l’historien travaillant pour le compte de la Commission de la capitale nationale du Canada, Michael Newton décède avant que ne se complète son étude des postes de traite dans le comté de l’Ottawa au 19e siècle. Le dernier site recensé par monsieur Newton est celui sur le lot 19 du premier rang du canton de Hull selon Bruce Elliot de l’Université Carleton à Ottawa.

Voici des articles consultées disponible en ligne sur le site Web des publications du Réseau du patrimoine de Gatineau.

Outaouais, le Hull disparu, no.1 (1988) Société d’histoire de l’Outaouais, 89 p.

  • Michael Newton, « La maison Charron : symbole d’une vision contrariée », Outaouais, le Hull disparu, no.1 (1988) Société d’histoire de l’Outaouais, p.11-15

Voir aussi La revue de la société d’histoire de l’Outaouais, Asticou no5 disponible en ligne sur le site Web Réseau du patrimoine de Gatineau.

Asticou, cahier no. 5 (mars 1970), Société historique de l’Ouest du Québec, 35 p.

Les trois articles suivants retiennent notre attention dans le cadre de cette recherche :

  • Augustin Potvin, «Fouilles archéologique à Hull?» dans Asticou, cahier no. 5 (mars 1970), Société historique de l’Ouest du Québec, p. 4.
  • Guillaume Dunn, «L’Outaouais : histoire d’une rivière» dans Asticou, cahier no. 5 (mars 1970), Société historique de l’Ouest du Québec, p. 5-15.
  • «Les origines du canton de Hull d’après Philémon Wright» dans Asticou, cahier no. 5 (mars 1970), Société historique de l’Ouest du Québec, p. 17-30.

Asticou, cahier no. 6 (octobre 1970), Société historique de l’Ouest du Québec, 30 p.

  • Gilles Lemieux, «Quelques noms indiens de chez nous» dans Asticou, cahier no. 6 (octobre 1970), Société historique de l’Ouest du Québec, p. 26-27.

Asticou, cahier no. 7 (juin 1971), Société historique de l’Ouest du Québec, 34 p.

  • Roger Marois, «L’archéologie au Québec» dans Asticou, cahier no. 7 (juin 1971), Société historique de l’Ouest du Québec, p. 31-33.

Voir aussi La revue de la société d’histoire de l’Outaouais, Asticou no 15, avril 1976.

  • Guillaume Dunn, «Fort-Coulonge : site archéologique», dans Asticou, cahier no 15 (avril 1976), Société historique de l’Ouest du Québec, p.16-23